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Crash en l’air | À peine formalisée, l’Union sacrée risque l’explosion, sa charte cache explosifs et incongruités

Mercredi 5 mars à la signature de la charte de l’Union sacrée. Tous sont là. Le Pullman hôtel est bondé des fidèles des fidèles, des pionniers, vautours, transfuges, zélés, opportunistes, prédateurs venus à la mangeoire, frustrés et les ouvriers de la dernière heure… Tout ce méli-mélo autour d’un Tshisekedi, déterminé à ne plus revivre le scenario de Genève et soucieux de s’entourer des hommes intègres pour l’ultime bataille. Mais le nouveauné donne les signes de malformations congénitales contenues dans sa charte, déjà critiquée par certains sociétaires qui y trouvent à redire.

A 7 mois des élections générales prévues le 20 décembre prochain, les compétiteurs se mettent en ordre de bataille. Le ton est donné par l’actuelle loi électorale qui stipule dans l’une de ses dispositions que «seules les listes qui aligneront 60% des candidats sur l’ensemble du territoire national seront acceptées». Autrement dit, tout parti ou regroupement politique qui ne remplira pas cette condition verra ses listes rejetées et ne participera pas aux élections. La centrale électorale explique que c’est pour diminuer le nombre des partis politiques et surtout des candidats aux prochaines élections. Du coup, le Président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, candidat à sa propre succession, a mis en place une plateforme politique et électorale, dénommée «Union sacrée». Les sociétaires de ce nouveau-né se sont donné rendez-vous mercredi 5 mars 2023 au Pullman Hôtel à Kinshasa/Gombe pour mettre les points sur les i en vue d’apporter leur soutien indéfectible à l’homme de Mupompa. Dans la salle, la tension était perceptible.

Les gens se soupçonnaient. Malgré le sourire apparent sur leurs lèvres, mais audedans d’eux, c’était la frustration. Si certains n’ont pas pu supporter la présence à l’estrade de Christophe Mboso et Sama Lukonde qui, malgré leur position de chefs de corps, sont issus des partis politiques qui ne pèsent pas. D’autres se demandent sur base de quels critères le MLC et son leader -moins de 10 députés à l’Assemblée nationale-, pouvaient siéger là, alors que les Pius Muabilu, Julien Paluku, François Rubota… ayant un poids politique avéré -ministres d’Etat- sont relégués à l’arrière-plan, sous divers titres cosmétiques du genre membres de la conférence des présidents ou congrès. Sous le sceau de l’anonymat, un poids lourd s’estimant sciemment ignoré relève les incongruités dans la charte et estime que le méga regroupement a pris un mauvais départ.

«Au départ, on est tous d’accord pour soutenir la candidature de Félix-Antoine Tshisekedi à la prochaine présidentielle. Mais le décor tel que planté fait craindre le crash tant les membres du présidium envoient le signal tel que l’on va devoir procéder par le filtrage des candidatures aux législatives nationales pour un nombre déterminé des sièges -500 sièges sans qu’il y ait des critères objectifs, clairs et précis. Ça risque de préjudicier certains regroupements ou partis politiques qui ne font pas partie de l’espace décisionnel. Tout le problèmeest là», prévient-il. Et de poursuivre: «comment résoudre, par exemple, le problème au Grand Equateur entre les partis de Guy Loando, Jean Lucien Busa, de Nzanga Mobutu et de JP Bemba? Qui d’entre eux voudrait accepter de s’effacer au profit de l’autre quand on sait que les partis politiques sont créés pour la conquête et l’exercice du pouvoir? Qui parmi les députés actuels membres de ces partis accepteraient de s’écarter de la course au profit de ceux des partis concurrents?».

Ces questions, fait remarquer ce ténor en colère, valent aussi pour le Grand Kivu. Qui de Bahati, Kamerhe, Paluku, Mbusa ou Muhindo Nzangi sacrifierait les candidats de son parti à l’avantage de l’autre, surtout quand on sait que chacun de ces quatre figures voudrait travailler pour espérer animer une institution demain? Pareil pour le Grand Bandundu et Kinshasa. Quelle sera la place de Kin-Kiey Mulumba, Gentiny Ngobila, Jonathan Bialosuka, de deux ailes du PALU -Mayobo-Makiashi face aux longues dents de Christophe Mboso?

Dans ce groupe, Kin-Kiey a le plein droit de se réclamer d’avoir été le premier à quitter le navire FCC pour rejoindre Fatshi au sein de la coalition CACH, et c’est légitime. Que dire aussi du pionnier Samy Badibanga Ntita qui a délaissé en pleine tempête le poste tant convoité de 1er vice-président du Sénat face aux kabilistes et autres opportunistes venus comme à la blanchisserie ou autres ouvriers de la dernière heure, comme Alain Atundu, tout récemment transfuge du FCC?

Autre sujet qui fâche: c’est ce spectacle où l’on voit le Premier ministre Sama Lukonde admis au présidium alors que son président du parti, Dany Banza, qui a apposé sa signature sur la charte de l’Union sacrée, va devoir se retrouver parmi la foule. La scène, dit le commentateur, «rappelle une certaine gestion hasardeuse du FCC où Aubin Minaku, certes chef de corps et haut cadre du regroupement politique AMP, mais coiffant son secrétaire général chef de parti». Et le commentateur de conclure: «on est mal parti avec des frustrations et des doutes qui nécessitent un sérieux arbitrage de la haute autorité avec des corrections profondes alors que les élections arrivent en trombe».

Déjà à l’Est du pays, certains leaders qui voulaient rejoindre l’Union sacrée commencent à se demander s’ils ne pourraient pas faire cavaliers seuls pour ne pas se faire engloutir et définitivement disparaitre de la scène. A en croire certains sociétaires déçus, le décor est planté pour une autre plateforme électorale alors que tout laissait deviner une bipolarisation de la scène politique en prévision de la prochaine bataille électorale. Si l’on n’y prend garde, l’Union sacrée, à peine formalisée, court le risque d’explosion. Crash en l’air.

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