
Kwango, Kwilu et Kasaï. Trois provinces déjà avalées. Encore six à franchir d’ici le 3 juillet. Sa traditionnelle chemise bleu ciel manches retroussées et ses bottes de chantier, John Banza Lunda fonce sur la RN1. Mission: démontrer que la République Démocratique du Congo ne se résume pas à la guerre à l’Est. Elle bouge, se transforme malgré les armes. Le pays est grand certes. Mais les jalons sont en train d’être posés. Le financement propre a augmenté. Le gouvernement avance et exécute la vision du chef de l’État. 2700 km de «caravane infrastructurelle» pour palper la réalité, traquer ravins, retards et entrepreneurs défaillants, puis lancer d’autres chantiers. De Kenge à Tshikapa, entre la première et la troisième étape, le ministre ausculte, tance, prend note, promet: un pont à sauver ici, un aéroport à moderniser là, du bitume à poser partout afin de connecter le territoire national à la sous-région via l’Angola. Pour Félix Tshisekedi, c’est l’épreuve de vérité du «quinquennat des routes». Au total, un vaste chantier de près de 8000 km de routes, des centrales électriques, des hôpitaux, des écoles, des aéroports, des universités et des stades. Pour Banza Lunda, chaque chantier est une bataille. Reportage sur la colonne vertébrale que Kinshasa veut recoudre par le béton.
C’est une opération à la fois technique et politique. Vendredi 19 juin 2026, dès 9 heures, le ministre des Infrastructures et Travaux publics, John Banza Lunda, a quitté Kinshasa pour une inspection au long cours: la « Caravane infrastructurelle », un marathon de 2700 km sur la Route nationale 1 jusqu’à Lubumbashi. Dans sa suite, des parlementaires, le secrétaire général aux ITP, Georges Koshi, le Dircaba Papy Labila, les managers de l’Agence congolaise des grands travaux -ACGT-, de l’Office des voiries et drainage -OVD-, de l’Office des routes -OR-, du Bureau central de coordination -BCT- et de la Cellule infrastructures. Après le Kwango et le Kwilu, cap sur le Kasaï.
Kwango: urgence aux ravins
À Kenge, chef-lieu du Kwango, la RN1 est menacée par l’érosion. Sur le site de Masikita, au PK 340, les travaux de glissière sont achevés, mais le ravin reste actif. Coût estimé: 2,1 millions de dollars, dont 700 000 décaissés seulement. «Il faut prolonger le financement», tranche le ministre. À l’érosion Forage, 920 mètres et cinq têtes actives: verdict, «démarrage en urgence». Au PK 276, les engins de l’OVD poursuivent talutage et remblayage, avec l’appui du FONER. Enjeu: tout boucler avant le retour des pluies. Halte au péage de Masamuna: des plaintes sur des «tracasseries» remontent. Le ministre recadre, rappelant l’impératif de fluidité sur cet axe économique.
Kwilu: bitume et symboles politiques
Une nouvelle route au PK 622, bifurcation sur la RP 231 vers Gungu-Kakobola: 68,7 km en cours de stabilisation avant bitumage. Plus à l’est, la route Ingudi-Idiofa, 70 km, est confiée au chinois SISC SA pour 85,8 millions de dollars. Taux d’exécution: 24,66 %. L’ACGT supervise.
À Idiofa, le 19 juin à 14h52, John Banza Lunda défend le bilan devant une foule mobilisée: «Le Président Félix Antoine Tshisekedi est déterminé à construire le Congo tout entier. Aujourd’hui, le Kwilu est un vaste chantier: Batshamba-Kakobola, Ingudi-Idiofa-Ilebo, Petit Kasaï-Bulungu… Rien que sur la RN1, 3300 km sont en construction».

Annonces à la clé: experts dépêchés pour l’Hôpital général de référence, routes de desserte agricole intégrées à la planification, et électrification effective de la cité peu après la mise en service historique du barrage de Kakobola. Symbole de cette politique, le stade moderne de 10 000 places affiche déjà 40 % d’exécution pour 10 millions de dollars. Délai: 24 mois. Sur l’axe Petit Kasaï-Bulungu, lancé le 4 mars, 60 km vers Gungu et 27 km vers l’hôpital de Vanga sont ouverts à 75 %. L’asphaltage suivra.
Kasaï: coup d’accélérateur à Tshikapa
Dimanche 21 juin 2026, le ministre est arrivé à Tshikapa, province du Kasaï, en provenance d’Idiofa. Accueilli au Pont Loange par le vice-gouverneur, John Banza Lunda a entamé une visite d’inspection cruciale. Objectif: se rendre compte des réalités des infrastructures locales, marquées par d’importants retards qu’insupporte la population.
Roulant sur la RN1 avant d’arriver au Pont Loange, le ministre s’est arrêté au Dallot Loange, au PK 698, où l’on construit les caniveaux et refait la chaussée. John Banza Lunda a décidé de déléguer une mission le 6 juillet afin de constater la fin des travaux, date communiquée par l’Office des routes. En chemin, arrêt à Bondo, à 98 km de Tshikapa, pour s’enquérir de l’aménagement d’une déviation avec dalles et bretelle. Objectif: permettre la réhabilitation du pont endommagé sans couper le trafic.

Un état des lieux sans complaisance au Gouvernorat
Dès son arrivée, le ministre a mis le cap sur le PK 747 jusqu’au petit pont Bondo pour inspecter les travaux de réhabilitation en cours. S’en est suivie une séance de travail au Gouvernorat. Devant son hôte, le gouverneur du Kasaï, Crispin Mukendi Bukasa, a peint un tableau sombre des infrastructures de sa juridiction, plaidant pour une attention accrue de Kinshasa.
Trois dossiers brûlants au menu: la stagnation des travaux routiers de Kandjaji par la firme Toha Investissement, le blocage du chantier de l’aéroport national de Tshikapa, et le délabrement de la voirie urbaine. En réplique, John Banza Lunda s’est voulu rassurant, rappelant la vision du chef de l’État, Félix Tshisekedi: assurer un développement équitable de toutes les provinces à travers des infrastructures modernes.
Aéroport de Tshikapa: Horizon Corporation écartée au profit de la firme chinoise SISC
C’est le coup de tonnerre de la journée. Face à l’incapacité de l’entreprise Horizon Corporation à respecter les délais impartis pour le début effectif des travaux, le Gouvernement de la République a tranché: le contrat est officiellement résilié. Pour éviter un vide juridique et de nouveaux retards, les autorités ont opté pour un dénouement à l’amiable. Horizon Corporation se verra attribuer un autre marché ultérieurement. C’est désormais la firme chinoise SISC SA qui reprend le flambeau. Sur le site de l’aéroport, où le ministre s’est rendu avec le gouverneur Mukendi, les équipes de SISC se déploient déjà. Ce qu’il faut retenir du deal avec SISC SA: le démarrage des travaux est fixé dans deux semaines maximum. Côté gestion financière, le Gouvernement central va avancer les fonds de démarrage nécessaires pour bloquer tout retard, avant de récupérer l’acompte initialement versé à Horizon Corporation. L’objectif est de doter le Kasaï d’un aéroport moderne répondant aux standards internationaux.

Toha Investissement sous ultimatum et appui à la voirie urbaine
Concernant l’axe routier Kandjaji géré par Toha Investissement, le ministre a indiqué que la procédure de sommation suit son cours. L’entreprise a été sommée de s’exécuter conformément à ses engagements. Si le délai expire sans avancée notable, le Gouvernement passera à la résiliation. Quant à la voirie urbaine, John Banza Lunda a rappelé que bien qu’il s’agisse constitutionnellement d’une compétence exclusive des provinces, le Gouvernement central ne laissera pas le Kasaï à son propre sort. Un appui financier et technique régulier sera apporté pour moderniser les artères de Tshikapa.
Il a salué le lobbying des députés nationaux et sénateurs du Kasaï qui défilent à son cabinet pour la cause de leur province. La route Tshikapa-Kanjaji-Kamako, axe stratégique de 147 km -219 km avec les raccordements- vers la frontière angolaise, reste sous surveillance. Le projet, exécuté à 60 % par Toha, prévoit un asphaltage complet, des voiries urbaines à Tshikapa et Kamako, et trois postes de péage et de pesage.
Safari d’inspection: SAFRIMEX et JMC sur le terrain
La journée s’est clôturée par une visite marathon des chantiers actifs. Le ministre et le gouverneur ont inspecté les travaux d’asphaltage et de modernisation de l’avenue des Institutions et de l’Assemblée, exécutés par SAFRIMEX. Enfin, la délégation a visité les installations du concasseur de JMC, basé à Kanyonga, dans le groupement incorporé de Bimbadi. Une infrastructure logistique clé qui devrait accélérer la fourniture en matériaux de construction pour l’ensemble des chantiers de la ville. Au terme de cette première journée, le signal envoyé par Kinshasa est fort: le Kasaï est en chantier, et les entreprises défaillantes n’auront plus leur place à la table du développement.
Prochaine étape: Kananga
Lundi, le ministre se rend à Kananga, quatrième étape de sa tournée. La «caravane» teste, sur le terrain, la capacité de l’État à tenir les délais et à sanctionner les défaillances. Au programme: visite de l’aéroport en modernisation, de la voirie urbaine et de la route Kalamba-Mbuji, qui relie ici encore le pays à l’Angola et l’Afrique australe.
À mi-mandat, l’exécutif joue une partie de sa crédibilité sur ces 2700 km. Si les taux d’exécution progressent -24,66 % sur Idiofa, 40 % pour le stade, 60% sur Tshikapa-Kamako, 75% sur Petit Kasaï-Bulungu-, les retards de l’aéroport de Tshikapa rappellent les fragilités du suivi. «On ne développe pas un pays depuis les bureaux de Kinshasa», répète Banza Lunda, engagé à presser les entrepreneurs en charge des projets. Dans le Kwango, le Kwilu et le Kasaï, chaque érosion vaincue, chaque pont réparé et chaque kilomètre asphalté devient un argument politique.
