Dossier à la UneNation

Campagne électorale mortelle à Lodja: 3 victimes déjà!

Les habitants de Lodja n’oublieront pas de sitôt les péripéties qui ont entouré l’élection des gouverneur et vice-gouverneur de leur province intervenue samedi 20 juillet 2019 à Lusambo, 470 kilomètres plus loin.Après une véritable saga juridico-politique, le candidat indépendant Joseph-Stéphane Mukumadi, dont la plateforme Alliance CCU et Alliés -FCC- contestait le droit de participer à la compétition pour défaut de nationalité RD-congolaise a, après plus de trois mois d’atermoiements de la Commission électorale nationale indépendante -CENI-, été réaligné sur la liste des candidats et l’a emporté dans une Assemblée provinciale de 21 députés provinciaux sur les 25 que compte cette province avec 17 voix contre 8 à la liste FCC conduite par Lambert Mende. Une anomalie qui n’est pas sans rappeler les élections sénatoriales dans la province voisine du Kasaï Oriental à l’occasion desquelles l’UDPS Tshisekedi disposant d’une très large majorité dans le corps électoral n’avait pu faire élire aucun sénateur. L’ironie de l’histoire est que plusieurs sources affirment que Mukumadi est encarté dans l’UDPS/T qui ne dispose d’aucun élu provincial au Sankuru… A l’instar des têtes couronnées de l’UDPS/T à l’époque, Lambert Mende et ses amis de l’Alliance CCU et Alliés n’ont pas eu des mots assez durs pour fustiger «l’inconséquence politique frisant la corruption» de la plupart des sociétaires de leur co-sociétaires du FCC au sein de l’Assemblée provinciale du Sankuru qui ont «craché sur leurs engagements auprès de leur électorat et sur les mots d’ordre de la famille politique». Dégoûté, l’ancien ministre de la Communication et Médias du dernier gouvernement Kabila a néanmoins renoncé à contester cette élection de son challenger Mukumadi: «je ne me fais aucune illusion quant à la fiabilité idéologique de la plus d’une dizaine de députés provinciaux qui se sont ainsi vendus au plus offrant», a-t-il déclaré peu avant de quitter Lusambo dimanche. Les choses auraient donc pu s’arrêter là sans les affrontements provoqués par le triomphalisme de certains partisans du challenger qui, pour conditionner les grands électeurs, s’étaient lancés depuis Lusambo dans un chantage en instrumentalisant diverses couches sociales dont des chefs coutumiers pour menacer des feux de la géhenne quiconque ne voteraient pas Mukumadi et son colistier. Face à leurs imprécations présentées comme reflétant le point de vue unanime tous les 400 chefs coutumiers de la province, plusieurs chefs coutumiers du territoire de Lodja ont fait une mise au point pour rappeler que les chefs coutumiers étaient apolitiques et demander aux acteurs politiques de cesser d’instrumentaliser des groupes d’inconnus se faisant passer pour des chefs coutumiers à des fins politiciennes. Parmi la vingtaine de chefs coutumiers auteur de cet appel, figurait le chef Moïse Lolema Konde Wamu, chef du groupement de Lemba, secteur de Nambelo-Lohembe en territoire de Lodja. 24 heures à peine après cette démarche citoyenne, le chef Moïse a été sauvagement abattu par trois balles tirées à bout portant par une bande d’assaillants drogués venus du groupement voisin de Manda dans le même secteur de Nambelo-Lohembe qui ont en plus incendié une vingtaine de maisons dans son village. Détail horrible: dans l’une de ces maisons, dormait la fille du chef, âgée de 7 ans qui sera brûlée vive et calcinée.Les agresseurs ont été identifiés comme par les villageois comme faisant partie de la bande d’un certain Omindo, alias Omera, un proche du député national Jean-Charles Okoto. Alertées, les forces de police de Lodja, à 20 km du lieu du forfait, se sont déployées sur le site pour rétablir l’ordre. Elles seront surprises à Manda par une résistance farouche de la bande, en fait une milice armée qu’une certaine opinion accuse le député national Okoto et le député provincial Daniel Omalosambo d’entretenir depuis 2016 dans la région. Répliquant à un tir nourri d’armes de fabrication artisanale utilisées par ces délinquants, la police a abattu l’un d’entre eux et procédé à 3 arrestations dont une dame réputée «féticheuse» du groupe. D’intenses recherches se poursuivent pour mettre la main sur Omindo et le reste de la bande. Célèbre pour sa cruauté, Omindo «Omera» s’est signalé depuis 2016 par de multiples agressions fatales contre des personnes dans diverses zones rurales du territoire de Lodja. Arrêté en 2017 pour l’assassinat de 3 jeunes commerçants ambulants, il avait été libéré suite à l’intervention de l’Administrateur de Territoire de Lodja, Médard Elonge, un proche de l’honorable Okoto. Il a, depuis lors récidivé en assassinant en 2018 le policier John Bungulu Lembe de l’escorte d’un transport de fonds de la Rawbank destinés à la paie des fonctionnaires de l’Etat de Katako-Kombe au bac Manda sur la rivière Lokenye avant de faire main basse sur un butin de 350 millions de FC. Ce mardi 23 juillet 2019, après une vive controverse avec l’administrateur Médard Elonge prétextant avoir reçu une injonction du gouverneur -non investi!- Mukumadi, les habitants de Lodja, la capitale économique du Sankuru ont organisé une marche blanche sous l’égide de la Société civile pour déplorer ces actes répétés de criminalité, condamner leur impunité et demander du Chef de l’Etat «le remplacement dans les meilleurs délais de l’Administrateur de territoire Elonge qui s’est illustré par sa complicité avec ces criminels et son incapacité à assurer la sécurité de la paisible population de Lodja».Tino MABADA

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