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Batteries électriques: une grande cause nationale!

Objectif: capter, dans un premier temps, 100 milliards de dollars à consacrer au budget national, a expliqué le ministre de l’Industrie Julien Paluku…

La Cause nationale est un sujet décidé chaque année en France par le premier ministre et sur lequel une attention particulière sera portée tout au long de l’année. Le titre de Cause nationale a été créé en 1977 en vue de lutter contre le cancer. Le choix de la Cause nationale par le premier ministre se fait après un dépôt de candidature, par des associations, quelques mois avant le choix définitif de la Cause nationale. La Cause nationale est une immense chance pour les associations qui voient soudain leurs propres causes être au centre de débats politiques très médiatisés. Depuis 1977, l’idée fait son chemin à travers plusieurs campagnes portées par tout le pays.

En République démocratique du Congo, pays sous-pauvre malgré ses énormes richesses naturelles, avec à peine un budget de 10 milliards de dollars, pays post-conflit mais encore en proie à des conflits armés, les décideurs ne manquent pas des dossiers urgents à classer dans la catégorie grande cause nationale. Sous Joseph Kabila, le pays a défendu une grande cause nationale: la rédaction du nouveau Code minier. Promulgué en mars 2018, ce texte révolutionnaire prévoit une forte hausse des taxes sur les «substances stratégiques» avec un taux de redevance minière allant jusqu’à 10%. Il prévoit aussi une taxe de 50% sur les super profits -des revenus engrangés grâce à un niveau des prix de 25% supérieurs aux études de faisabilité bancaire. Il reste à la communauté nationale, toutes tendances confondues, de veiller à sa stricte application pour en récolter les fruits.

À l’ère de la transition énergétique, voici que le gouvernement du président Félix Tshisekedi entend prendre date avec l’Histoire en mobilisant autour d’une nouvelle grande cause nationale: le projet de fabrication, en République démocratique du Congo, des batteries électriques, à partir du lithium de Manono, dans le Tanganyika, et du développement d’une chaîne de valeur autour des véhicules électriques et des énergies propres.

Ambition clairement affichée au cours du Forum Africa business tenu pendant deux jours dans la capitale du pays, à laquelle ont pris part des dirigeants politiques, des banques et des majors du secteur. Kinshasa est au cœur de cette transformation, de ce nouvel enjeu mondial de la transition énergétique. La réflexion doit être menée, la campagne intensifiée, pour que dirigeants, à tous les niveaux, et administrés s’impliquent. Si la République Démocratique du Congo peut travailler pour capter ne serait-ce que 1% du marché estimé à 10.000 milliards de dollars, soit 100 milliards de dollars, ça serait grand bond, un budget énorme, susceptible de bouger les lignes.

La part du gouvernement

À en croire RFI, la République démocratique du Congo se positionne comme la destination la plus compétitive de la terre pour installer des usines de fabrication de batteries. Elle veut capter une partie des «8.000 milliards de dollars» de revenus issus de la vente des véhicules électriques à l’échéance 2025, «46.000 milliards d’ici 2050».

Par ailleurs, le pays, exportateur de nombreuses richesses minières à l’état brut, compte sur sa réserve de 400 millions de tonnes de lithium et 25 millions de tonnes de cobalt pour alimenter cette industrie. En portant ce projet conçu par le ministre de l’Industrie Julien Paluku et arrimé au programme du président Félix Tshisekedi, le gouvernement du premier ministre Sama Lukonde a fait sa part en signant des engagements avec des partenaires, complétés par l’annonce de la mise en place d’un véhicule financier dédié à la formation d’une épargne publique destinée à constituer un fond de départ et la création du Conseil des batteries de la République démocratique du Congo. Cet établissement public devrait piloter la politique gouvernementale dans ce domaine.

Selon les résolutions du forum, les citoyens de la République démocratique du Congo ont la possibilité de détenir des parts dans les sociétés étrangères qui pourraient investir dans la fabrication de batteries pour voitures électriques. Alors que l’extraction du lithium se fait à Manono, dans le Tanganyika, l’entreprise pilote, selon les informations de «RFI», pourrait être basée à Lubumbashi, dans la province du Haut-Katanga. Par la voie de son président, Albert Yuma, la FEC a souhaité que les entreprises qui vont investir soient majoritairement constituées des capitaux africains.  Déjà très actif lors de la campagne pour l’adoption du nouveau Code minier, Yuma a ainsi demandé de s’assurer «dès le départ de la participation des nationaux au capital de ces entreprises communes», prônant un «protectionnisme africain» avant de «s’ouvrir aux autres».

À l’issue du forum de Kinshasa, Sidi Ould Tah, patron de la Banque arabe de développement pour l’Afrique -BADEA-, a réaffirmé l’engagement des partenaires extérieurs d’accompagner les autorités de la République démocratique du Congo. Un accompagnement «pour faire de ce pays, un point de départ pour une Afrique qui change le narratif, crée des emplois et transforme ses ressources».

Attraction Bloomberg!

Le ministre de l’Industrie, Julien Paluku, a fait part de l’étude réalisée par Bloomberg, à la demande du gouvernement, qui démontre qu’investir en République démocratique du Congo coûte à l’investisseur 39 millions de dollars, alors qu’aux États-Unis le même investissement coûte 117 millions de dollars! Attrayant! 39 millions de dollars, c’est à peu près le montant que le gouvernement a consacré à la commande en Namibie des poissons surgelés chinchards.

Soudain, les yeux sont tournés vers l’Assemblée nationale, l’autorité budgétaire en session pour examiner la Loi de finances 2022 arrêtée à 10 milliards de dollars, de travailler, au nom de la grande cause nationale, dans le sens de dégager à l’unanimité un crédit de 39 millions de dollars devant permettre à Kinshasa d’investir dans la production des batteries électriques.

Tino MABADA

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