
Le torchon brûle entre Jean-Claude Baende et Jean-Pierre Bemba, deux leaders ayant «le sang équatorien dans les veines». Pomme de discorde entre l’élu de Mbandaka et le vice-Premier ministre en charge de la Défense: le leadership de la province de l’Équateur, une des 5 entités issues du découpage de l’ancienne Équateur. Baende, fils de la «nouvelle» Équateur, reproche à Bemba, désormais ressortissant du Sud-Ubangi, de s’immiscer dans la gestion d’une province dont il n’est pas originaire.
A la base, la récente réunion conduite par Jean-Pierre Bemba, membre du présidium de l’Union sacrée, avec les députés provinciaux de cette plateforme pour porter la candidature de Bobo Boloko à la tête de cette province. Une «conciliabule» que Baende, outré, ne tolère pas. Pour contrer cette démarche, celui qui a passé trois ans à la tête de la province de l’Équateur, dans son ancienne configuration, a lancé la «Dynamique sauvons l’Equateur» pour «mettre fin à cette situation». Pour Baende, Bobo Boloko n’est nullement la personne idéale pour rempiler après de 7 ans de gestion «calamiteuse», caractérisée par des «détournements» et des «arrestations arbitraires».
Depuis, Baende savonne Bemba en public, tient des propos acides à son égard, l’appelant au «respect mutuel», sans lequel il promet d’adopter un «comportement irrévérencieux» en direction du VPM en charge de la Défense qui, selon lui, passe pour un expert en conflits. Le cas de ses relations tendues avec José Makila ou encore Jean-Lucien Bussa, tous anciens du MLC comme Baende lui-même. S’il est disposé, en tant que notable de la nouvelle province de l’Équateur, à recevoir tout conseil qui vise le développement de cette entité politico-administrative, l’élu de Mbandaka s’érige en opposant à tout message contraire, d’où qu’il vienne, même si l’auteur se trouve être le leader du MLC.
Des cadavres dans les placards de l’ex-chef rebelle!
«Jean-Pierre Bemba me connait très bien. Il doit savoir que je ne suis pas faible. Il est leader du Sud-Ubangi et nous ne nous impliquons pas dans les affaires de leur province», avertit Baende, qui dit n’avoir «aucune leçon de gouvernance» à recevoir de celui qui a été, durant trois ans, vice-Président de la République. «Je voudrais te rappeler que depuis plusieurs années, l’ancienne province de l’Équateur a été scindée en 5 nouvelles provinces ayant chacune une autonomie politique et disposant des leaders naturels. Tu conviendras avec moi que depuis ce découpage territorial, les grandes orientations politiques du Sud Ubangi sont discutées entre les filles et les fils du Sud Ubangi. Je voudrais te demander de te comporter de la même manière en ce qui concerne la province de l’Équateur», écrit Baende pour recadrer Bemba.
Dans la foulée, Baende ne loupe pas l’occasion de ressortir les multiples cadavres savamment gardés dans le placard de Bemba. «Il a été dans la rébellion et il a tué des RD-Congolais, il doit le savoir», rappelle-t-il. Selon lui, le VPM de la Défense a également «détourné» un forage destiné à l’hôpital de Gemena pour l’installer dans sa résidence de la même ville. «Avant de parler, il faut une introspection et regarder dans le rétroviseur», conseille Baende à Bemba, qu’il accuse également d’avoir détourné des fonds décaissés pour l’hôpital de Gemena durant la période 1+4.
Dans la même missive, Baende dénonce aussi des «propos malveillants et discourtois» tenus contre lui par Jean-Pierre, brandissant son «droit» et sa «liberté de parler et d’agir politiquement sur les grandes questions qui concernent -sa- province». Ces propos de Bemba étaient notamment des accusations de «détournements» contre Baende, réfutées par ce dernier. «Tu devras aussi retenir que Jean-Claude Baende reste le seul gouverneur qui a géré la grande province de l’Équateur sans détournement. Aucun dossier dans ce sens n’a été retenu contre moi par la justice de notre pays. Je suis et je reste le seul gouverneur bâtisseur des infrastructures scolaires, hospitalières et routières», se vante-t-il, rappelant être celui qui a construit partout, y compris à Gemena, fief de Bemba, où ce dernier n’aurait rien implanté. «La construction de la route Akula-Zongo, la réhabilitation de l’hôpital général de référence de Gemena ont été rendues possibles grâce à moi», ajoute-t-il.
S’il estime que la province de l’Équateur est «désormais en danger», Baende se propose, «avec le mandat populaire», d’être au front de cette «démarche salutaire» face à un adversaire de «la même génération» mais ayant un «comportement dictatorial». Baende n’oublié de rappeler à Bemba l’épisode post-électoral de 2006 durant lequel le leader du MLC, battu à la présidentielle, «avait mis la capitale Kinshasa à feu et à sang». Si aujourd’hui Bemba compose avec Félix Tshisekedi dans le cadre de l’Union sacrée, Baende n’oublie pas non plus 2018 quand Bemba, dans sa casquette de pro-Fayulu, avait «traité le Président Tshisekedi de moins que rien, tricheur, etc.»
En adressant ces «mots clairs» à Bemba, Baende dit vouloir inviter ce dernier «à ne plus -se- considérer comme seul maître politique de l’espace grand Équateur» après près de dix ans passés dans les geôles de la CPI durant lesquels d’autres leaders ont émergé dont Guy Loando, Jean Lucien-Busa, Jean-Claude Baende ou encore José Makila. «Penser le contraire, c’est fausser l’histoire politique de cet espace», soutient-il. Voilà Bemba étrillé à l’Equateur comme jamais auparavant. Voilà Baende qui lui renie sa toute puissance. Ainsi, ce dernier est convaincu que le «temps d’imposer» un leader à la province de l’Equateur produit du démembrement du Grand Équateur «est dépassé», même s’il s’agit d’un certain Bemba à la manœuvre. Ce dernier devrait, à son avis, se contenter du raffermissement des «liens fraternels» en ce qui concerne le Grand Équateur et non à la vie politique de 4 provinces autres que le Sud-Ubangi dont il est originaire.

