
Pas de discours sur les chiffres. Mardi 28 juillet, à Kinshasa, Jean-Pierre Lihau est venu parler mémoire. Le vice-Premier ministre en charge de la Fonction publique a présidé la première cérémonie de décoration et de remise de médailles de mérite civique aux retraités de la DGRAD, la régie financière créée le 27 décembre 1995. Objectif: incarner la «réforme de la dignité» qu’il mène depuis son arrivée au ministère.
29 retraités ciblés, 20 médaillés
Au total, 29 agents étaient concernés: 14 secrétaires généraux, 7 directeurs, 1 chef de division et 7 agents, admis à la retraite entre 2017 et 2025. Au regard des dossiers administratifs, seuls 20 ont finalement reçu leur distinction des mains du Chancelier des ordres nationaux. Pour les 9 autres, déjà décédés et sans ayant droit identifié, les médailles seront conservées à la DGRAD. Un écart qui dit aussi l’état des archives et le retard pris dans la gestion de la carrière.
La retraite, couronnement honorable d’une carrière
Dans son adresse, le VPM Lihau a évoqué un triple devoir: «mémoire, reconnaissance et justice». «La décoration que nous remettons aujourd’hui à nos vaillants retraités de la DGRAD, au nom du président de la République, n’est pas une simple distinction honorifique de plus, mais l’expression vivante de la gratitude de la nation. Elle est le témoin d’une promesse tenue: celle d’une République qui n’abandonne pas au bord du chemin ceux qui ont marché pour elle», a-t-il déclaré. S’adressant directement aux récipiendaires: «Ce ruban que vous portez sur la poitrine, sachez-le, est plus lourd qu’il n’y paraît. Il pèse le poids de vos années de labeur, de vos matinées commencées avant le lever du jour, de vos convictions tenues quand il aurait été plus commode de les abandonner».
Pour le gestionnaire des ressources humaines de l’État, la modernisation passe par l’agent. «La véritable modernisation de l’administration publique consiste à replacer l’agent au centre de toutes les politiques publiques, à restaurer sa dignité et à reconnaître son mérite. La retraite ne doit pas être vécue comme une mise à l’écart, encore moins comme un exil silencieux. Elle est le couronnement honorable d’une carrière au service de la nation», a-t-il martelé, conformément, dit-il, «aux instructions du chef de l’État».
La DGRAD se cherche un nouveau récit
Le directeur général de la DGRAD a salué «une première» dans l’histoire de la régie. Il a invité les agents encore en activité à «suivre l’exemple des médaillés pour exceller dans la mobilisation des recettes non fiscales», alors que la pression sur les régies financières reste forte pour alimenter le budget de l’État. «C’est une joie de vous voir assis, entourés de vos amis, collègues, frères et membres de famille qui vous manifestent leur admiration. Vous avez honoré votre carrière», a-t-il dit aux récipiendaires.
De leur côté, les lauréats ont remercié le gouvernement pour «avoir pensé à les honorer avec solennité». Pour eux, les médailles reçues représentent la reconnaissance des services rendus à la nation dans la mobilisation des recettes.
Pour couronner le mérite, la DGRAD a également remis une enveloppe à chaque médaillé.
Le symbole avant les moyens
Avec cette cérémonie, Jean-Pierre Lihau poursuit la mise en scène de sa réforme. Après la bancarisation, la biométrie et le nettoyage du fichier, il mise désormais sur le volet symbolique: restaurer la fierté d’être fonctionnaire. Reste la question des moyens. Entre la promesse d’une «retraite digne» et la réalité des pensions, le fossé est encore grand. La décoration règle le devoir de mémoire. Elle ne règle pas encore celui des conditions de vie après la carrière. En attendant, à la DGRAD, 20 anciens ont quitté l’administration avec une médaille sur la poitrine. Un signal envoyé aux 1,2 million d’agents que compte encore l’État.

