Dossier à la UneNationPolitique

3e mandat: la fausse leçon américaine de Mende, Matumweni le recadre

«En 1940, les États-Unis n’avaient pas de limite de mandats», rappelle le professeur Jean-Claude Matumweni Makwala. Dans une tribune transmise à AfricaNews, l’universitaire répond à Lambert Mende, ancien ministre de la Communication et des Médias, cadre de l’Union sacrée de la Nation, qui justifiait récemment un éventuel troisième mandat de Félix Tshisekedi par l’exemple de Franklin Delano Roosevelt. Lors d’une récente sortie médiatique, Lambert Mende a rappelé que le 32e président américain avait exercé quatre mandats successifs de 1933 à 1945. Selon lui, le peuple américain lui aurait «expressément demandé de rester» en raison du contexte de guerre. L’argument ne tient pas, selon le professeur Matumweni. Il pointe trois failles: un contexte constitutionnel différent, une guerre arrivée après la réélection de Roosevelt, et une popularité liée au New Deal plutôt qu’à un conflit. Objectif: «couper court à toute tentative d’y recourir pour justifier la quête d’un troisième mandat au Congo».

A retenir

USA 1940 vs RDC 2026: Aucune limite de mandats aux USA à l’époque de Roosevelt. La Constitution de la République Démocratique du Congo, elle, limite à 2 mandats et érige la violation en crime.

Guerre et élection: Roosevelt a été réélu le 5 novembre 1940. Pearl Harbor date du 7 décembre 1941. «On ne peut donc établir de relation de causalité», tranche le professeur.

Pas de limite constitutionnelle à l’époque

Le professeur souligne que la Constitution américaine ne limitait alors pas formellement le nombre de mandats. Il s’agissait d’une pratique séculaire initiée par George Washington. La limite de deux mandats n’a été inscrite que le 21 mars 1947, deux ans après la mort de Roosevelt, par le 22e amendement. «Nullum crimen sine lege: il n’y a point de crime sans loi. Roosevelt n’enfreignait donc aucune loi», écrit Jean-Claude Matumweni. Il note que depuis 1947, aucun des quinze présidents américains n’a tenté de briguer un 3e mandat. Or, poursuit-il, «la situation américaine de 1933-1945 n’est en rien comparable à celle de la RDC, où la Constitution limite impérativement le nombre de mandats à deux et érige en crime sa violation».

La guerre n’explique pas les réélections

Deuxième argument démonté: l’entrée en guerre des États-Unis n’a pas motivé la réélection de Roosevelt. Washington appliquait une politique de neutralité jusqu’à l’attaque japonaise de Pearl Harbor le 7 décembre 1941. 

Le Congrès a déclaré la guerre au Japon le lendemain, 8 décembre 1941. 

Or le 3e mandat de Roosevelt a commencé après son élection du 5 novembre 1940, plus d’un an plus tôt.

Le New Deal et la communication, clés de la popularité

Pour le professeur, la popularité de Roosevelt tenait surtout à son programme économique, le «New Deal», lancé en 1933 face à la Grande Dépression. Ce plan de relance et de protection sociale a fait baisser le chômage de 25% à 17% avant la guerre. Il cite aussi les «Fireside chat», 30 discours radiophoniques entre 1933 et 1944, qui ont créé une «proximité» avec les Américains et permis au président de «contrer les rumeurs et rassurer pendant la guerre». En conclusion, Jean-Claude Matumweni Makwala appelle à «mener une lecture comparative sérieuse et sans complaisance, loin de toute visée propagandiste et manipulatrice».

YA KAKESA

Articles similaires

Laisser un commentaire

Bouton retour en haut de la page