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Papa Wemba, un hommage mondial

Sur instruction du Chef de l’Etat Joseph Kabila, le Gouvernement, la famille biologique et artistique de l’illustre disparu prennent déjà des dispositions pour le rapatriement du corps et l’organisation des obsèques dignes de son rang. Ce lundi, une équipe du ministère de la Culture et Arts se rend à Abidjan
De Paris à Tokyo en passant par Abidjan, où il est décédé dimanche après une crise en plein spectacle, en vrai général de la Rumba, la presse mondiale a rendu un grand hommage à l’artiste musicien Papa Wemba, patron du groupe Viva La Musica. «Papa Wemba, world-famous musician, dies after collapsing on stage», titrait le New York Daily News. «Papa Wemba, célèbre chanteur congolais, est mort à l’âge de 66 ans», renchérissait RTL. Le magazine Closer enchainait: «Mort de Papa Wemba qui s’est écroulé en plein concert à la télévision». L’Express et TV 5 Monde n’étaient pas en reste, indiquant tous deux: «Décès à Abidjan du chanteur congolais Papa Wemba». Libération, RFI, Le Parisien, Public, France 24, Africa 24, BBC, 20 minutes… ont, chacun en ce qui le concerne, accordé leurs colonnes ou leurs temps d’antenne à ce sinistre événement une réalité: Wemba était une célébrité mondiale. Dans les mêmes temps, sur internet, des adieux émouvants sans précédent, envoyés dans toutes les langues sur Facebook et Twitter. Cas du Premier ministre Matata Ponyo, qui a déploré la perte d’une sommité de la musique. Ou du ministre des Relations avec le Parlement Tryphon Kin-kiey dont le message est posté en ces termes: «Papa Wemba était le dernier de la Rumba qui nous restait après Lwambo Makiadi et Tabu Ley Rochereau. Il est mort sur scène en vrai combattant». Et le célèbre musicien Youssou Ndour de twitter: «Papa Wemba! L’Afrique perd encore un de ses ambassadeurs… Le cœur lourd, lourd, mais vraiment lourd. Repose en paix, l’artiste!». Le Président de la République du Gabon, Ali Bongo Ondimba, n’est pas aussi en reste. Sur sa page Facebook, le Chef d’Etat écrit: «Un roi de la musique tire sa révérence aujourd’hui. Repose en paix Papa Wemba, nos pensées accompagnent tes proches». L’un des grands footballeurs africains, le Camerounais Samuel Eto’o a exprimé ses sentiments en Lingala sur son compte Instagram: «Ndule na yo eko kufa te, eko tikala se kozala!». A Kinshasa, c’est par milliers que ses fans, en pleurs, se sont amassés devant la maison familiale de la rue Kanda-Kanda, fief du village Molokai -acronyme des avenues Masimanimba, Oshwe, Lokolama, Kandakanda et Inzia-, où après un passage dans Zaiko Langa Langa, Papa Wemba, né Shungu Wembadio, créa en 1977 le groupe Viva La Musica et se mit à la détection et au lancement des talents dont Koffi Olomide et feu King Emeneya.
«Vers 5h10’, heure d’Abidjan, Papa Wemba a été annoncé pour monter sur le podium. Il a chanté la première et la deuxième chanson. Alors qu’il chantait la troisième chanson, il s’est écroulé. Je suivais le concert en direct à la télévision. J’ai vu les danseuses entourer Papa Wemba. J’ai cru que c’était un scénario du concert. Mais ensuite je vois surgir sur le podium les gens de la Croix-Rouge ivoirienne. Tout d’un coup on a coupé le signal de la télévision ivoirienne. J’ai tenté d’appeler le manager de Papa Wemba à l’étranger, Cornelie. Il me dit que Papa Wemba est tombé en plein concert. On l’a acheminé à l’hôpital. Je rappelle dix minutes après, on me dit qu’il est aux soins intensifs. J’appelle trente minutes après, Cornelie me dit que Papa Wemba a rendu l’âme», a expliqué Mbuta Vokia, un proche de l’illustre disparu, tôt le matin sur «Radio Okapi».
Une biographie couronnée de près de 50 ans de carrière musicale
Faire la biographie de Papa Wemba est un exercice plus ardu dans la mesure où l’artiste avait un parcours beaucoup plus riche. Qu’à cela ne tienne, «AfricaNews» a recouru à l’ouvrage consulté par «Radio Okapi», œuvre de Jean-Pierre François Nimy Nzonga intitulé «Dictionnaire des immortels de la musique congolaise moderne». Musicien à succès, Papa Wemba, de son vrai nom Jules Shungu Wembadio, est l’une de grandes figures de la musique RD-congolaise moderne. Décédé à l’âge de 66 ans, il aura vécu presque toute sa vie comme musicien. Né en 1949, Papa Wemba se lance dans la musique à l’âge de 20 ans.
Selon l’ouvrage de Jean-Pierre François Nimy, la maman de Papa Wemba, pleureuse de profession, serait considérée comme l’élément détonateur de sa vocation musicale. Le jeune Shungu accompagnait sa mère à ses prestations. Le papa, ancien soldat de la Force publique, fut un chasseur. Le même ouvrage note que Shungu Wembadio n’a que 20 ans lorsqu’il intègre l’orchestre de Stukas boys où il compose sa première chanson inédite «Madrigal». La même année, en 1969, il participe à la création de Zaïko, l’un de plus grands groupes musicaux de la RD-Congo. Il y signe ses premiers gros succès notamment «Pauline», «Chouchouna», «Liwa ya somo», «Amoureux déçu» et prend le surnom de Papa Wemba. Il quitte le groupe, 5 ans plus tard, et forme avec quelques de ses camarades le groupe «Isifi Lokole» où il compose la chanson «Amazone», du nom de son épouse.
Après un éphémère passage dans le groupe «Yoka Lokole», il fonde son propre groupe en 1977 dénommé «Viva La Musica». Selon Jean-Pierre François Nimy, le chanteur devient alors «l’archétype du Kinois à la mode». Il invente un village imaginaire «Village Molokai» et se fait introniser «chef coutumier». Il multiplie les sobriquets comme «Kuru Yaka», «Vieux Bokul», «Bakala dia kuba», «Maitre d’école» le titre de son dernier opus qui a connu la contribution de plusieurs artistes musiciens tant nationaux qu’étrangers.
Le prince de la sape
Papa Wemba n’était pas seulement un chanteur, il était aussi connu comme amoureux de la mode. Il a imposé un style vestimentaire, une allure générale caractérisant les «sapeurs»: coiffure et habillement sophistiqués, goût effréné pour les vêtements de haute couture portant la griffe de maisons de mode.
Grand détecteur des talents, il a contribué à l’éclosion et au lancement de King Kester Emeneya, décédé en 2014, Koffi Olomide, patron de l’orchestre Quartier Latin International, Debaba Mbaki, Dindo Yogo, Awilo Longomba, Reddy Amisi, Styno Mubi, Luciana de Mingongo ou le soliste Rigo Star. A partir de l’an 2000, une brillante carrière internationale solidifie le succès de l’artiste Papa Wemba. Mais une sombre affaire vient ternir ce succès. Des tribunaux français et belges établissent l’existence entre 2001 et 2003 de vastes filières d’immigration clandestine des faux musiciens qui, depuis la RD-Congo, s’acquittent envers Papa Wemba d’une somme d’USD 3.500 par personne. Le dossier est connu en RD-Congo sous le nom d’affaire «Ngulu».
Le chanteur est incarcéré après une enquête de deux ans, entre 2002 et 2004. Le tribunal correctionnel de Bobigny le condamne à trente mois de prison, dont quatre fermes déjà purgés en 2003, et 10.000 euros d’amende pour «aide au séjour irrégulier de clandestins sous couvert de ses activités musicales». L’artiste ne va pas en prison. Il a déjà effectué le même nombre de mois en détention préventive.
Papa Wemba rentre au pays et poursuit sa carrière. Il sort notamment l’album «Ba Zonkion» en 2005. Et son dernier album, «Maître d’école» est sorti en 2014. En décembre 2015, Papa Wemba a fait partie de 90 opérateurs culturels RD-congolais décorés de la médaille du mérite des arts, science et lettres par la Chancellerie des ordres nationaux.
Papa Wemba s’était rendu à Abidjan pour participer au Festival des musiques urbaines d’Anoumabo -FEMUA- où il a trouvé la mort dimanche 24 avril 2016 à 8 heures d’Abidjan, après s’être effondré sur scène vers 5 heures du matin. Un jour, au cours d’une émission télévisée, Wemba avait fait part de son rêve: «Je préfère mourir sur scène devant mes fans». Ça s’est accompli!
Sur instruction du Chef de l’Etat Joseph Kabila, le Gouvernement, la famille biologique et artistique de l’illustre disparu prennent déjà des dispositions pour le rapatriement du corps et l’organisation des obsèques dignes de son rang. Ce lundi, une équipe du ministère de la Culture et Arts se rend à Abidjan. La Rédaction d’AfricaNews s’associe à cette douleur et présente ses condoléances aux familles biologique et artistique de cette icône de la musique africaine.
Olitho KAHUNGU

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