Culture

Brazzaville: Kinjazza porte le flambeau de la RD-Congo sur la scène de Mboté Jazz

La salle Savorgnan de l’Institut français du Congo-Brazzaville s’est transformée, entre les 21 et 22 novembre 2025, en un sanctuaire du jazz. Deux jours d’intensité musicale ont animé la scène culturelle brazzavilloise, marquant la renaissance de cette musique. À cette grande messe musicale, la RD-Congo a pris part activement. Kinjazza, mené par son chef de file Gabriel Wadigesila, a marqué son passage avec une prestation réussie, mettant en valeur une diversité musicale originale. «Avec mon équipe, nous avons joué mes compositions originales et interprété quelques standards de jazz, mais à la façon Kinjazza, qui pratique de l’ethno-jazz», a affirmé Gabriel Wadigesila.

Durant plus d’une heure de scène, le maestro Gabriel Wadigesila -composition, basse et chant- s’est fait accompagner de Mitterand Kondima, batteur et percussionniste; Ed Tshepe, pianiste britannique d’origine RD-congolaise; Joel Sarque Kabamba au chant et Jérémy Ramazani à la danse. Ils ont mis en lumière les différents contours de la culture RD-congolaise et porté un message de paix et d’espoir pour la population de l’Est de la RD-Congo en ce temps de guerre.

Fier de la réussite de la participation de Kinjazza à la première édition de Mboté Jazz, le professeur, compositeur et arrangeur Gabriel Wadigesila s’est réjoui de l’approche organisationnelle de l’événement et de l’accueil chaleureux reçu au pays de Denis Sassou Nguesso. Il s’est servi de cette scène comme tremplin pour peaufiner certaines perspectives de son tout premier album. «Cette première édition du Festival Mboté Jazz m’a permis de me rendre compte de la température, de la teneur, de l’odeur et de la saveur de ce que je suis en train de préparer dans mon labo. Mon tout premier album est en chantier depuis quelque temps», a-t-il révélé.

La clôture de Mboté Jazz a été ponctuée par une jam session où tous les artistes participants se sont réunis sur scène afin de jouer ensemble au nom du jazz, question de sceller la renaissance de cette musique en terre brazzavilloise et de favoriser son expansion dans toutes les régions d’Afrique centrale. «Il est donc temps de créer une filière Mboté Jazz, ce qui permettra d’avoir Mboté Jazz Mbuji-Mayi, Mboté Jazz Pointe-Noire, Mboté Jazz Benguela, Mboté Jazz Libreville, Mboté Jazz Yaoundé, Mboté Jazz Douala et bien d’autres. Cela favoriserait la mobilité des artistes et leur épanouissement», a-t-il exposé comme vision à long terme.

Quid de la genèse de Kinjazza

Kinjazza se veut une solution adéquate à une problématique cruciale: la conservation, la retranscription, la transmission et la valorisation de l’immense héritage culturel des ancêtres africains. Ayant appris le jazz à l’université, l’artiste Gabriel Wadigesila tente, avec les moyens du bord, de tropicaliser les standards de jazz en les brassant avec les différentes musiques traditionnelles que l’on retrouve dans ce grand pays-continente qu’est la RD-Congo, mais aussi au Kongo avec K. -ndlr: Angola, Congo-Kinshasa, Congo-Brazzaville, Gabon et une partie du Cameroun.

Dans le même ordre d’idée, il a créé la méthode Wadigesila, qui est une façon particulière d’enseigner le solfège rythmique dans les langues africaines. «Déjà testée avec succès en dehors de nos frontières nationales, au Cameroun, Togo, Côte d’Ivoire, Congo-Brazzaville et dans nos quatre langues nationales à l’intérieur du pays -Mbuji-Mayi, Lubumbashi, Bukavu, Goma et bien d’autres-, j’enseigne et transmets mon savoir que j’essaie de mettre à jour sans cesse. Et je joue essentiellement avec des jeunes que j’ai formés», a-t-il précisé à propos de la création de Kinjazza.

Ayant appris le jazz en côtoyant les grandes figures du jazz, des expatriés et autres, de passage à Kinshasa, Gabriel a fait ses études universitaires en section jazz, option basse électrique, au Conservatoire royal de Bruxelles en Belgique. Hormis Kinjazza, la scène de Mboté Jazz a vu défiler de redoutables groupes de jazz nationaux et internationaux. On cite les groupes brazzavillois Écurie Bassa et Oupta, ainsi que Soba Blues, venu de France.

Le brassage culturel entre les professionnels du jazz a suscité une interaction forte avec le public brazzavillois. Mboté Jazz qui en est à sa première édition, marque donc la renaissance de la mouvance du jazz au Congo-Brazzaville, après de nombreuses initiatives similaires lancées auparavant. Cette fois-ci, le festival prend une autre allure sous l’organisation exclusive de l’Institut français du Congo-Brazzaville, en collaboration avec l’Écurie Bassa.

H.A

Articles similaires

Bouton retour en haut de la page