RDC: Vlisco condamné, Gieskes réhabilitée

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Le Groupe Vlisco vient d’être condamné par le Tribunal de commerce de Kinshasa/Gombe. Le fabriquant hollandais des pagnes parmi les plus prisés d’Afrique avait en effet limogé de ses fonctions sa gérante statutaire en RD-Congo, Monique Gieskes. L’intéressée avait saisi le Tribunal de commerce de Kinshasa/Gombe, estimant son limogeage injuste, dénonçant le caractère irrégulier des assemblées générales à l’origine de cette destitution. La justice vient de lui donner raison. Le Tribunal de commerce de Kinshasa/Gombe a rendu sa décision vendredi 7 février. Il a déclaré que Vlisco n’était pas en droit de licencier sa gérante statutaire en RD-Congo sur base des assemblées générales convoquées en violation des statuts de Vlisco RDC et condamné le groupe Vlisco à réintégrer immédiatement Monique Gieskes dans ses fonctions avec tous les avantages et à lui payer ses 6 mois d’arriérés de salaires.

L’épilogue du duel judiciaire entre la firme hollandaise Vlisco et Monique Gieskes, se solde en faveur de cette dernière. La firme hollandaise a été condamnée à réhabiliter Monique Gieskes dans ses fonctions, avec effets immédiats et paiement intégral de ses arriérés de salaire ainsi que les avantages y afférents. C’est ce qui ressort de l’arrêt sous RCE 6451 rendu par le Tribunal de commerce de Kinshasa le vendredi 7 février 2020. Cet arrêt fait suite à la demande des conseils de Monique Gieskes formulée lors de l’audience publique du 24 janvier 2020 au Tricom Gombe. Cette demande a consisté à la prise des mesures conservatoires rétablissant la plaignante, Monique Gieskes, dans ses fonctions de gérante de Vlisco RDC et déclarant la nullité des trois assemblées générales du 20, 21 et 22 août 2019, convoquées alors qu’elle était en mission à Goma. Selon ses avocats, Gieskes a su démontrer que les cadres européens ayant siégé dans ces assemblées l’ont fait en violation de l’article 14 des statuts de Vlisco. Cet article dispose: «l’Assemblée générale est convoquée par le gérant statutaire à la demande des actionnaires dans un délai de 15 jours. A défaut du gérant statutaire, le Commissaire aux comptes convoque l’assemblée générale. Si ce dernier est empêché, le Tribunal nomme un mandataire ad hoc». Ils ont également signifie que les articles 281 et 326 de l’OHADA ont eux aussi été violés par les autorités de Vlisco, qui ont fondé leur démarche sur une disposition légale datant de 1960. Pourtant, la RD-Congo a adhéré depuis des années au droit OHADA. L’émotion, la rage de régler les comptes à la gérante statutaire, virée de manière cavalière, pendant qu’elle était en mission à Goma, sans avoir eu droit à un audit contradictoire, l’ont emporté sur le droit. Voici qu’après un temps d’affrontement derrière le barreau, justice est rendue en faveur de Monique Gieskes, rétablie dans ses droits les plus légitimes.

A l’origine de la saga judiciaire

Tout a commencé quand en septembre 2019, Monique Gieskes, gérante statutaire de Vlisco RD-Congo, a été suspendue de ses fonctions, après un audit, dit surprise, diligenté par le siège de cette entreprise spécialisée dans la fabrication et la commercialisation des pagnes Wax. A l’origine de cette suspension, la disparition de 68.000 yards, l’équivalent de 13.000 pagnes d’une valeur estimée à environ 600.000 dollars. L’audit a eu lieu pendant que Monique Gieskes était en mission à Goma. A son retour à Kinshasa, les auditeurs lui font part de la surprenante décision. Etonnante parce que la Directrice générale de Vlisco RD-Congo, selon ses avocats, a juré n’avoir jamais été prévenue ni entendue dans le cadre de cette enquête initiée à la demande du Directeur financier de Vlisco RD-Congo Binwa et du Directeur wholesale, Gauthier Kadima. La démarche du duo a des allures d’une fuite en avant, ont estimé en son temps certaines sources proches de la firme hollandaise. Les résultats initiaux d’une enquête judiciaire, diligentée par le Parquet, saisi auparavant par Monique Gieskes après plusieurs constats des ventes parallèles à un prix déloyal dénoncées par les revendeurs du marché central de Kinshasa, ont tenté de confirmer cette fuite en avant. Ces résultats ont fait état de l’existence d’un circuit parallèle alimenté par un sujet brazza-congolais qui reversait sur le marché kinois les pagnes destinés à Brazzaville, donc achetés hors certaines taxes. En plus, ces résultats indiquent que ces pagnes décriés provenaient du stock de Vlisco RD-Congo. Après inventaires, le dégât s’avère plus grave que ne le soupçonnait la gérante statutaire.

Les performances de Vlisco RD-Congo sous l’ère Gieskes

Les deux gestionnaires des stocks, l’un chargé des stocks virtuels et l’autre des stocks physiques, sont tous placés sous le commandement direct de la Direction financière, elle-même directement rattachée à la Maison mère, à qui elle adresse le rapport des inventaires. Mais quand les écarts de 68.000 yards sont découverts, les auditeurs venus du siège choisissent de sanctionner uniquement la gérante statutaire et le gestionnaire des stocks virtuels, sans tenir compte de la Législation du travail en vigueur en RD-Congo. Si le second ne reçoit aucune occasion de fournir ses éléments de réponse, la deuxième, victime de la même méthode, est accusée de mégestion. Voici que les conclusions du rapport des auditeurs du Groupe Vlisco sont en contradiction avec celles du récent audit réalisé par le méticuleux Ernest & Young, où Monique Gieskes est cotée comme le meilleur manager de la firme. Les chiffres en disent long. Ce dernier rapport, du reste approuvé au siège en Hollande, fait part du volume des ventes 1,072 millions de yards pour 9,7 millions d’euros en 2018 et du volume des ventes de 1,160 millions de yards pour 9,53 millions d’euros fin juin 2019 sur les prévisions de 13,1 millions d’euros cette année. Ce qui fait dire aux équipes du cabinet Ernest & Young que la «RD-Congo aligne les meilleures ventes devant le Nigéria qui réalise 9,42 millions d’euros» pendant la même période. Les mêmes équipes laissent entendre qu’ensemble «la Hollande et la RD-Congo ont contribué jusqu’à fin juin 2019 à compenser le déficit du Groupe Vlisco respectivement à hauteur de 800.000 euros et 400.000 euros». Des scores assurément rendus possibles grâce à des restructurations opérées en 2016 et 2017, après lesquelles la croissance a commencé à monter en flèche, passant de -11,1% en 2015, 8,1% en 2016 et 7,8% en 2017 à 21,6% en 2018 et 26,1 fin juin 2019. Ces statistiques attestant le travail remarquablement abattu par Vlisco RD-Congo sous le management de Monique Gieskes.

Laurent OMBA

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