
« Nous devons sortir d’une logique de réparation permanente pour entrer dans une véritable culture de système ». C’est sur ce diagnostic que Félix Tshisekedi a lancé, mercredi à Kinshasa, la première Conférence nationale sur les infrastructures et les travaux publics, un forum pensé comme le point de départ d’une ambitieuse stratégie nationale visant à libérer la République Démocratique du Congo de son enclavement historique.
À l’ouverture de ces assises organisées par son ministre des Infrastructures, John Banza Lunda, le président a posé une vision claire et datée : faire de la République Démocratique du Congo, d’ici 2034, « un pays pleinement intégré, moderne et compétitif ». Pour cela, a-t-il expliqué, il faudra rompre avec l’obsession du dépannage pour adopter une logique de planification sur le cycle de vie des ouvrages -conception, normes, entretien, anticipation et évaluation- en intégrant impérativement les enjeux du climat, de l’innovation, de la durabilité et de la compétitivité.
Le changement climatique, a averti Tshisekedi, impose désormais de penser des infrastructures résilientes capables de résister à des épisodes météorologiques extrêmes, à des régimes hydrologiques instables et à une pression accrue sur les sols. Sur ce volet, la Banque mondiale apporte son concours en appuyant l’élaboration d’approches multimodales résilientes au climat et de programmes d’investissement prioritaires en République Démocratique du Congo, a-t-il précisé.
Au-delà des impératifs environnementaux, le chef de l’État a appelé à une montée en gamme technique du secteur : valorisation des matériaux locaux, soutien à la recherche, encouragement des innovations adaptées aux réalités congolaises et intégration des outils numériques pour la conception, le suivi, la maintenance et la gestion des infrastructures. « Cela suppose en parallèle une évolution résolue vers des normes de construction plus rigoureuses, plus durables et mieux adaptées à notre contexte national », a-t-il martelé.
Les images du discours visaient à cristalliser l’ambition : chaque route doit devenir « une artère irriguant le cœur de nos provinces », chaque pont « un trait d’union entre nos territoires », chaque école « un sanctuaire du savoir », chaque hôpital « un rempart pour la vie », chaque port et aéroport « un levier de mobilité, d’intégration et de rayonnement ». Au cœur de ce projet, Tshisekedi veut que « chaque infrastructure utile soit une pierre de plus posée à l’édifice de notre souveraineté économique et de notre puissance nationale ».
Le président a aussi lancé un appel explicite au secteur privé, national et international, pour qu’il s’engage dans le financement, la réalisation, l’entretien et l’exploitation des infrastructures structurantes, via des partenariats public-privé « équilibrés, transparents et mutuellement bénéfiques ».
Georges Koshi Gimeya, secrétaire général aux Infrastructures, a résumé l’enjeu : « Le défi est immense mais notre détermination l’est davantage. » La conférence doit servir à articuler stratégies, normes et financements.
Les 500 participants devraient réfléchir pour traduire cette feuille de route en résultats concrets, mobiliser les capacités techniques renforcées, assurer un suivi strict, des mécanismes de transparence et des ressources pérennes. Le forum de Kinshasa constitue une étape essentielle : il doit permettre de définir des priorités claires, des calendriers réalistes et des dispositifs de contrôle pour éviter que la « culture de système » ne reste une formule sans impact sur le terrain.
Observateurs nationaux et partenaires internationaux suivront de près les suites de cette première édition. Pour le pays, l’enjeu est double : bâtir des infrastructures à l’épreuve du climat et faire de leur réalisation le moteur d’une intégration régionale effective, transformant enfin la centralité géographique du pays en avantage stratégique.
