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Sama Lukonde dénonce le mensonge rwandais à l’UIP

À la tribune de la 152ème Assemblée de l’Union interparlementaire -UIP- tenue à Istanbul, du 15 au 19 avril 2026, le président du Sénat de la RD-Congo, Jean-Michel Sama Lukonde, a répondu sans détour à la représentante du Rwanda qui a qualifié le conflit dans l’Est RD-congolais d’«affaire interne RD-congolo-RD-congolaise». Prenant la parole immédiatement après cette déclaration, Sama Lukonde a recadré et tiré au clair l’implication du Rwanda dans ce conflit qui a déjà fait plus de 10 millions de morts sur le territoire RD-congolais et qui dure depuis 30 ans.

«Pour que l’action parlementaire contribue efficacement à la résolution des conflits, elle doit être fondée sur la vérité et le respect des engagements pris», a martelé le président du Sénat RD-congolais. «Parlant de vérité, quelle n’a pas été notre surprise avant-hier, d’entendre une voix affirmer dans cette salle que le conflit en RD-Congo serait purement interne et que le Rwanda n’y serait pour rien», a-t-il répliqué.

Pour étayer son propos, Jean-Michel Sama Lukonde a présenté trois faits incontestables devant les 183 Parlements membres de l’UIP, prouvant à la face du monde l’implication du Rwanda dans la guerre de l’Est de la RD-Congo. Premier fait: «la Résolution 2773 du Conseil de sécurité des Nations unies, adoptée le 21 février 2025, exige le retrait sans conditions préalables des forces rwandaises du territoire de la RD-Congo et la cessation de leur soutien à l’AFC/M23».

Deuxième fait: «lors de la 151ème Assemblée tenue à Genève en octobre dernier, nous avons salué la mission conduite par le Secrétaire général de l’Union interparlementaire en RD-Congo et au Rwanda, en vue de promouvoir la paix». Et troisième fait: «l’Accord de paix de Washington du 2 juin 2025, conclu entre la RD-Congo et le Rwanda sous la médiation des États-Unis d’Amérique».

Le Rwanda appelé à respecter ses engagements 

Pour Sama Lukonde, ces éléments prouvent que Kigali «ne pourrait donc se dédouaner de son implication dans la situation sécuritaire déplorable dans l’Est de la RD-Congo alors qu’il est cité, impliqué à tous les niveaux des processus engagés et même sanctionné par plusieurs instances». Il a ajouté: «il devrait par contre respecter ses engagements plutôt qu’utiliser les FDLR comme prétexte de la violation de l’intégrité territoriale de la RD-Congo».

Le président du Sénat a souligné que l’argument des FDLR ne peut justifier la présence de troupes étrangères ni le soutien à des groupes armés actifs sur le sol RD-congolais. Revenant sur le thème de cette 152ème Assemblée, à savoir: «Cultiver l’espoir, consolider la paix et assurer la justice pour les générations futures»,  Sama Lukonde a rappelé que cela «oblige chaque parlement à agir avec responsabilité». «Si nous voulons léguer aux générations futures un monde plus pacifique, plus juste et durable, c’est maintenant que nous devons agir», a-t-il déclaré.

Il a précisé que le Parlement de la RD-Congo s’engage dans l’accompagnement des processus de paix menés par le gouvernement sous la houlette du Président de la République Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, notamment l’Accord de Washington signé entre le Rwanda et la RD-Congo pour mettre fin à l’instabilité chronique dans sa partie Est alimentée par l’exploitation illicite des ressources naturelles. Pour le chef de la Chambre haute du Parlement RD-congolais, l’Union interparlementaire «demeure le lieu où les Parlements du monde unissent leurs voix pour la paix, la justice et la diplomatie parlementaire, un outil pour transformer les espoirs en solutions concrètes».

Il a salué le vote, par l’Assemblée, du point d’urgence sur «la nécessité de mener des efforts parlementaires concertés pour préserver les cessez-le-feu et soutenir la consolidation de la paix». Selon lui, tous les pays membres de l’UIP devraient, dès lors, s’impliquer dans sa mise en œuvre. Concernant la RD-Congo, Sama Lukonde a indiqué que «l’étape à laquelle nous sommes arrivés et pour laquelle nous continuons à solliciter l’appui de l’Union interparlementaire est celle de la mise en œuvre des processus de paix engagés».

Par ailleurs, il a insisté sur le fait que ces processus représentent non seulement une chance de faire taire les armes, mais aussi une opportunité historique de bâtir une prospérité régionale durable. Le président du Sénat a ainsi appelé l’UIP à accompagner la RD-Congo dans le suivi de l’Accord de Washington et dans l’application de la Résolution 2773 du Conseil de sécurité. La 152ème Assemblée de l’UIP réunit à Istanbul, du 15 au 19 avril, des délégations de 183 Parlements membres et 15 organismes parlementaires régionaux.

Fondée en 1889, l’UIP est la première organisation politique multilatérale. Elle œuvre pour la paix, la démocratie et le développement durable, appuie le renforcement des Parlements, la parité hommes-femmes, l’innovation institutionnelle et défend les droits de l’homme des parlementaires à travers un comité spécialisé.

En marge des plénières, plusieurs commissions débattent du rôle des parlements dans la prévention des conflits, la lutte contre les discours de haine et la protection des civils. C’est dans ce cadre que la délégation RD-congolaise, conduite par Sama Lukonde, a multiplié les contacts bilatéraux pour expliquer la position de Kinshasa sur la crise de l’Est. Le chiffre de 10 millions de morts avancé par le président du Sénat fait référence au bilan cumulé des conflits qui secouent l’Est de la RD-Congo depuis les années 1990. La région fait face à l’activisme de dizaines de groupes armés, nationaux et étrangers. Kinshasa accuse régulièrement Kigali de soutenir l’AFC/M23, ce que le Rwanda rejette, invoquant la menace des FDLR.

La Résolution 2773, adoptée en février 2025, a marqué un tournant en exigeant nommément le retrait des forces rwandaises et l’arrêt du soutien à l’AFC/M23. L’Accord de Washington du 2 juin 2025, signé sous médiation américaine, prévoit un mécanisme de vérification et un calendrier de désengagement. C’est sur ces bases que la diplomatie parlementaire RD-congolaise cherche à obtenir l’adhésion de l’UIP. Pour la RD-Congo, l’urgence est désormais la mise en œuvre.

Le Sénat RD-congolais a demandé à l’UIP de créer un groupe de suivi parlementaire, d’envoyer des missions d’observation et d’appuyer la législation nationale sur la démobilisation, la réintégration et la justice transitionnelle. «La vérité n’est pas une option, c’est la condition de la paix», a conclu Sama Lukonde. 

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