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RDC : le gouvernement saura-t-il rattraper le train du numérique ?

Kinshasa a vibré au rythme d’un petit événement le lundi 14 février 2022 avec le lancement du portail numérique du gouvernement. Désormais, depuis n’importe quel coin du monde, chacun peut s’aventurer à visiter virtuellement la RDC et même initier certaines démarches administratives. En soi, l’initiative est louable mais des inquiétudes subsistent. Entre la mise à jour du portail, la diversification des services à offrir, en ce qui concerne l’E-Gov notamment, et l’accès difficile à Internet dans le pays, le portail officiel de la République peut rapidement se transformer en un éléphant blanc.

C’est ici que vous rencontrerez désormais la République Démocratique du Congo

Accessible via l’adresse www.republique.cd, le portail officiel de la RDC se présente comme « la porte d’entrée virtuelle » du premier pays en Afrique centrale et australe en termes de superficie. C’est véritablement un bond en avant alors que le pays accuse un grand retard dans le rendez-vous du numérique et de pénétration d’Internet. Pour bon nombres d’acteurs du secteur, le lancement de ce portail est une bonne nouvelle dans la mesure où il vient combler un vide numérique criant.

Placide Nketo, expert et consultant en solutions numériques, explique : « Il est très difficile d’avoir des informations exactes sur les institutions de la République en ligne. Soit l’institution recherchée est absente de la toile, soit elle tient des canaux (site web et réseaux sociaux) non à jour. Le lancement de ce portail peut révolutionner les choses ».

Un projet 100% congolais

Le portail de la République est un projet 100% congolais, initié par les ministères du Numérique et de la Communication. Nous avons rencontré un des jeunes qui ont participé au projet. Sous le sceau de l’anonymat, ce jeune, la trentaine révolu, nous a expliqué les contours du projet. « Nous avons travaillé d’arrache-pied pour présenter un produit de qualité. L’équipe était jeune et surtout congolaise. Pratiquement aucun expatrié n’a participé au projet, c’est aussi pour dire qu’il y a des compétences au pays », fait-il savoir.

En ce qui concerne le contenu, des journalistes et autres experts de la communication ont été associés aux IT. La symbiose entre les deux corps a finalement pondu ce « bijou », voulu par le Chef de l’Etat.

En effet, depuis son accession à la magistrature suprême, Félix Tshisekedi a fait du numérique un des piliers de son action. En 2021, il a pour la première fois de l’histoire du pays créé un ministère en charge du numérique. Ceci est intervenu quelques mois après la validation du Plan national du numérique à l’horizon 2025. Ces efforts consentis ont pour objet de réduire le fossé entre le pays et le monde. Aujourd’hui encore, plusieurs ministères et autres institutions du pays ne possède pas de site internet. « C’est incompréhensible », regrette le journaliste Dan Kayanda.

En vue de résorber durablement la fracture numérique dans laquelle se trouve notre pays et qui constitue un frein indéniable à son développement, le Président de la République a rappelé l’urgence pour le Gouvernement, de donner un coup d’accélération à la transformation numérique dans laquelle il a engagé le pays à travers le Plan National du Numérique qui dispose aujourd’hui des Feuilles de route opérationnelles.

Extrait du compte-rendu de la 39è réunion du conseil des ministres, Kinshasa le 4 février 2022

Place au contenu, craintes autour de la tenue

Le portail lancé, des spécialistes attendent désormais les gestionnaires au tournant, il faut le faire vivre. Christian Olenga est consultant en communication numérique et community manager. En voyant le portail, il exprime encore quelques inquiétudes, principalement sur deux points : la sécurité et la tenue de ce portail. « J’espère que la sécurité a été prise en compte de la conception au déploiement de cette plateforme. Cependant, je continue à m’interroger sur la création de contenu. Il faut faire vivre le portail sans pour autant en faire un média d’informations en ligne. C’est là que je suis curieux de voir l’ingéniosité des gestionnaires, sinon la plateforme va tomber en désuétude », avertit-il.

En analysant de plus près le portail, on constate bien sa vacuité. Plusieurs pages demeurent encore brouillons, au point de pousser le blogueur Lemien Saka à s’interroger sur la précipitation du lancement. Un des participants au projet va même plus loin, tout en restant optimiste: « Nous avons appris le lancement du portail la veille. On a dû se démêler pour finir certains réglages. Avec le temps, le portail va s’améliorer, c’est sûr ».

Parmi les rubriques encore en chantier : l’E-Gov. C’est pourtant l’un des services charnières aujourd’hui. Esther Kiala entend impatiemment de voir le portail intégrer certains services notamment l’Etat-civil. « Imaginez que je puisse solliciter des documents officiels directement depuis ma chambre. Ce sera une grande avancée », rêve-t-elle. A ce jour, seuls 3 services sont disponibles : l’E-visa, l’E-finance ainsi que la déclaration des prestations sociales à la CNSS.

Le secteur privé très en avance

En République démocratique du Congo, le retard des institutions dans le boom numérique n’a pas empêché aux privés de se faire un nom. En effet, le numérique congolais a plutôt une bonne réputation grâce à plusieurs initiatives privées dont la très célèbre Schoolap. Avec la montée de la Covid-19 et le confinement qui s’en est suivi, cette plateforme éducative est rapidement devenue incontournable. Contrairement aux autres solutions dans le pays, Schoolap présente l’avantage de proposer des contenus en offline, une plus-value importante dans un pays où l’accès à Internet demeure encore un luxe. Depuis septembre, Schoolap est également impliqué dans la chaine des publications de l’Examen d’Etat et propose entre autres des attestations de réussite sécurisées dès publication des résultats.

Grâce à son savoir-faire, Schoolap a vu son succès traverser les frontières nationales. Actuellement, le géant congolais de l’éducation offre ses services dans plusieurs pays d’Afrique. Aux côtés de Schoolap, plusieurs start-ups numériques fleurissent, notamment dans le fintech, précurseur du business du numérique en RDC.

Toutefois, l’accès à Internet demeure un frein à cette éclosion. En effet, il faut débourser jusqu’à 100$ pour obtenir une connexion internet d’assez bonne qualité. Depuis quelques mois, les fournisseurs internet via fibre optique se multiplient dans le pays, à Kinshasa principalement. Malgré cela, le prix ne s’est toujours pas démocratisé alors que le pouvoir d’achat du Congolais est au plus bas.

Dandjes LUYILA

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