
L’ancien porte-parole du gouvernement Joseph Kabila, aujourd’hui député de l’Union sacrée proche de Félix Tshisekedi, n’a pas pu apporter de réponse précise jeudi lors d’un échange public sur le Space de Stanis Bujakera. Interrogé par le Dr Félix Momat, ancien vice-ministre FCC du Budget dans le gouvernement FCC-CACH et aujourd’hui en exil, Lambert Mende a été mis en difficulté sur deux points: les conditions posées par Joseph Kabila aux groupes rebelles pour leur participation au Dialogue de Sun City en 2002, et sa propre manipulation par l’ancien chef de l’Etat.
Une partie de l’émission a opposé deux anciens du FCC désormais sur des trajectoires opposées: Mende, rallié à l’Union sacrée depuis 2021, contre Momat, qui continue de revendiquer son appartenance au camp Kabila depuis l’étranger.
L’évitement sur les préalables de Sun City
La première question de Momat portait précisément sur les conditions posées par Joseph Kabila aux groupes rebelles de l’époque (RCD-Goma, RCD-KML, RCD/N, MLC, etc.) comme préalables à leur participation au Dialogue intercongolais de Sun City. Un moment clé de la transition congolaise.
Dans un premier temps, Mende a expliqué que peu avant le lancement des discussions, il avait déjà quitté le RCD-Goma pour le RCD-KML et qu’il était « déjà en intelligence avec Kabila ». Concernant les autres mouvements, il a dit ne pas en avoir connaissance.
Finalement, sous la pression de Momat, Mende a reconnu qu’à sa connaissance, il n’y avait aucune condition posée pour que les anciens rebelles prennent part aux pourparlers politiques de Sun City.
Pour Momat, cette réponse tardive vise à éluder une part de son passé de «rebelle». «Vous étiez au cœur du dispositif et vous découvrez cela aujourd’hui?», a-t-il insisté.
Le retour sur la «manipulation»
Le second angle d’attaque a porté sur les déclarations antérieures de Mende. L’ancien ministre avait lui-même indiqué avoir été «manipulé» sous la présidence de Joseph Kabila, avant d’ajouter que « tous les présidents manipulent ».
Momat s’est appuyé sur ces propos pour le coincer: «Si vous avez été manipulé par Kabila, qu’est-ce qui vous garantit que vous ne l’êtes pas aujourd’hui par Tshisekedi ? Et votre rôle de porte-voix n’a-t-il pas consisté à manipuler l’opinion ?»
Dans l’extrait diffusé, Mende n’a pas répondu directement. Il a demandé qu’on lui rappelle la première question avant de changer de sujet.
Au-delà des personnes, l’échange met en lumière la division au sein de l’ancienne majorité. D’un côté, les cadres restés fidèles à Joseph Kabila qui dénoncent certains «transfuges opportunistes». De l’autre, ceux qui, à l’instar de Mende, ont rejoint l’Union sacrée et présentent leur ralliement comme un choix «patriotique».
Longtemps voix officielle du régime Kabila, Mende se retrouve aujourd’hui confronté à son passé. Et, dans cet échange, à l’incapacité d’apporter des réponses claires sur les zones d’ombre de cette période.
Décryptage: un message sur le dialogue actuel
En posant cette question sur Sun City, Momat ne visait pas seulement le passé de Mende. Il renvoyait aussi au présent.
En 2002, le pouvoir de Kinshasa avait accepté que les groupes rebelles participent au Dialogue intercongolais sans préalable. Aujourd’hui, alors qu’un dialogue est évoqué pour sortir de la crise avec le M23-AFC, le débat est identique: faut-il poser des conditions avant de négocier?
En obtenant de Mende la reconnaissance qu’’«il n’y avait aucune condition» en 2002, Momat a réussi à faire valider par l’ancien porte-parole de Kabila l’argument central du FCC et Sauvons le Congo: un dialogue inclusif et sans préalable. C’est une manière de faire pression sur l’Union sacrée et de rappeler que si on a négocié avec les différentes branches du RCD et le MLC hier, la même logique devrait s’appliquer aujourd’hui.