RDC: La nomination d’un nouveau Premier ministre évoquée, le Katanga repart favori

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Un ballon d’essai? Simples rumeurs comme les salons politiques kinois savent bien en fabriquer? Ces derniers jours, la question de la nomination d’un nouveau Premier ministre en remplacement de Sylvestre Ilunga Ilunkamba est de plus en plus évoquée. Dans une analyse publiée lundi, le confrère en ligne Econews revient sur ce débat et cite plusieurs personnalités dans cette course. Il affirme surtout que le Katanga repart favori. Lisez plutôt la projection.

Les enquêtes judiciaires sur les travaux retenus dans le cadre du programme de 100 jours du chef de l’Etat ont quelque peu étouffé le débat politique de ces derniers jours. Pourtant, dans la ville haute, les états-majors des partis et regroupements politiques de la coalition FCC – CACH en parlent. A voix audible d’ailleurs. On se prépare déjà pour la session parlementaire de mars qui pourrait bien coïncider avec le grand remue-ménage.
Outre les discussions internes – du reste très avancées – autour du partage des responsabilités des entreprises du portefeuille de l’Etat, un autre sujet, et non de moindre, est également sur la table. 
En effet, des sources proches de la coalition rapportent que les deux parties réfléchissent déjà sur un probable remplacement du Premier ministre, le professeur Sylvestre Ilunga Ilunkamba. Le décor des négociations s’est déjà mis en place, confirment les mêmes sources. Tout est fait, dit-on, pour que ces discussions soient bouclées au cours de la session parlementaire de mars, qui s’ouvre le 15 mars prochain.
En tout cas, le moins que l’on puisse dire est que le FCC et le CACH ont déjà levé le principe d’apporter du sang neuf à la tête du Gouvernement. Des indiscrétions glanées ça et là notent que la question écrite de l’honorable André-Claudel Lubaya au Premier ministre Ilunga Ilunkamba rentre dans ce schéma.

Bis repetita

Si la coalition au pouvoir a levé le principe de la nomination d’un nouveau Premier ministre, la grande bataille devait vraisemblablement se dérouler autour de la désignation de cet oiseau rare ; celui qui sera appelé à succéder au professeur Ilunga Ilunkamba.
On sait d’ores et déjà que le prochain Premier ministre ne pourra sortir que des rangs du FCC, au regard du principe de partage convenu préalablement entre les partenaires de la coalition. Evidemment, le problème ne se trouve pas à ce niveau ; le FCC étant assuré de proposer une fois de plus le nom du prochain Premier ministre au chef de l’Etat.
Cependant, pour y arriver, il y aura deux paliers de difficulté à franchir.
Le premier renvoie au parti qui aura la primeur, au sein du FCC, de proposer à l’autorité morale de la plateforme, en l’occurrence Joseph Kabila, le nom de l’heureux promu. Sans doute, c’est au PPRD, premier parti du FCC, que reviendra ce privilège. A moins que Joseph Kabila en décide autrement. Ce qui n’est pas évident.
Le deuxième palier est l’appartenance régionale de celui qui devra occuper, après le professeur Ilunga Ilunkamba, les bureaux de la Primature. Sur ce point précis, le Grand Katanga part favori. Il ne manque pas de le faire savoir, chaque qu’il en a l’occasion.
On se rappelle que, dans la nomination du professeur Ilunga Ilunkamba, le Grand Katanga avait pesé de tout son poids pour que ce quota lui revienne de plein droit. Va-t-il se rétracter lors que viendra le moment de remplacer le professeur Ilunga ? C’est peu probable.
En tout cas, des sources bien informées indiquent que la question de nomination d’un autre Premier ministre a été en bonne place lors des échanges, dans sa ferme privée de Kingakati, entre Joseph Kabila et les grands notables de la communauté katangaise.
Le Grand Katanga, dans sa diversité, n’est donc pas prêt à accepter à ce que le prochain Premier ministre provienne d’une autre province. Après avoir perdu la présidence de la République, à la suite du départ de Joseph Kabila, le Grand Katanga considère la Primature comme le seul trophée qui lui reste pour marquer son emprise sur la scène politique congolaise.
Pour le Grand Katanga, en cas de nomination d’un nouveau Premier ministre, le scenario a été déjà écrit à l’avance. C’est un Katanga qui sera appelé à remplacer un autre.

Les personnalités en lice

Parmi les personnalités katangaises en vue, c’est le tout dernier ministre des Finances de Joseph Kabila, à savoir Henri Yav Mulang, qui part avec les faveurs des pronostics. 
Dans le contexte des négociations avec le Fonds monétaire international, Henri Yav parait comme la meilleure carte à rabattre pour ne pas briser le pont avec le FMI. Katangais pur sang, Henri Yav est bien placé pour fédérer toutes les communautés du Grand Katanga. Dans le short list des probables personnalités qui pourraient prétendre à la succession de Sylvestre Ilunga, Henri Yav part avec un net avantage.
A côté de lui, il y a le professeur Jean Mbuyu Lunyongola. Très proche de Joseph Kabila, Jean Mbuyu a continué à jouer un rôle clé jusqu’aux derniers instants du règne de Joseph Kabila. Conseiller spécial en matière de sécurité, Jean Mbuyu a l’avantage d’avoir été au centre des négociations entre le FCC et le CACH pour un passage civilisé et pacifique du pouvoir le 24 janvier 2020. Conciliant, il a le profil pour trôner à la tête du Gouvernement.
Cependant, il ne faudrait pas minimiser Albert Yuma Mulimbi, dans sa double casquette de président du Conseil d’administration de la Gécamines et président de la Fédération des entreprises du Congo.
Avant la nomination du professeur Ilunga Ilunkamba, Albert Yuma était pressenti à la Primature. C’était d’ailleurs le choix de Joseph Kabila, avant que le chef de l’Etat Félix Tshisekedi ne l’écarte en dernière minute. Au moment où s’annonce un nouveau sprint pour la Primature, Albert Yuma pourrait bien rebondir.
Lavé de tout soupçon – en attendant bien sûr la décision de la justice – dans une dette de 200 millions d’euros contractée par la Gécamines auprès de Fleurette Mumi, devenu plus tard Ventora Development, Albert Yuma en est sorti ragaillardi. Il est parvenu à rétablir sa crédibilité. Patron des patrons, la nomination d’Albert Yuma à la Primature serait un signal fort pour le monde des affaires. Elle pourrait tout aussi consolider les rapports, généralement tendus, entre l’Etat congolais et le secteur privé.
A ce titre, Albert Yuma est un candidat à prendre au sérieux.
En dehors du Grand Katanga, d’autres bonzes du PPRD se tiennent aux aguets. Pour autant que le dernier mot dans le choix du candidat Premier ministre revienne au seul Joseph Kabila, la liste de prétendants pourrait bien s’allonger. 
Si le Grand Katanga semble avoir verrouillé le poste de Premier ministre, il n’est exclue que des lignes bougent au sein du FCC.
Les outsiders

Ancien président de l’Assemblée nationale, Aubin Minaku, originaire du Grand Bandundu et fidèle inconditionnel de Joseph Kabila, pourrait bien se positionner sur la ligne de départ dans la course à la Primature. Sans oublier le professeur Néhémie Mwilanya, coordonnateur du FCC, présenté dans les milieux comme l’un des confidents de Joseph Kabila.
C’est dire que le remplacement du professeur Ilunga Ilunkamba sera un casse-tête pour le FCC. Dans la communauté katangaise, on ne se fait pas d’illusion. Son discours n’a pas pris de rides. 
Pour le Grand Katanga, si le professeur Sylvestre Ilunga devait céder son fauteuil de Premier ministre, ça sera fait entre Katangais. Sur ce point précis, le Grand Katanga n’acceptera aucun compromis, a confirmé un de ses grands notables, présent à la dernière messe de Kingakati.

Econews