Actualités

RDC : Gécamines, 8 des 15 syndicats grondent après une «gestion calamiteuse»

Les casus belli: l’achat d’intrants avec une production nulle, les frais de fonctionnement de la direction supérieurs à l’enveloppe de salaires pour les travailleurs, marché de gré à gré, l’absence de plan de relance…

Le ciel s’assombrit sur la Générale des carrières et des mines -GÉCAMINES-, victime, selon les syndicats représentatifs, d’une «gestion calamiteuse» de l’équipe dirigeante. Pour tenter de sauver cette entreprise, en passe «de disparaitre -du- paysage économique» de la RD-Congo, 8 des 15 syndicats ont entrepris d’alerter le ministre du Portefeuille, lundi 4 novembre, dans une sorte de «cri d’alarme». Depuis Lubumbashi, ces «représentants des travailleurs» ont déploré «le silence incompréhensible de l’Etat», pourtant l’unique actionnaire de la Gécamines. C’est un «appel solennel» à la survie de cette entreprise, jadis fleuron de l’économie nationale. «Le souci ardent qui est le nôtre, est de voir la Gécamines retourner à son objet social et retrouver son statut de fleuron de l’économie nationale», ont-ils avisé.

Selon ces porte-paroles des agents de la Gécamines, le bilan de l’entreprise est au rouge cette année, avec des manques à gagner de l’ordre de 47,4 millions de dollars américains. «Ce montant énorme perdu par une gestion hasardeuse, pouvait être affecté par exemple dans le social et soulager tant soit peu la misère des travailleurs de la GECAMINES», ont regretté les syndicats de l’entreprise.

Depuis janvier, la Gécamines a ainsi investi plus de 58 millions de dollars américains pour seulement 10 millions de retour sur investissements. Pourtant sur la même période, l’entreprise a dépensé 59,3 millions de dollars pour les «dépenses de fonctionnement rien que de l’administration centrale» alors que les salaires de tous les agents nécessitent une enveloppe globale de plus ou moins 46,4 millions de dollars. Une preuve, selon ces agents, que l’administration de l’entreprise «ne se préoccupe nullement du social des travailleurs», accordant une «place prépondérante» au fonctionnement de l’administration centrale dans la hiérarchie des priorités. «Une société qui se dit en difficulté ne peut se permettre d’engloutir 59.371.744 USD dans les dépenses de fonctionnement rien que de l’administration centrale», ont-ils fait remarquer.

Autant de griefs qui dénotent, selon le collectif des agents, les «dérives de gestion d’une rare ampleur» avec pour conséquences, des «résultats amplement négatifs». Pour ces syndicats, cette «gestion atypique ne reflète nullement la volonté d’induire la relance de la production de la GECAMINES». Assis sur une mine d’or, l’équipe dirigeante de la Gécamines ne semble pas prête à remettre l’entreprise sur les rails. Pour les agents, il est désormais clair que le plan de relance de la production est une «illusion» face à «l’absence manifeste de volonté pour la modernisation des unités de production» au point de rendre la rentabilité de la Gécamines nulle. «Nous disons quant à nous que la Gécamines mérite mieux face à l’échec patent. Les fils maisons ayant une expertise avérée existent pour la relance de la Gécamines», ont proposé les syndicats signataires de la lettre.

Et de poursuivre: «Si la Gécamines disposait d’une technologie adaptée au contexte actuel, le traitement des minerais pauvres allait s’opérer sans trop de problèmes et l’ampleur des rejets allait être minimisée substantiellement».

Le contrat Malabar sur la sellette

De leur constat, la Gécamines tend à se complaire dans la «dilapidation des fonds sans songer au renouvellement de l’outil», reléguant en même temps la réalisation de l’objet social au second plan. Autre sujet qui fâche, la «hausse constante des charges d’exploitation», occasionnant ainsi un «déséquilibre par rapport aux recettes issues des ventes de la production».

A ce chapelet de griefs qu’ils ont estimé être qu’un simple «échantillon de la gestion calamiteuse» qui a érigé domicile à la Gécamines, les syndicats représentatifs ont également cité le contrat Malabar Business Travel -MBT-, un marché de gré à gré conclu pour la location des véhicules utilitaires à cette agence, dirigée par le Britannique Ritchie Callaghan et domiciliée à Lubumbashi.

A la Gécamines, cette entente «révolte tout le monde», surtout au regard du discours fréquent faisant état des difficultés de trésorerie. Dans le fond, ce contrat énerve également la législation sur la sous-traitance, apanage exclusif des nationaux afin de favoriser «l’émergence de la classe moyenne au pays». Selon des sources recoupées, ce marché a déjà fait dépenser plus de 9 millions de dollars américains à la Gécamines qui se trouve ainsi priver d’un charroi automobile digne de ce nom.

Ces derniers mois, la gouvernance du staff dirigeant de la Gécamines a été décriée à de nombreuses reprises. En septembre, c’était au tour du mouvement citoyen «Kudia Talala» d’alerter sur la disparition de l’argent versé par des tiers pour l’achat des remblais de la Gécamines SA. Entre janvier et août, l’entreprise a un bilan nul de production sur au moins quatre mois: mars, avril, juillet et août. Avec une production totale de 795 tonnes de cuivre au 31 août, la Gécamines est bien loin des 6.103 tonnes de cuivre produits en 2023.

Natine K.

Articles similaires

Bouton retour en haut de la page