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RDC: Dieudonné Nkishi décèle «117 péchés» dans la Constitution et promet un électrochoc

La Constitution du 18 février 2006 n’a pas fini de faire parler d’elle. La semaine prochaine à Kinshasa, l’enseignant-chercheur Dieudonné Nkishi Kazadi publie «Les 117 péchés de la Constitution du 18 février 2006», un ouvrage-pavé destiné à ranimer le débat public sur le texte fondateur de la Troisième République. Sous la plume incisive de cet universitaire engagé, le «socle» constitutionnel se transforme en champ d’enquête: la question cruciale posée dès la préface est sans détour -«cette Constitution a-t-elle réellement fondé un État, ou a-t-elle simplement organisé une transition sans fin?»

Chercheur à l’Université de Kinshasa et président du mouvement dit «anti-dialogue», Nkishi rassemble dans ce livre une autopsie serrée et argumentée: 117 «péchés» -autant de failles structurelles, d’ambiguïtés juridiques et de compromis politiques- qui, selon lui, ont progressivement sapé la capacité de l’État congolais à se stabiliser et à répondre aux attentes de la société. L’ouvrage ne se contente pas de dénoncer; il contextualise, éclaire les filiations historiques et théoriques, et interpelle décideurs, acteurs politiques et société civile.

Un regard académique et militant

Spécialiste du constitutionnalisme et des transformations institutionnelles, Nkishi inscrit son propos dans une politologie critique, croisant droit constitutionnel, sociologie politique et théorie postcoloniale. Sa démarche mobilise des références contemporaines -de Foucault à Bourdieu en passant par la pensée critique africaine- pour décrypter «les logiques de pouvoir, de domination et de reproduction des élites» qui, selon lui, irriguent les pratiques politiques congolaises. Outre les questions constitutionnelles, ses travaux explorent la recomposition des systèmes de protection sociale et la redéfinition du travail dans des économies dominées par l’informel. Le livre promet donc un registre double: rigueur scientifique et urgence normative.

L’auteur s’adresse à la fois à la communauté académique et à un public plus large -décideurs, acteurs politiques, société civile- dans l’espoir de contribuer «à la reconstruction de l’État et à la consolidation des institutions démocratiques».

Pourquoi maintenant?

Vingt ans après son adoption, la Constitution reste au cœur des tensions politiques en République Démocratique du Congo. Entre souhaits de réforme, stratégies partisanes et discours sur la souveraineté nationale, l’écrit de Nkishi veut remettre la table des discussions. L’angle choisi -les «péchés»- est volontiers polémique: il vise sans nul doute à faire tomber le vernis juridique pour montrer comment des choix constitutionnels, parfois hérités d’un compromis historique, produisent des effets contraires aux promesses initiales de paix, justice et prospérité.

Un livre qui promet de bousculer la scène politique

La sortie du livre s’annonce potentiellement explosive dans un contexte où toute remise en cause du cadre constitutionnel réveille des sensibilités fortes. En tant que président du mouvement «anti-dialogue», Nkishi n’est pas seulement un analyste impartial: il est un acteur dont la parole peut influencer des segments de l’opinion et de la sphère politique. Attendez-vous à des réactions vives -approbations académiques, critiques partisanes, mais aussi une invitation renouvelée au débat public sur la réforme constitutionnelle. Un livre d’Evariste Boshab, paru en 2013 dans une conjoncture similaire, alors que la mouvance présidentielle de l’époque envisageait un changement de constitution, avait suscité un tollé.

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