
Cinq ans après la disparition de Gabriel Kyungu wa Kumwanza, le 21 août 2021, son ancien compagnon de route Olivier Kamitatu lui rend un hommage appuyé tout en dénonçant une “injustice” visant son fils au sein du parti de Moïse Katumbi. Dans une longue tribune publiée à titre personnel et dont AfricaNews a obtenu copie lundi, l’ancien président de l’Assemblée nationale de Transition revient sur le parcours du patriarche katangais, qu’il qualifie de “sentinelle du Katanga”. Kamitatu s’y présente comme “président honoraire de l’Assemblée nationale et compagnon de route de Baba dans le G7”. Il y relate notamment un épisode méconnu de la Transition: le 13 décembre 2003, Gabriel Kyungu, insulté et pris à partie aux abords du Parlement à Kinshasa, échappe de peu à un lynchage. Lubumbashi s’embrase alors, des “Brigades des Martyrs” s’en prenant à des cadres de l’UDPS.
“La Transition tenait par un fil”, écrit Kamitatu, alors âgé de 39 ans et sommé par le président Joseph Kabila de rappeler “mon député” à l’ordre. Au terme d’une conversation “longue, difficile, tendue”, Kyungu, 63 ans, aurait accepté de rentrer: “Puisque c’est toi qui me le demandes, tu es mon président, je vais rentrer. Mais pas pour Kabila”. Pour l’ancien speaker, ce retour “sauva bien davantage qu’une présence dans l’hémicycle” et permit d’écrire la Constitution de 2006, aujourd’hui menacée selon lui. Il rappelle le rôle central de Kyungu dans le compromis constitutionnel de 2005: face aux unitaristes, le chef de file fédéraliste qui réclamait 80% des ressources pour les provinces accepte 40% et un découpage provincial en trois ans. Le texte est adopté à 85% au référendum.
L’épisode Katumbi – Kyungu – Tshisekedi
Il évoque également l’alliance “de l’eau et du feu” entre Kyungu et Moïse Katumbi à la tête du Katanga après 2007, puis la réconciliation historique à Genval en juin 2016 entre Kyungu et Etienne Tshisekedi, sous l’égide de Moïse Katumbi, scellant l’unité entre Katangais et Kasaïens pour l’alternance.
Une suspension contestée
L’hommage vire au réquisitoire interne. Kamitatu déplore que le jour même de la commémoration des cinq ans de Baba, son fils, Me Hervé Diakiese Kyungu, avocat et porte-parole d’Ensemble pour la République, ait fait l’objet d’une mesure de suspension pour des propos tenus lors d’une émission. Avant même d’être entendu, une “campagne d’une violence indigne” aurait été engagée contre lui, affirme-t-il. “Le contradictoire n’avait pas été respecté dans notre propre maison”, dénonce l’ancien président de l’Assemblée, qui dit avoir saisi le Directoire d’un “rapport circonstancié” pour demander la levée de la sanction.
“Une sanction prononcée sans audition ne reste jamais un cas isolé: elle installe un précédent”, prévient-il, estimant que la discipline qui “ne s’applique qu’aux contestataires cesse d’être une règle: elle devient un instrument de faction”.
Le linge sale et la boussole
Au-delà de l’émotion, l’épisode rappelle une règle simple de toute organisation qui aspire au pouvoir: on ne lave pas son linge sale sur la place publique au nom de la mémoire des anciens. En transformant un hommage à Baba en réquisitoire contre son propre parti, Kamitatu et Diakiese offrent à l’opinion l’image d’une famille divisée le jour même où elle se dit unie. La grandeur de Kyungu fut de transformer une rupture en responsabilité, comme le souligne bien Kamitatu. C’est ce chemin que ses héritiers politiques sont désormais invités à emprunter: saisir les organes, se soumettre à la discipline et au débat contradictoire, puis laisser la justice interne faire son oeuvre. Pas l’inverse.
Car un Kyungu n’est pas au-dessus de la règle parce qu’il porte ce nom. La dernière sortie du porte-parole relève de la flagrance. Or, en justice comme dans l’administration, la flagrance obéit à une même logique: on arrête ou on suspend à titre conservatoire pour prévenir d’autres dégâts, on auditionne, puis on lève ou on aggrave la sanction selon les faits. C’est précisément le respect de cette procédure qui protège à la fois l’individu et l’institution.
