
À Dakar, lors du Sommet des filles d’Afrique de l’Ouest et du Centre, la ministre d’État RD-congolaise en charge de l’Education nationale et Nouvelle citoyenneté, Raïssa Malu, a exhorté les jeunes filles à comprendre le fonctionnement du gouvernement et du parlement pour influencer efficacement les politiques publiques. C’est un sommet qui place l’autonomisation et l’éducation des adolescentes africaines au cœur des débats.
Plus de 75 millions de filles adolescentes vivent en Afrique, soit plus d’une sur dix dans le monde. Pourtant, elles continuent de faire face à de profondes inégalités en matière d’éducation, de santé et de protection. Pour changer cette réalité, Dakar a accueilli, les 10 et 11 octobre 2025, le Sommet régional des filles d’Afrique de l’Ouest et du Centre, organisé dans le cadre de la Journée internationale de la fille, célébrée le 11 octobre, sur le thème: «La fille que je suis, le changement que je mène». Lors d’un panel, la ministre d’Etat RD-congolaise en charge de l’Education nationale et Nouvelle citoyenneté, Raïssa Malu, s’est adressée directement aux jeunes participantes. «Si vous êtes sérieuses dans votre démarche pour influencer les politiques en faveur des filles, vous devez mieux comprendre le gouvernement et son fonctionnement, qui ne se comprend pas toujours lui-même. Le langage du gouvernement, c’est celui du budget. Votre plaidoyer ne doit pas se limiter à la ministre du Genre ou de l’Éducation, il doit inclure l’ensemble des ministres concernés par la problématique transversale de l’adolescente», a-t-elle expliqué. La ministre d’Etat a proposé un cadre commun d’investissements pour les adolescentes, validé au niveau des gouvernements. «Les ministères doivent fonctionner sur la base du budget-programme, avec des identifiants budgétaires clairs permettant de tracer les programmes pour les adolescentes. Ainsi, le budget prendra en compte leurs problématiques et les gouvernements seront obligés d’investir et de suivre la mise en œuvre», a-t-elle poursuivi. Raïssa Malu a également souligné l’importance de connaître et d’analyser les lois et budgets publics. «Les actes du gouvernement et des organisations sont publics. Il est essentiel que vous les connaissiez et les analysiez, afin que votre démarche soit rationnelle et que votre voix soit entendue», a-t-elle souligné.
Un agenda pour les filles africaines
Le sommet, placé sous la houlette du ministère de la Famille, de l’Action sociale et des Solidarités, ambitionne de construire un agenda commun pour la protection, l’éducation et l’autonomisation des filles africaines. Le directeur régional de l’UNICEF pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, Gilles Fagninou, a insisté: «Là où une petite opportunité est donnée à la fille, le retour sur investissement pour la communauté et la nation est inégalement élevé». De son côté, la ministre sénégalaise Maïmouna Dièye a salué la démarche participative du sommet. «L’agenda qui sera consolidé sera porté par les filles et pour les filles», a-t-elle indiqué. Elle a rappelé que les priorités incluent l’éradication des mariages précoces, des mutilations génitales féminines et des violences basées sur le genre, tout en garantissant l’accès à l’éducation et aux soins de santé.
Un héritage historique
Cette initiative s’inscrit dans la dynamique des Agendas 2030 et 2063 des Nations unies et de l’Union africaine, mais aussi dans la continuité du combat historique des femmes africaines. «Trente ans plus tôt, ici même à Dakar, les femmes africaines avaient adopté la position commune qui allait fonder la plateforme de Beijing de 1995. Aujourd’hui, nous devons honorer les promesses restées en suspens», a rappelé Maïmouna Dièye, saluant la participation «plurielle et multiforme» des délégations. Le Sénégal, pays hôte, a déjà pris une longueur d’avance avec son Agenda national de la fille, articulé autour de huit priorités clés. Au cours du sommet, l’UNESCO a mis quant à elle l’accent sur l’éducation et la célébration du 30ème anniversaire de la Déclaration et du Programme d’action de Beijing, inspirant la lutte pour l’égalité et l’émancipation des filles à travers le monde.
Christian BUTSILA

