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«Quand le pays oublie ses savants», alerte le Pr Matumweni

L’Université officielle de Mbujimayi -UOM- organise, depuis le mardi 26 mai 2026, le tout premier Congrès d’études RD-congolaises, placé sous le thème «Demain, le Congo du troisième millénaire: conscience historique, gouvernance des savoirs et devenir national». Ces assises de quatre jours sont consacrées aux défis de gouvernance, à l’histoire de la République Démocratique du Congo, à la valorisation des savoirs ainsi qu’aux perspectives de développement national. Prenant la parole au premier jour, le professeur Jean-Claude Matumweni Makwala a axé son exposé autour de réflexions épistémologiques et prospectives pour le Congo de demain. Son sous-thème, «Gnôthi Seauton [connais-toi toi-même]», célèbre maxime du philosophe grec Socrate, aura été une véritable interpellation à l’éveil des consciences, plaçant la question de la transmission des savoirs au centre de son propos.

Enseignant et chercheur éminent, notamment à l’UNISIC, le professeur Matumweni a défendu une lecture de l’avenir national fondée sur la mémoire, la connaissance et la valorisation des scientifiques RD-congolais. Pour lui, les récits transmis d’une génération à l’autre et partagés au sein d’une même génération constituent le socle de l’identité collective.

Jean-Claude Matumweni Makwala a rappelé que l’histoire de l’Afrique s’écrit désormais davantage sur le continent, citant notamment Cheikh Anta Diop, Ki-Zerbo, Théophile Obenga et Ndaywel parmi les figures de cette réappropriation historique. Dans cette optique, il a déploré le paradoxe RD-congolais, affirmant que les grands récits du pays restent trop souvent enfermés dans les livres et les bibliothèques. À ses yeux, il faut mobiliser d’autres supports, comme la bande dessinée, les dessins animés ou les capsules en ligne, afin d’atteindre les jeunes générations et de renforcer la conscience historique. Il a aussi évoqué la transmission des valeurs par des contenus culturels accessibles aux enfants.

La science à honorer

L’un des points forts de l’intervention du Pr Matumweni a concerné la reconnaissance des scientifiques RD-congolais. Cet éminent chercheur en communication a dénoncé le manque d’indexation sociologique de ces figures, en opposant leur faible visibilité à celle accordée à d’autres catégories sociales, notamment les artistes et les sportifs. «Les décorations, les prix distinctifs, semblent abhorrer le domaine scientifique. Certes, on connaît Muyembe, on connaît Ndaywel. Mais voici un nom: Rebecca Walo Omana. Qui donc la connaît? Très peu, sans aucun doute. Et pourtant, Rebecca Walo Omana est professeure émérite, première femme docteure en mathématiques au Congo depuis 1990», a-t-il fait remarquer.

Outre cette mathématicienne, il a évoqué d’autres noms ronflants de la sphère scientifique RD-congolaise, mais qui souffrent d’invisibilisation dans l’opinion publique, à l’instar de Marie-Claire Yandju, Malu wa Kalenga, Mabika Kalanda, Ngal Mbuil a Mpang, Buakasa Tulu Kia Mpasu ou encore Butsana qui, selon lui, «mériteraient pourtant le titre de héros scientifiques». Pour corriger ce tort, il a plaidé pour que les scientifiques soient davantage honorés par des prix, des décorations, des bustes et des toponymies publiques. Selon lui, les universités ont déjà amorcé ce travail à travers des noms donnés à certains auditoires, mais cette reconnaissance devrait s’étendre à l’espace urbain ordinaire, avec l’appui des autorités locales et provinciales comme c’est le cas pour des illustres musiciens. «Il suffit de se rendre, à Kinshasa, dans des communes telles que Kasa-Vubu, Kinshasa ou Lingwala pour y reconnaître un condensé de l’histoire du Congo, notamment celle de la Force publique. Si cette toponymie nous invite à un rappel permanent de notre histoire, qu’en est-il de l’histoire que nous écrivons et nous apprêtons à léguer à travers elle? Nous y trouvons les avenues Tabu Ley, Luambo Makiadi, Kallé Jeff, un buste à la mémoire de Lutumba Simaro, une statue à celle de Papa Wemba», a-t-il poursuivi.

En clair, Jean-Claude Matumweni Makwala fait de la toponymie un outil central de mémoire collective, prenant la ville de Paris en exemple. Dans la capitale française, scientifiques, écrivains et personnalités politiques cohabitent dans les noms de rues et de places. «Les scientifiques RD-congolais méritent bien une telle visibilité. Pareille initiative devrait être prise aussi bien à Kinshasa que dans les autres provinces. Les enfants de nos écoles, plutôt que d’aller toujours au parc de la Nsele pour ceux de Kinshasa, pourraient apprendre l’histoire politique et scientifique à travers ces traces urbaines», a-t-il insisté.

Sans ce sursaut d’orgueil, Matumweni craint une société qui, dans 20 ou 30 ans, reconnaîtra l’histoire de sa musique mais pas grand-chose de ses scientifiques. «L’histoire à léguer aux générations futures ne doit pas être faite que d’exploits sportifs à travers les trophées remportés ou les participations au mondial ; ni que d’exploits musicaux à travers les disques d’or et les prestations dans les grands stades, stade des Martyrs ou stade de France, mais elle doit être aussi et surtout l’histoire de ses scientifiques et de ses inventeurs», a-t-il plaidé, tout en rappelant que le développement des peuples est «directement tributaire de leur investissement dans la science».

En conclusion, le professeur Matumweni a prôné une valorisation globalisante, impliquant l’école, les médias, les livres, les distinctions et la toponymie afin de transmettre aux générations futures une base solide de connaissances scientifiques. À ses yeux, cette démarche contribuerait à bâtir une œuvre nationale à la hauteur des ambitions de la République Démocratique du Congo.

WIDAL

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