
L’ancien Premier ministre Adolphe Muzito a réagi à la récente déclaration commune des forces sociales et politiques de la RD-Congo sur la situation sécuritaire du pays. Dans une tribune publiée jeudi 17 juillet 2025, le chef de file du Nouvel Élan a déploré une opposition désorientée et sans projet. Cette déclaration, «portée par un groupe d’opposants qualifiés de ‘radicaux’» a retenu l’attention Muzito qui y a vu «une forme de désorientation politique qui mérite une analyse dépassionnée». «Au-delà des slogans, l’essentiel demeure: quelle est la finalité de l’action politique de l’opposition en République démocratique du Congo aujourd’hui? Et surtout, quelles en sont les méthodes?», a interrogé l’économiste de formation, appelant à un examen de «conscience lucide et sincère».
Fondant sa thèse sur une réflexion critique et constructive, l’ancien candidat à l’élection présidentielle de 2023 a d’emblée expliqué les deux grandes voies d’expression pour une opposition confrontée à un pouvoir en place: la voie conflictuelle et la voie démocratique. À l’en croire, la première, radicale, prend la forme d’un affrontement direct par les armes ou par la violence politique. Tandis que la seconde, démocratique, repose sur des principes démocratiques: manifestations pacifiques, participation électorale, dialogue institutionnalisé et débats d’idées dans les médias. Cette dernière vise non à détruire, mais à proposer, convaincre et éventuellement alterner le pouvoir par la voie des urnes.
Une Opposition gardienne de l’alternance
Dans un État démocratique, a-t-il souligné, l’opposition n’est pas une force en marge, mais une institution politique essentielle, gardienne de l’alternance et force de proposition. Muzito a insisté sur la nécessité de voir l’opposition se constituer en une coalition structurée, avec des lignes idéologiques lisibles -gauche, droite, centre, écologie, etc. Au-delà de ses aspects, il a préconisé un programme commun et un pacte politique clair face à la majorité. Malheureusement, a-t-il constaté, l’opposition actuelle souffre d’un déficit de cohérence idéologique, de leadership et de stratégie. Il a également déploré un paysage politique fragmenté où les acteurs naviguent au gré des intérêts personnels, sans ligne politique stable. Cette opposition RD-congolaise, «fragmentée et erratique, peine à se constituer en un bloc solide».
A la place, Muzito a décrit une Opposition «prisonnière d’un syncrétisme contre-productif, où se mêlent sans hiérarchie claire toutes les formes d’expression possibles». L’ancien député national est convaincu que ce manque de cohésion favorise une instabilité politique chronique et nuit à la lisibilité de l’offre politique alternative. Pour lui, un sursaut est inévitable pour éradiquer ces maux avec, en tête, l’absence d’idéologie claire, de principes fermes et de vecteurs politiques structurants. Une carence qui, selon lui, alimente un véritable vagabondage politique, avec des acteurs «à droite le matin, à gauche à midi, au centre le soir et finalement nulle part».
Suite à ce manque de cohérence idéologique, l’opposition peine également à construire un projet alternatif solide, lisible et crédible aux yeux de l’opinion, fragilisant ainsi toute ambition de changement durable.
Un dialogue national bénéfique pour tous!
Cette instabilité vaut également pour la majorité actuelle. Muzito a déploré sa «composition hétéroclite», motivée par des «logiques d’alliance circonstancielle» plutôt que par une «véritable cohérence programmatique». Après ce diagnostic, il a appelé ses pairs de l’Opposition à articuler leur action autour d’un projet politique clair afin de remobiliser les foules dans le cadre d’un travail pédagogique de conscientisation des masses et de recours stratégique au dialogue et non par autour des slogans vides ou des appels à l’insurrection. Dans son entendement, l’opposition devrait également arrêter d’être vue comme un raccourci vers le pouvoir, mais comme cadre d’influence et d’ajustement des politiques publiques.
Adolphe Muzito est également d’avis qu’une opposition républicaine devrait alterner entre la pression citoyenne pacifique, la participation électorale et le dialogue responsable pour enrichir le débat démocratique et infléchir les politiques gouvernementales. Un narratif qui ne laisse pas de place à la violence, prônant plutôt le dialogue comme levier d’influence, à condition d’être pensé comme un espace de négociation, et non comme une voie détournée d’accession au pouvoir. «La démocratie RD-congolaise est en panne de projet alternatif structuré. Face à une opposition en échec sur tous les fronts, la responsabilité d’initier des réformes incombe aujourd’hui au pouvoir en place», a-t-il estimé. Fervent défenseur d’un dialogue national, il en a présenté les bénéfices, y compris pour le régime en place qui, selon lui, «gagnerait à organiser [ce] dialogue national, non pas de façade, mais véritablement inclusif, pour faire émerger une nouvelle architecture politique, économique et sociale». Mais avant, il espère voir l’opposition tirer les leçons de ses erreurs et échecs. «Si elle veut retrouver sa place dans le jeu démocratique, elle doit se doter d’un socle idéologique clair, d’un projet cohérent et d’une stratégie d’action lucide», a-t-il estimé.
Pour ce faire, cette opposition devra évaluer ses faiblesses, reconnaître ses échecs récents et se réinventer comme une «véritable force de proposition, plutôt que de tomber dans le piège du simple rejet ou de la contestation systématique de l’ordre institutionnel établi».
Hénoc AKANO