Actualités

Mukilango: enquête sur les 1 000 maisons à 57 millions jamais livrées aux sinistrés de Matadi-Kibala

Une enquête signée Actualite.cd revient sur le fiasco du projet Mukilango. C’est un chantier fantôme aux portes de Kinshasa. Début 2024, au village Mukilango, rive droite de la N’Djili, au fin fond de Mont-Ngafula, l’entreprise turque MILVEST lance la construction de 1 000 logements sociaux. Financement annoncé: 43,155 millions de dollars de l’État. Délai contractuel: sept mois. Objectif affiché: reloger 750 ménages de Matadi-Kibala, sinistrés des inondations meurtrières des 12 et 13 décembre 2022.

Plus de trois ans plus tard, l’enquête du site d’information fondé par Patient Ligodi révèle des lieux à l’abandon, censés être livrés depuis septembre 2024. Aucun engin en marche. Chargeuses et bétonnières immobilisées. Quatre policiers à l’entrée. À l’intérieur, des préfabriqués inachevés, rouillés, sans toit, ni porte ni fenêtre, envahis d’herbes sauvages. Pas d’électricité. La sécurité est assurée par la société Univers Service Congo, USC, sous-traitante de MILVEST. Ses agents, non payés depuis plusieurs mois, disent «mourir de faim». Les ouvriers sont en grève. Les travaux se font «en dents de scie». Le chef du village Vunda-Mukilango, Blanchard Ipipo Luzolo, dénonce « le sabotage » du projet présidentiel.

Mais le plus accablant est financier. Selon les documents officiels évoqués par Actualite.cd, deux avenants signés en septembre 2023 ont fait passer le projet de 43,155 à 57,48 millions de dollars. À l’époque, Nicolas Kazadi trône au ministère des Finances. Le calcul est simple: (57,48 – 43,155) / 43,155 x 100 = 33,19% d’augmentation. Même en retenant l’arrondi de 43 à 57 millions, la hausse est de 32,55%. Si l’on part du coût de base de 37,8 millions mentionné dans les documents, elle explose à 52,06%. Or, en République démocratique du Congo, la Loi relative aux marchés publics est claire: un avenant ne peut excéder 15% du montant initial. Au-delà, il faut un nouveau marché.

Ici, le dépassement est de plus du double du plafond légal. Une violation caractérisée qui transforme une urgence humanitaire de 43 millions en un chantier de 57 millions, à seulement 16% d’exécution, selon le même rapport. La même MILVEST a bénéficié d’un autre avenant spectaculaire dans le cadre du Centre financier de Kinshasa. Initialement conclu pour 200 millions de dollars, le projet a nécessité 200 millions supplémentaires, soit 100%, encore une fois en violation de la loi en la matière. Qui a négocié tous ces avenants? Il suffit de remonter les années pour le nommer. MILVEST, c’est aussi la société sélectionnée par le même responsable politique pour l’érection de Kinshasa Arena, 104 millions de dollars, jamais livrée à ce jour, plus de trois ans après le début des travaux.

Articles similaires

Laisser un commentaire

Bouton retour en haut de la page