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Mission Ngefa: Kinshasa en quête d’alliances judiciaires à Bruxelles

Guillaume Ngefa a entamé le 23 mars une mission officielle d’une semaine à Bruxelles, accompagné du Procureur général près la Cour de cassation, Firmin Mvonde. Au cœur de l’agenda: renforcer la coopération judiciaire avec la Belgique et l’Union européenne pour mieux combattre la criminalité transnationale, le blanchiment de capitaux et la corruption. «Nous voulons franchir un cap décisif», a résumé le ministre d’État en charge de la Justice et Garde des Sceaux. Ngefa, en poste depuis août 2025, dit rechercher des avancées «concrètes»: accélération de l’entraide judiciaire, amélioration des échanges opérationnels et appui technique pour réformer le secteur de la justice en République Démocratique du Congo, notamment la création du futur Tribunal pénal économique et financier et de son parquet.

Une tournée de contacts institutionnels

Au programme lundi: entretiens avec des ministres fédéraux belges -Justice, Intérieur, Asile et Migration-, une rencontre avec la Procureure fédérale et des échanges avec des responsables de l’Union européenne. Mardi matin, Ngefa s’est rendu au siège de l’UE pour discuter de la coordination multilatérale des réformes judiciaires, où il a été reçu par Irena Moozova, responsable des relations internationales à la direction justice. L’après‑midi l’a conduit au Parlement bruxellois pour des échanges parlementaires focalisés sur la coopération institutionnelle.

Présence du parquet et dimension pratique

La présence de Firmin Mvonde souligne la dimension opérationnelle de la délégation: il ne s’agit pas uniquement d’un dialogue politique, mais d’un effort concerté pour améliorer les procédures d’entraide judiciaire, les transmissions d’informations financières et les mécanismes de poursuite transfrontalière. Ces aspects sont jugés essentiels pour traquer les flux illicites et soutenir les enquêtes sur les crimes économiques impliquant des circuits internationaux.

Rencontre avec la diaspora: questions et attentes

Mardi soir, le ministre a consacré plus de deux heures à une réunion avec la diaspora congolaise de Belgique. Dans une salle comble, il a exposé les priorités de son ministère et répondu aux préoccupations -transparence des réformes, protection des droits fondamentaux, et impact des mesures anticorruption sur la vie quotidienne des Congolais à l’étranger. La rencontre a pris des allures de mini‑forum: questions pointues, attentes élevées, et volonté manifeste de la communauté d’être associée aux réformes.

Signal juridique belge et le volet législatif

L’une des étapes marquantes de la mission a porté sur les échanges avec les autorités judiciaires belges. Frédéric Van Leeuw, procureur général de Bruxelles et président du Collège des procureurs généraux, a informé la délégation congolaise des réformes en cours en Belgique: à partir du 8 avril 2026, l’entrée en vigueur du nouveau Code pénal met fin à certaines protections antérieures: les délits commis par écrit -injures, calomnie, diffamation- ne sont plus traités comme des délits de presse et peuvent, dans certains cas graves, être renvoyés devant une Cour d’assises.

Van Leeuw a insisté sur le durcissement des poursuites concernant la diffamation et les menaces proférées à l’étranger, un point qui intéresse Kinshasa alors qu’elle travaille à son propre cadre législatif pour mieux combattre les discours illicites et les flux financiers illicites hors de ses frontières.

Implications pour la RDC

Pour Guillaume Ngefa, ces échanges doivent déboucher sur un appui technique -formation des magistrats, renforcement des capacités d’enquête financière, assistance pour la mise en place du nouveau Tribunal pénal économique et financier- et sur une meilleure circulation des preuves et des informations entre parquet congolais et partenaires étrangers. «Notre action traduit la détermination du Gouvernement à lutter sans compromis contre la criminalité économique organisée», a‑t‑il déclaré, soulignant le lien entre réforme institutionnelle et restauration de la probité publique.

À mi‑séjour de la mission, les attentes sont claires: des protocoles d’entraide plus efficaces, des partenariats opérationnels et des engagements concrets sur l’aide technique. Reste à transformer ces intentions en actes -audits, financements, formation et accords judiciaires- pour que la coopération ne soit pas seulement déclarative mais efficace sur le terrain. La délégation de Kinshasa restera à Bruxelles jusqu’au 30 mars. Les décisions et accords qui sortiront de cette mission seront scrutés de près à Kinshasa: ils pourraient accélérer des réformes judiciaires longtemps attendues et améliorer la capacité du pays à traquer les réseaux criminels qui opèrent au‑delà de ses frontières.

Avec Top Congo FM

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