
Micheline Ombae Kalama a livré, mardi 10 mars à l’ONU, un message à la fois moral et politique: sans accès réel à la justice pour les femmes et les filles, il n’y aura ni paix durable ni développement véritable. À l’occasion de la Journée internationale de la femme, la ministre du Genre de la République Démocratique du Congo a fait de la réparation, de la prise en charge et de la lutte contre les violences basées sur le genre une colonne vertébrale de la stratégie nationale.
«Lorsqu’une femme est privée de justice, ce n’est pas seulement une personne qui est blessée. C’est la conscience même de notre humanité qui est interpellée», a lancé Mme Ombae Kalama face aux délégations réunies à New York. Sa déclaration n’était pas qu’un propos symbolique: elle a résumé une feuille de route affichée par Kinshasa, soutenue «sous l’impulsion du Président de la République, Son Excellence Félix‑Antoine Tshisekedi Tshilombo».
La ministre a rappelé les mesures juridiques prises par l’État et la politique de «tolérance zéro» contre les violences sexuelles et basées sur le genre, précisant que les juridictions civiles et militaires sont mobilisées «y compris lorsqu’ils appartiennent aux institutions». Mais, a‑t‑elle insisté, la justice «ne se limite pas à la sanction. Elle doit aussi soigner, accompagner et reconstruire.»
C’est dans cet esprit que Kinshasa redynamise les Centres Intégrés de Services Multisectoriels -CISM-, décrits par la ministre comme des «espaces de protection et de reconstruction» où les survivantes peuvent accéder à des soins médicaux, un soutien psychosocial, une assistance juridique et des programmes de réinsertion économique.
Autre pierre angulaire de la politique congolaise: le Fonds National de Réparation des Victimes -FONAREV-, qualifié de «pilier essentiel» qui traduit la conviction que «la justice doit réparer autant qu’elle doit juger».
La tonalité de l’allocution était d’autant plus nette qu’elle conjuguait urgence et appel au partenariat. «Nous croyons profondément que la dignité des femmes et des filles doit être au cœur de l’architecture mondiale de la paix et de la justice», a plaidé la ministre, invitant la communauté internationale à renforcer son accompagnement. «Car protéger les femmes contre la violence, ce n’est pas seulement défendre des droits. C’est défendre l’avenir même de nos sociétés.»
Mme Ombae Kalama n’a pas dissimulé les obstacles: zones affectées par l’insécurité, fragilité des institutions, besoins persistants d’un soutien technique et financier. Mais elle a martelé la détermination de Kinshasa à transformer «la douleur des victimes en une volonté politique de réforme et d’action». Et elle a rappelé l’enjeu historique : «L’histoire jugera nos générations non pas à la hauteur de nos discours, mais à la force de notre courage face à l’injustice.»
Au sortir de l’intervention, le message est clair: Kinshasa fait de l’accès à la justice pour les femmes un marqueur central de sa politique intérieure et extérieure. En inscrivant soins, réparation et poursuites dans un même dispositif, le Gouvernement Suminwa veut démontrer que la protection des femmes est aussi un investissement dans la stabilité et le futur collectif. «Une société qui protège ses femmes protège l’humanité tout entière», a conclu la ministre. Un credo qui appelle désormais des actes concrets, nationaux et internationaux.


