Cher Collègue,
Votre réponse à ma lettre ouverte adressée au président Kabila m’honore en ce qu’elle atteste que la plume, lorsqu’elle est guidée par la conscience nationale, continue de déranger les certitudes figées. Je salue votre ton courtois, même si, par endroits, il cède à la tentation de l’amnésie sélective et de l’inversion des responsabilités. Je me permets donc de vous répondre, non pas dans l’esprit d’un duel oratoire, mais dans celui d’un échange d’idées entre hommes d’État épris de vérité et de destin commun.
Vous affirmez que le président Kabila demeure un homme de paix. Je veux bien vous croire. Mais dites-moi: Comment peut-il s’indigner des sanctions contre ceux qui sèment la mort à Goma sans, au préalable, dire un seul mot sur les massacres de civils congolais, les viols, les déplacements de populations et les violations répétées de notre intégrité territoriale par le Rwanda?
Il a choisi de condamner les sanctions infligées aux agresseurs mais s’est tu sur les souffrances du peuple. Ça s’apparente à une forme de parti pris implicite et une bienveillance suspecte. Vous rappelez que le président Kabila a combattu le M23 en 2013. Fort bien. Mais, dites-moi, que s’est-il passé entre 2013 et 2025 pour qu’il adopte aujourd’hui une posture de compréhension, voire de complaisance à son égard? Ce mouvement est-il devenu fréquentable du seul fait que le Rwanda l’utilise pour agresser notre pays sous le mandat d’ un autre président? Est-ce là l’idée que vous vous faites de la stabilité républicaine?
Vous parlez de menaces sur la sécurité du président Kabila. Mais si réellement il s’est exilé par crainte, pourquoi revient-il précisément par l’Est, théâtre de l’instabilité la plus grande? Cette contradiction est criante: ou bien il fuyait la menace, ou bien il était allé se préparer pour venir l’affronter. Ce retour annoncé par l’Est alors que cette partie du pays est partiellement occupée par des forces hostiles à la République, n’est pas neutre. Il a une valeur symbolique. Et les symboles, en politique, sont parfois plus éloquents que les discours.
Vous chargez le président Tshisekedi de l’insécurité dans l’Est. Mais, soyons honnêtes: qui a intégré les rwandais dans l’armée congolaise? Qui a signé les accords de Nairobi en 2009, réintégrant le CNDP, fils du RCD et petit-fils de l’ AFDL, l’ancêtre du M23, dans nos FARDC? Qui a laissé se tisser des réseaux d’infiltration dans les services? Ce mal ne date pas d’hier. Ce que le président Tshisekedi combat aujourd’hui, c’est un cancer que les années du pouvoir AFDL a légué à la mère patrie. Et il le combat avec courage, sans pactiser avec l’ennemi, sans trahison, sans duplicité.
Ma lettre ouverte à JKK n’était ni un procès, ni un pamphlet. C’était un appel à la grandeur. Un appel lui adressé pour qu’il suive la voie d’Obasanjo, de Mbeki, de Chissano… ces anciens chefs d’État devenus médiateurs de paix.
Vous auriez pu saluer ce vœu au lieu de le travestir. Car ce que je refuse, c’est qu’un homme qui a dirigé ce pays pendant dix-huit ans finisse par se faire l’avocat d’un groupe qui viole ses frontières, ses lois, ses femmes et ses villages au risque d’en être finalement comptable au même titre qu’eux. Déjà accusé d’être le véritable leader de ce mouvement, il aurait du s’en démarquer lors de ses sorties médiatiques. Hélas!
Vous m’avez écrit pour défendre un leader. Moi, je vous réponds pour défendre la nation. Vous avez convoqué le passé pour justifier le présent. Moi, je convoque l’avenir pour préserver la mémoire. Je réaffirme que le Congo ne se reconstruira pas dans les collines de l’Est, mais dans la vérité, le courage et l’unité. À chacun de choisir son camp. Moi, j’ai choisi celui de la Défense de la patrie sans faire l’apologie des hommes, soient-ils leaders de nos familles politiques.
Avec respect, fermeté et espoir,
Hon. Steve Mbikayi Mabuluki
