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Lubumbashi-Goma: deux discours aux antipodes

Le débat autour de la Constitution est désormais plus vif et sans frontière. En politique comme dans l’art, le sujet s’invite. Une parfaite illustration a été donnée le samedi 16 novembre 2024 quand à Goma et à Lubumbashi, deux discours aux antipodes sur l’avenir de la Constitution de 2006 ont été tenus. A Goma, où se tient le festival Amani, ce rendez-vous culturel annuel consacré à la promotion de la paix dans le Nord-Kivu, le public a exprimé, de manière limpide, son opposition à l’initiative de réforme constitutionnelle, lancée par le Président Félix Tshisekedi. Ces festivaliers ont lancé ce message: «non au changement de la Constitution».

Un son de cloche complètement différent a retenti le même samedi depuis Lubumbashi, chef-lieu du Haut-Katanga, où le Président de la République, Félix Tshisekedi, a brièvement séjourné. Dans l’ex-Elisabethville, Tshisekedi s’est affiché imperturbable dans son projet de réformer la Constitution de 2006, déjà révisée une fois en 2011. «Qui est-ce qui va m’interdire, moi, le garant de la nation, d’amorcer le processus de révision ou de changement de la Constitution?», s’est-il demandé lors du meeting, tenu samedi soir à la Place Moïse Tshombe dans la capitale cuprifère.

Dans l’Opposition, Katumbi, Sesanga, Fayulu et autres acteurs politiques et de la Société civile ont juré de combattre ce projet de Tshisekedi, accusé de vouloir se maintenir au pouvoir au-delà de 2028, année d’expiration de son second et dernier mandat constitutionnel. Sesanga a déjà tenu une manifestation populaire sous le label «Sursaut national» avec comme message clé: «touche pas à ma Constitution».

Malgré la détermination affichée par les Opposants pour faire échec à son projet de révision ou de changement de Loi fondamentale, Félix Tshisekedi, visiblement intraitable, a «confirmé» le déclenchement du processus en 2025. «L’année prochaine, je mettrai en place une commission chargée de réfléchir sur la Constitution. Personne ne va changer ma position sur la révision ou le changement de la Constitution», a martelé le Chef de l’État. Il a, dans un langage mi-chèvre mi-choux, rejeté les intentions de glissement lui prêtées par les Opposants.

«Je ne suis pas venu à la tête du Congo pour m’éterniser au pouvoir. Je ne pense qu’au bonheur de mon peuple. Ce que j’ai dit à Kisangani n’avait absolument aucun lien avec un quelconque troisième mandat. Mais vous avez entendu que cette fameuse Opposition, qui n’a rien à proposer, et qui avait mordu la poussière très sérieusement lors des dernières élections, cherche à manipuler la population en disant, non au troisième mandat. Qui leur a parlé d’un 3e mandat?», a précisé Tshisekedi.

Si le langage du Président RD-congolais est limpide d’un point de vue grammatical, il est, politiquement et juridiquement, couvert d’ambiguïté. En Afrique, l’histoire politique récente renseigne qu’en cas de changement de Constitution, le compteur de mandat du Président en fonction est remis à zéro. Autrement, dans l’hypothèse où la Constitution de 2006 venait à être changée, le Président Tshisekedi pourrait gagner le droit de briguer un nouveau mandat qui serait le premier de la nouvelle République et non le troisième.  Clairement, à la veille de 2025, Majorité et Opposition sont en branle-bas de combat autour de la Constitution. 

Natine K.

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