Plus de 500 tonnes de minerais pillés depuis janvier 2025: c’est le chiffre alarmant révélé par le dernier rapport des experts des Nations Unies sur la situation dans l’Est de la République démocratique du Congo. Le document, publié en juillet 2025, met en lumière l’ampleur inédite de la contrebande opérée par le groupe armé M23, avec le soutien présumé du Rwanda.
Des volumes records et une filière bien rodée
Le rapport indique que depuis le début de l’année, plus de 500 tonnes de minerais 3T -étain, tantale, tungstène-, ainsi que du coltan, ont été extraits illégalement dans les zones sous contrôle du M23. À Nyabibwe au Sud-Kivu, 186 tonnes de minerais non marqués ont été identifiées avant d’être acheminées clandestinement vers le Rwanda, via le port de Mukwija. Chaque mois, ce sont environ 120 tonnes de coltan qui franchiraient ainsi la frontière, dissimulées dans les flux commerciaux.
Blanchiment et perte de traçabilité
Une fois au Rwanda, ces minerais de la République Démocratique du Congo sont mélangés à la production locale et exportés sous l’étiquette «origine rwandaise». Ce procédé de blanchiment minier rend impossible la traçabilité des ressources et sape les mécanismes internationaux de certification, comme le programme ITSCI. Le rapport évoque même la plus importante contamination des chaînes d’approvisionnement mondiales en minerais 3T non certifiés enregistrée dans la région depuis une décennie.
Un pactole pour les groupes armés
L’exploitation illégale des ressources ne profite pas uniquement aux circuits économiques parallèles: le M23 en tirerait près de 800 000 dollars par mois via des taxes imposées sur les sites miniers sous son contrôle.
Opacité renforcée à Kigali
Les soupçons sont renforcés par le fait que la Banque centrale du Rwanda a suspendu, en mai 2024, la publication de ses statistiques officielles sur les exportations de coltan, peu après la prise stratégique de Rubaya par le M23. Selon les experts, les volumes officiellement déclarés par Kigali dépasseraient très largement sa capacité de production nationale, confirmant l’existence d’un flux illicite.
Réaction du système de traçabilité
Face à cette situation, le programme ITSCI a annulé les marquages de tous les minerais extraits illégalement par le M23. Cela signifie que ces ressources sont désormais inaptes au commerce légal, même si elles continuent d’alimenter certains circuits informels ou complaisants. Cet article soulève une question de fond: la lutte contre le pillage des ressources peut-elle être efficace tant que les circuits de blanchiment régional restent intacts et tolérés? À court terme, ce constat interpelle aussi la communauté internationale sur la nécessité d’un mécanisme de contrôle renforcé, voire d’un embargo ciblé, pour préserver la souveraineté économique de la RD-Congo et assécher les sources de financement des groupes armés.
Natine K.

