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Les excuses de TV5Monde à Katumbi après la diffusion d’un factcheck biaisé

C’est l’histoire de l’arroseur arrosé. Dimanche 11 mai, la tranche de vérification des faits de TV5Monde, «A vrai dire», a fait un focus sur une déclaration en anglais de l’opposant RD-congolais Moïse Katumbi, tordue dans sa traduction. «Il ne resterait plus aucun minerai en République démocratique du Congo», aurait déclaré Katumbi, selon la retranscription, Nina Soyez, journaliste à TV5 et animatrice de cette chronique. Ces propos, Katumbi les aurait tenus au cours de son passage sur «69𝕏Minutes», une émission financée par le milliardaire Elon Musk.

Pour faire mentir ces propos attribués à Katumbi, Nina Soyez a pris le soin de brandir une ribambelle d’éléments factuels. Des données du gouvernement aux chiffres de la Banque mondiale, la journaliste française a tout balayer d’un revers de la main, expliquant que les exportations de cuivre, de cobalt et de zinc, par exemple, ont «doublé depuis 2020», avec «des gisements et permis d’exploitation particulièrement nombreux dans le sud-est du pays». «Beaucoup d’entre eux sont autorisés jusqu’en 2040. Il faut savoir aussi que les réserves RD-congolaises en minerais sont pour la plupart non exploitées», a argumenté la factchecker de TV5, non sans avancer la valeur approximatif du sous-sol RD-congolais: 24.000 milliards de dollars, selon un rapport de la Banque mondiale. Un montant qui représente 9 fois le PIB de l’Afrique en 2024. «Donc non, la République démocratique du Congo n’est pas en manque de minerais. Son sous-sol, d’une richesse unique et par ailleurs au cœur de la guerre à l’est de son territoire, qui a lieu depuis des décennies», a conclu la vérificatrice des faits.

Légèreté dans la traduction… et dans le traitement

En RD-Congo, cette chronique, diffusée à une heure de pointe, est rapidement devenue virale, utilisée par certains caciques du régime pour rayer l’opposant arrivé 2ème à la présidentielle de 2023, selon les résultats officiels. «TV5 démasque les manipulations médiatiques et Fake News orchestrées par Moïse Katumbi aux USA à propos de nos minerais», a écrit dans un ton moqueur Roselyne Mbombo, un proche parent du président Tshsiekedi, sur Facebook. Cette prétendue «fakenews» attribuée à Katumbi a surtout été vue comme un démarche tendant à combattre le projet du président Tshisekedi de nouer un partenariat avec les Etats-Unis portant sur les minerais en échange d’un appui sécuritaire.

Pourtant, la forme même de la chronique de TV5 interroge. Nina Soyez fait preuve d’une certaine légèreté, notamment en identifiant Katumbi comme «porte-parole du parti d’opposition Ensemble» alors que ce dernier en est le président national et est à ce jour chef de l’opposition parlementaire dans le pays. Autre chose intrigante, c’est la légèreté dans la démarche de traduction, dans une ère où les nouvelles technologies offrent une large palette d’outils pour permettre une fidèle transposition. «All the mines today, 98% have gone. There is no mine», la phrase prononcée par Katumbi ne fait, en effet, pas allusion aux minerais mais aux mines, le mot «minerais» étant traduit par «minerals» en anglais.

Dans le camp Katumbi, le «travail bâclé» de TV5Monde, une mainstream vieille de 41 ans, a laissé sans voix. «Paradoxalement, dans une chronique dont le but est de faire l’analyse des fausses informations, cette fois, c’est en fait la chronique elle-même et la webjournaliste Nina Soyez qui ont répandu un très gros mensonge», a fustigé, mardi 13 mai, le service de communication de Katumbi, demandant rectification. «Oui, tout le monde peut se tromper, même sur TV5 au monde», a fait constater l’équipe de Katumbi.

Aussitôt demandé, aussitôt fait. Le même mardi dans la soirée, TV5Monde a reconnu son tort, dû à une «imprécision de traduction» qui «a entrainé une erreur factuelle». «L’homme politique évoque bien la question des mines et non des minerais, contrairement à ce qui a été avancé dans la chronique. Moïse Katumbi ne sous-entend donc pas qu’il n’y aurait plus de minerais en République démocratique du Congo. La rédaction de TV5MONDE présente ses excuses», a écrit la télévision francophone dans une mise au point, prenant également le soin de supprimer le contenu de ses plateformes numériques. Toutefois, pas sûr que cela vienne effacer le préjudice causé par la première publication qui a été vue par des millions d’internautes.

Mines et minerais, la nuance

En évoquant la disparition de mines en RD-Congo, Katumbi évoquait les sites d’exploitation et non les ressources. Son parti l’a d’ailleurs rappelé, évoquant la cartographie des gisements actuels en RD-Congo qui «remonte à l’époque coloniale belge» alors que le gouvernement congolais n’a pas investi dans la moindre prospection depuis.

«Toutes les réserves actuellement connues ont déjà été distribuées à près de 99%. En RD-Congo, toutes les mines connues résultant des prospections ont déjà été attribuées avec des réserves bien mesurées. C’est donc clair que des gens voudraient ravir des mines d’autrui, en annuler les contrats pour les céder à d’autres. Il y a encore bien de minerais, mais pas tout autant des mines.», a insisté le camp Katumbi qui rappelle qu’il ne suffit pas d’avoir de minerais dans son sous-sol sans un «travail de prospection pour conclure qu’il y a des quantités de minerais suffisantes pour qu’elles deviennent une mine à exploiter». Avant de penser à tout investissement, Katumbi invite les investisseurs à mener «de nouvelles prospections qui déboucheraient, ou non, sur de nouvelles mines».

WIDAL

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