
L’annonce était sobre, postée dimanche 14 juin sur X. La réponse, elle, est un torrent. La visite de Daniel Mukoko Samba au Sankuru a ouvert les vannes. Depuis lundi, Facebook, X, WhatsApp débordent de commentaires, de plans, d’avertissements. La tournée ministérielle n’a pas seulement remué la boue de Mukumari. Elle a réveillé une colère sourde, une attente massive, un pays qui n’en peut plus d’attendre. Le message des internautes est unanime : terminé le tourisme gouvernemental. «Route et électricité, hôpitaux : les 3 comme base à faire suivre de la formation et une mise à niveau», tranche Bienvenu Saidi. Il ne s’arrête pas là. Coopératives agricoles, engrais, semences, petites unités de transformation. Saidi ne commente pas. Il dicte un programme. Le Sankuru ne supplie plus. Il ordonne.
«Que cette visite ne soit pas du tourisme»
Jean Hilaire Shotsha, assistant à la recherche à l’Unisic, manie l’ironie polie. Il remercie le VPM «de visiter la province du Sankuru, le cœur de la RDC», puis assène: «Que cette visite ne soit pas un tourisme comme l’ont fait plusieurs autorités du pays. Travaillez avec des opérateurs économiques et ONG qui ont le souci de voir Sankuru décoller».
La pique vise juste. Les cortèges ministériels, le Sankuru connaît. Les pistes, beaucoup moins. Shotsha rappelle une loi simple : la légitimité d’un ministre se mesure aux kilomètres de route qu’il laisse derrière lui, pas aux kilomètres qu’il parcourt.
«Visitez aussi les autres territoires»
L’environnementaliste Michel Ndongo salue «une bonne initiative», mais corrige aussitôt le tir: «Le Sankuru est une province avec plusieurs potentiels mais présentée parfois comme la plus pauvre. Veuillez aussi visiter les autres territoires ainsi que le chef-lieu de la province pour comprendre les réalités du Sankuru afin de mieux l’aider». Traduction littérale: Lodja et Mukumari, c’est bien. Lusambo, Katako-Kombe, Kole, Lubefu, c’est mieux. On ne sauve pas un malade en examinant son orteil. Le diagnostic doit être provincial, pas parcellaire.
Le plan Marshall version RDC
Depuis l’Allemagne, Kulondwa Safari durcit le ton. «L’absence d’un réseau routier en bon état est un frein au développement des zones rurales et villes isolées». Son verdict: «il est impérieux de mettre fin à l’agriculture de subsistance au profit de l’agriculture industrielle». Il cite l’Allemagne de 1945-1952. La référence n’est pas anodine. Elle dit l’échelle du chantier. Les Congolais ne veulent plus de distributions de houes. Ils exigent des tracteurs, des silos, des routes. Une économie de reconstruction, pas de survie.
Un crédit sous condition
Tout n’est pas défiance. Des internautes saluent «une visite de terrain qui témoigne éloquemment de la ferme volonté du Gouvernement, sous l’impulsion du VPM, de construire une économie forte et productive, fondée sur l’amélioration des infrastructures et la fluidification des échanges commerciaux entre les territoires et les provinces de la RDC». Mais ce crédit est à durée limitée. Daniel Mukoko Samba a pris 14 heures de piste aller-retour pour toucher la crise. Les réseaux lui répondent par 14 commandements en 48 heures. Cette déferlante de commentaires n’est pas un plébiscite. C’est une sommation. Le Gouvernement est prévenu : le Sankuru a parlé. Il ne veut plus être le centre asphyxié du pays. Il exige des actes. Pas demain. Maintenant.



