
Le président Félix Tshisekedi s’apprête à convoquer un «Dialogue national, politique et inclusif». Jusque-là, l’initiative est placée sous le signe d’un front uni contre l’agression rwandaise. Elle s’inscrit dans une longue tradition nationale où le dialogue a régulièrement servi à sortir le pays des crises. Reçus vendredi à la Cité de l’Union africaine, les représentants des confessions religieuses ont annoncé la décision du chef de l’Etat. «Le Chef de l’État a levé l’option d’engager notre pays dans un dialogue entre les fils et les filles du Congo. Un dialogue inclusif, selon des modalités qui se préciseront chemin faisant», a déclaré le cardinal Fridolin Ambongo Besungu. «Notre pays a besoin de communion entre tous ses fils et toutes ses filles, d’unité pour être solide et fort face à l’agression rwandaise», a rappelé le cardinal.
Chronologie: du Berlin de 1885 aux dialogues récents
L’histoire politique de la République Démocratique du Congo est marquée par des rencontres politiques destinées à trouver des consensus.
1884-1885: Conférence de Berlin. Elle voit naître l’Etat Indépendant du Congo sous la souveraineté du roi Léopold II et pose le principe de l’intangibilité des frontières.
1960: Table ronde de Bruxelles. Les Congolais et les Belges fixent la date de l’indépendance du 30 juin 1960 et adoptent la Loi fondamentale.
1961: Tentatives de sortie de crise post-indépendance. Après la mutinerie de la Force publique et les sécessions du Katanga et du Kasaï, le président Joseph Kasavubu convoque la Table ronde de Léopoldville en janvier. Suivront les conférences de Tananarive et de Coquilathville. En juillet 1961, le Conclave de Lovanium, session extraordinaire du Parlement, investit Cyrille Adoula comme Premier ministre. Son gouvernement mettra fin à la sécession katangaise.
1990-1993: La Conférence nationale souveraine et ses suites. En avril 1990, le maréchal Mobutu annonce la reprise du processus de démocratisation. La CNS désigne Etienne Tshisekedi Premier ministre et met en place le Haut Conseil de la République. Faute de consensus, le Conclave de Kinshasa est organisé au Palais de la Nation. A l’issue de ce conclave politique convoqué par Mobutu après le limogeage d’Etienne Tshisekedi, Faustin Birindwa est nommé Premier ministre du Zaïre en mars 1993. Le pays se retrouve alors avec deux textes et deux gouvernements de transition.
1994: Concertations du Palais du Peuple. Elles fusionnent le HCR et l’Assemblée nationale pour créer le HCR-PT. Léon Kengo wa Dondo en sort vainqueur de l’élection du Premier ministre.
2001-2003: Transition sous Joseph Kabila. Dès mars 2001, le président réunit les forces vives à la Cité de l’OUA. Face à la guerre d’agression, il participe au Dialogue inter-congolais qui aboutit au gouvernement de transition «1+4» au référendum constitutionnel et aux élections de 2006, gagnées par Joseph Kabila et sa majorité.
2013: Concertations nationales. Convoquées par ordonnance, elles recommandent un gouvernement de cohésion nationale. Ce gouvernement est placé sous la direction de Matata Ponyo Mapon, avec l’entrée de quelques personnalités transfuges de l’opposition.
2016: Dialogue de la Cité de l’Union africaine. Facilité par l’UA et Edem Kodjo, il débouche le 18 octobre sur un accord prévoyant le report des élections et un gouvernement dirigé par Samy Badibanga. Il est complété par le Dialogue du Centre interdiocésain conduit par la CENCO, qui aboutit à l’Accord de la Saint-Sylvestre 2016 et à la nomination de Bruno Tshibala à la Primature. Ce gouvernement organise la présidentielle de 2018, remportée par Félix Tshisekedi.
Les modalités pratiques du dialogue que le président Tshisekedi s’apprête à convoquer seront précisées dans les prochains jours en concertation avec l’ensemble des acteurs.

