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Kinshasa face à la montée de la consommation du chanvre chez les jeunes

À Kinshasa, la consommation du chanvre prend une ampleur inquiétante au sein de la jeunesse RD-congolaise. En dépit des risques avérés sur la santé physique et mentale, de nombreux jeunes s’adonnent à cette pratique, souvent sans mesurer les conséquences à long terme. Face à cette réalité, la rédaction d’«AfricaNews» est descendue sur le terrain ce dimanche 19 avril. Au rond-point Kinsaku, dans la commune de Matete, des jeunes débrouillards ont accepté de témoigner.

En parallèle, des professionnels de santé ont apporté un éclairage scientifique sur les effets de cette substance, décrivant des séquelles préoccupantes qui affectent profondément la jeunesse. Les témoignages recueillis auprès de ces badauds sont sans équivoque: le chanvre entraîne une altération des fonctions cognitives. Pourtant, malgré cette prise de conscience, l’accoutumance persiste, faute de mécanismes efficaces pour enrayer le phénomène. Balengo, l’un des consommateurs, évoque l’influence sociale. «L’envie de faire partie d’un groupe d’amis et de se conformer à ses normes m’a incité à consommer du chanvre», confie-t-il.

Pour Lwanga, jeune entrepreneur, la motivation est tout autre. Peu entouré, il pointe du doigt la curiosité. «L’envie de tester de nouvelles choses, souvent sans mesurer les risques à long terme, a provoqué en moi cette envie de fumer le chanvre», explique-t-il. Au fil de cette enquête, un constat s’impose: la consommation du chanvre ne se limite plus aux jeunes. Les adultes sont également concernés, signe d’un phénomène qui s’étend au-delà des générations.

Intervenant avec fermeté, Merline Mayemba, mère de famille et encadreuse socio-éducative, tire la sonnette d’alarme. «Derrière cette mode de consommation et l’augmentation des quantités consommées se cachent de nombreuses défaillances sanitaires mettant en danger les organes du corps. J’interpelle les jeunes afin qu’ils se préservent des mauvaises compagnies, car l’incitation trouve souvent sa source dans certains groupes», alerte-t-elle.

Poursuivant son plaidoyer, elle appelle à une réponse étatique plus rigoureuse. «Pour mettre fin à ces dérives, l’État doit renforcer les patrouilles et engager une action ferme contre la consommation du chanvre», recommande-t-elle. Du côté médical, les avertissements sont sans appel. Daniel Mafini, consultant à l’hôpital Sion Mundadi, souligne que le chanvre agit directement sur le système nerveux central.

Selon lui, cette substance modifie la perception, l’humeur et la pensée, et peut conduire à des comportements incohérents tels que l’abandon des études, la délinquance ou encore la violence. Il met également en garde contre les conséquences sanitaires majeures. «Le chanvre constitue un facteur de maladies pulmonaires comme le cancer du poumon et l’insuffisance cardiaque, surtout lorsqu’il est associé à l’alcool. Il peut aussi entraîner la schizophrénie, la dépression, l’anxiété, une dépendance psychologique ainsi qu’une baisse des performances cognitives», précise-t-il.

Sur le plan légal, la RD-Congo dispose déjà d’un arsenal répressif. Sept articles de la loi du 22 janvier 1903, approuvée par décret du 1er mars 1903, encadrent l’usage du chanvre. L’article 3 de cette ordonnance stipule: «Les infractions à la présente ordonnance seront punies d’une amende et d’une servitude pénale de quinze jours à un an, ou de l’une de ces peines seulement; la destruction des cultures sera ordonnée et la confiscation du chanvre saisi sera prononcée». Malgré ce cadre juridique, la réalité du terrain révèle une progression continue de la consommation, posant avec acuité la question de l’efficacité des mécanismes de contrôle et de sensibilisation.

Deborah MATEYI

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