
«Nous avons tenu la dernière réunion dans l’après-midi de mercredi avant la manifestation, à Limete, et deux de nos chefs nous ont clairement indiqué de cibler les dirigeants de l’opposition et leurs partis». Un mois après les violences du 12 juin devant le Palais du Peuple, Human Rights Watch -HRW- publie, ce jeudi 9 juillet 2025, les témoignages de sept membres de la «Force du Progrès», un mouvement présenté comme proche de l’UDPS, le parti au pouvoir en République Démocratique du Congo. Ces militants affirment, selon le rapport de l’ONG, que leur mobilisation pour empêcher le sit-in de l’opposition avait été organisée par des responsables du parti présidentiel. «Ils nous ont promis de nous donner de l’argent si nous perturbions la manifestation», ajoute un autre témoin cité par HRW, qui a recueilli 38 entretiens entre le 12 et le 22 juin.
Des accusations qui contredisent la version officielle
Le gouvernement avait assuré au lendemain des événements que les forces de l’ordre étaient intervenues «dans le strict cadre du maintien de l’ordre» après l’interdiction du rassemblement. Il avait condamné les violences et annoncé l’ouverture d’enquêtes. HRW dresse un tout autre récit. Fondée sur des témoignages, des vidéos authentifiées et géolocalisées, l’enquête conclut à un «usage excessif de la force» par les forces de sécurité congolaises contre des manifestants «majoritairement pacifiques». L’ONG leur reproche surtout de ne pas les avoir protégés contre des agressions attribuées à la Force du Progrès. «Au lieu de protéger les manifestants, les forces de sécurité ont incité à la violence et laissé les manifestants faire face à l’attaque d’un groupe partisan du parti au pouvoir», estime Ashwanee Budoo-Scholtz, directrice adjointe de la division Afrique de HRW.
Attaques avant même le début du sit-in
Selon le rapport, les violences ont commencé dès la matinée du 12 juin. «Vers 10 heures, des membres de la Force du Progrès ont attaqué les bureaux de plusieurs partis politiques d’opposition affiliés à la Coalition Article 64», écrit l’ONG. Les sièges de l’ADD Congo, de l’ACH et du FONUS ont été saccagés.
Plus tard, au deuxième barrage policier sur le boulevard Triomphal, des grenades lacrymogènes ont été tirées. Un blessé raconte: «J’ai entendu un bruit fort. J’ai senti ma jambe devenir lourde. Je suis tombé et j’ai vu que mon pied saignait abondamment».Les affrontements se sont poursuivis jusque dans le siège du parti ECiDé, où s’étaient réfugiés des opposants. Des vidéos montrent, selon HRW, des policiers et des membres de la Force du Progrès lançant des projectiles contre le bâtiment.
L’UDPS dénonce une «fausse Force du Progrès»
Face à ces accusations, l’UDPS a déposé le 22 juin une plainte contre des individus accusés d’«usurper le nom de la Force du Progrès». Le 3 juillet, son secrétaire général Augustin Kabuya a déclaré à HRW: «L’UDPS n’a jamais envoyé qui que ce soit commettre des actes de violence. Une fausse Force du Progrès ternit le nom du parti». Le Bureau du procureur général près la Cour de cassation a annoncé le 19 juin l’ouverture d’une enquête judiciaire.
Pour HRW, cette enquête doit être «indépendante et impartiale». «Les responsables devraient être traduits en justice, quelle que soit leur affiliation politique, afin de démontrer que la justice peut prévaloir sur la politique», conclut Ashwanee Budoo-Scholtz. Le sit-in du 12 juin visait à protester contre un projet de réforme constitutionnelle que l’opposition accuse de vouloir prolonger le mandat du président Tshisekedi.

