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Situation au Kasaï central : Claudel Lubaya interpelle Tshisekedi

«Seul le Président de la République, rempart institutionnel en temps de crise, peut user de son rôle dans l’intérêt de la paix, de l’unité et de la concorde d’une province qui l’a massivement élu», plaide l’élu de Kananga

Plus rien ne va au Kasaï Central. La province ressemble aujourd’hui à une maison abandonnée où toutes sortes d’insectes et d’animaux sauvages défilent à leur gré. Et ce au détriment de propriétaire. La situation du Kasaï Central préoccupe le député national Claudel André Lubaya. Avec larmes aux yeux et chagrin dans le cœur, l’élu de Kananga peint une situation désastreuse que traverse la province et affiche clairement ses inquiétudes, interpellant le Président de la République.

Dans un communiqué diffusé mardi 24 novembre intitulé: «Kasaï Central: inquiétudes», l’ancien gouverneur du Kasaï Central retrace l’origine de la crise, ses conséquences et appelle à l’importation du Chef de Etat pour sauver cette contrée. «Sans autorité, sans gouvernement et donc sans perspective à l’horizon, la province du Kasaï Central s’enfonce progressivement dans une crise multisectorielle sans issue, qui accentue la souffrance de la population et interpelle le pouvoir central sur le rôle qui est le sien», écrit-il.

Puis: «La crise est née de la destitution expéditive et par contumace du gouverneur Martin Kabuya par l’Assemblée provinciale, dans un climat délétère aux allures de règlement des comptes». Puis encore: «Certes, il y a lieu de reconnaître, par honnêteté intellectuelle, que dans l’exercice de ses fonctions, le gouverneur Martin Kabuya n’a pas été parfait. Il a eu ses torts et ses faiblesses et c’est vrai, comme en a tout être humain. Face aux nombreux défis et sans ressources conséquentes, sa gouvernance n’a pas rencontré les attentes de la population avec laquelle il a eu par ailleurs des rapports souvent tendus.

Mais dans un État voulu de droit par tous et pour tous, même surpris avec du sang et des cranes de ses victimes sur les mains, le prévenu bénéficie, jusqu’à preuve du contraire, de la présomption d’innocence et du droit constitutionnel incontestable à la défense. C’est ce principe élémentaire de l’État de droit qui n’a pas été ni respecté ni appliqué dans la procédure de sa destitution, d’où la controverse». Comme le malheur ne vient jamais seul, la personne choisie pour assurer l’intérim du gouv’ déchu est décédé, laissant la province sans maitre. Le député Claudel André Lubaya s’en inquiète amèrement.

«Désigné pour assumer l’intérim, le vice-gouverneur Ambroise Kamukuny d’heureuse mémoire a été précipité dans le séjour des morts par l’irréparable fin de vie humaine; laissant à son tour une province déjà instable dans l’incertitude et sa population dans le désespoir et le dénuement», note l’élu de Kananga, précisant: «depuis, plus rien ne va. Sur fond d’extrême pauvreté, les démons de la division refont surface et ne se gênent plus. Les tensions naissent entre communautés et s’amplifient. L’insécurité s’intensifie dans toutes les contrées. Le désespoir s’installe pendant que la province s’enlise. L’administration publique est paralysée. Le gouvernement intérimaire tétanisé et privé des moyens politiques et financiers. L’Assemblée provinciale impayée, divisée, dispersée et livrée à la merci du plus offrant, elle s’est détournée de ses missions constitutionnelles; certains de ses membres ayant préféré retourner à des tâches extraparlementaires à la quête de la survie. Ce qui accroît mes inquiétudes».

Les yeux braqués sur Fatshi

Pour trouver une issue et sauver la province, Lubaya braque ses yeux sur le Chef de l’État Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo. «En attendant le dénouement du recours introduit par le gouverneur déchu à la Cour constitutionnelle, j’en appelle à l’arbitrage impartial du Président de la République, Garant du fonctionnement harmonieux des institutions et Magistrat suprême, pour que le droit soit dit au-delà des passions et des pressions des intérêts égoïstes. Seul le Président de la République, rempart institutionnel en temps de crise, peut user de son rôle dans l’intérêt de la paix, de l’unité et de la concorde d’une province qui l’a massivement élu».

Et d’ajouter: «en cette période trouble de la vie de la province du Kasaï Central, je demande respectueusement au Président de la République d’inscrire la résolution de la crise à l’agenda de ses priorités pour que quelle que soit l’issue du recours précité, qu’aucun camp politique ni groupe sociologique ne crie victoire et qu’aucun autre ne se sente lésé. La stabilité des institutions provinciales et la cohésion entre peuples ainsi que la mise en priorité des actions de développement vont largement au-delà des positions des personnes et constituent des axes de choix pour la paix et le développement durables de la province».

Puis: «Aux forces vives de la province, aux leaders politiques, sociaux, religieux et culturels, aux femmes et à la jeunesse, je rappelle à haute voix que notre province est encore fragile, les plaies causées par les violences de 2016-2018 encore fraîches. Le bon sens recommande à tous d’éviter d’attiser la haine, source de tensions, et de faire preuve du sens élevé de responsabilité pour préserver notre vivre ensemble au regard des défis à relever. Ensemble, nous avons l’obligation d’œuvrer ensemble, sans exclusion, pour mettre notre province à l’abri de l’incertitude et de la précarité. J’y crois fermement et j’y tiens ardemment. L’histoire nous jugera à cela. La République tout comme l’engagement politique nous appelle à mettre en avant l’intérêt de la population et à demeurer à son service, loin de nos positions partisanes». Et de conclure: «tel est le sens de mon appel à la raison et la raison d’être de mon interpellation».

Octave MUKENDI

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