
Le camp anti-modification a entrepris de riposter après les premières réactions enregistrées dans les rangs de la majorité à la suite de la sortie de Modeste Bahati. Sur X, le 6 mars, l’opposant Jean-Marc Kabund a pris la parole avec la véhémence d’un acteur politique qui veut remettre l’agenda public à l’endroit. «Relancer le faux débat sur le changement de la Constitution pour détourner l’attention des vrais problèmes du pays et repousser le dialogue politique inclusif, pendant que nos compatriotes meurent dans une guerre injuste, est moralement inacceptable et politiquement irresponsable», a-t-il asséné, dénonçant une distraction coupable au moment où la nation est en proie à des crises bien plus mortelles.
L’intervention de Kabund s’inscrit dans un camp anti‑modification et anti-révision qui gagne en visibilité: pour lui, il ne s’agit pas d’un simple désaccord juridique, mais d’un choix d’agenda politique. En mettant la révision constitutionnelle au centre du débat public, les responsables, accuse‑t‑il, retardent la mise en place d’un dialogue véritablement inclusif, jugé essentiel pour mettre fin aux violences qui ravagent l’Est du pays.
Plus cinglante encore, la posture de Kabund contient un jugement historique: «Ceux qui retardent ce dialogue porteront la responsabilité historique de n’avoir pas agi à temps pour arrêter les massacres dans l’Est de notre pays et celle de la complicité dans l’occupation de notre pays par le Rwanda». Cette accusation grave -portée au plus haut niveau du débat national- élargit la portée des critiques: le débat constitutionnel n’est plus seulement juridique, il devient un marqueur d’éthique politique et de patriotisme.
Kabund ne se contente pas d’un rappel moral; il pose un diagnostic politique. Selon lui, la réouverture du dossier constitutionnel sert de prétexte pour éviter des décisions urgentes et difficiles: sécuriser le territoire, protéger les populations civiles, et engager un réel processus de réconciliation et d’inclusion. À ses yeux, privilégier la réforme de la loi fondamentale aujourd’hui revient à choisir la fuite en avant.
Sa formule finale est presque théâtral: «Nous tenons à rappeler à notre peuple que, pendant que ce débat irresponsable se tient au sommet de l’État, une partie du territoire national connaît une annexion de fait par le Rwanda. Pathétique!». Le mot sonne comme une provocation contrôlée, destinée à réveiller les consciences et à obliger la majorité à justifier ses priorités.
Politiquement, l’intervention de Kabund renforce le camp des sceptiques et oblige les promoteurs du changement constitutionnel à répondre sur le fond: pourquoi déplacer l’attention nationale maintenant? Quelles garanties que la réforme ne sera pas instrumentalisée? Le risque pour les tenants de la révision est d’apparaître comme déconnectés des enjeux de sécurité et de survie des populations.
Qu’il s’agisse d’un appel au patriotisme ou d’une charge opportuniste, le message de Kabund a le mérite de recentrer le débat sur l’urgence humaine: avant toute réforme institutionnelle, disent ses partisans, il faut d’abord sauver des vies, protéger l’intégrité territoriale et rendre possible un dialogue réellement inclusif. À défaut, la classe politique risque d’être jugée non seulement sur ses projets, mais sur ses priorités -et sur ce qu’elle aura choisi d’ignorer au moment où la nation saigne.
YA KAKESA
