
Il n’y a pas de hasard dans le calendrier. C’est le 11 octobre 2026 que Julien Paluku Kahongya a pris la décision de publier «L’aveu de Goma: le grand masque enfin tombé». Un document de six pages, extrait de ses mémoires à paraître, qui n’est pas une simple tribune. Il le veut une archive à ciel ouvert.
L’ancien gouverneur du Nord-Kivu, douze ans aux côtés de Joseph Kabila, ne règle pas ses comptes. Il déballe. Six faits, six dates, six zones d’ombre de la guerre à l’Est, qu’il dit avoir vécues de l’intérieur et n’avoir comprises qu’après l’arrivée de Joseph Kabila à Goma en 2025. Tout part de deux questions qu’il dit avoir posées à l’époque, comme une intuition. «Est-ce le fils de son père, assassiné en 2001 par la mafia rwandaise, qui est entré à Goma sous la protection et le contrôle de ces mêmes Rwandais? Est-ce le Président, fils de Laurent-Désiré Kabila, qui a radié Makenga et ses alliés de l’armée pour se retrouver aujourd’hui sous leur protection?»
Pour Paluku, la présence de Kabila à Goma est l’aveu qui éclaire tout le reste. «Chasser le naturel, il revient au galop», écrit-il. Et d’aligner ses archives.
Archive 1: Tongo, 2008. Les FARDC tiennent Laurent Nkunda et Bosco Ntaganda. L’ordre tombe de Kinshasa: stopper l’offensive. Paluku cite un témoin qu’il dit irréfutable, le colonel Zaïre, mort depuis. « Les militaires, furieux de cet ordre, se sont arrêtés ». Nkunda en profite pour les pourchasser et faire tomber le camp de Rumangabo. Le CNDP avance jusqu’à Munigi, aux portes de Goma.
Archive 2: Umoja Wetu, janvier 2009. Laurent Nkunda est arrêté le 21 janvier 2009 au Rwanda. En échange, une opération conjointe RDC-Rwanda contre les FDLR est lancée du 25 janvier au 25 février 2009. Trente jours seulement. «Où a-t-on déjà vu une opération militaire de seulement 30 jours dans une province deux fois plus grande que le Rwanda?», interroge Paluku. Pour lui, c’était «une mascarade totale issue d’un deal Kabila-Kagame».
Archive 3: Goma, novembre 2012. Le M23 entre le 20 novembre et se retire le 1er décembre. Paluku raconte la scène de Kampala, le 24 novembre, à la CIRGL: «Comme par un coup de baguette magique, l’ordre a été donné au M23 de se retirer». À l’époque, dit-il, Kabila voulait se poser en «dernier rempart». Aujourd’hui, le scénario est impossible «car il n’existe aucune complicité avec le régime de FATSHI». Et de conclure: «L’homme orchestre est à Goma où il a rejoint ses alliés d’antan. Qui peut le nier?»
Archive 4: Bosco Ntaganda à Goma. Nommé commandant des opérations Amani Leo, il est censé stabiliser. Il s’enfuit peu après «avec 25 tonnes de munitions pour fonder le M23 à Masisi en avril 2012». Il y est rejoint par Sultani Makenga, que Kabila avait placé à Bukavu «comme chargé des opérations et détenteur de tous les moyens financiers de la région militaire».
Archive 5: Chanzu, 5 novembre 2013. C’est le cœur du récit. Le général Bahuma reçoit l’ordre de ne pas prendre la colline de Chanzu: les rebelles seraient prêts à se rendre avec des foulards blancs. «Comment JKK le savait-il? Bref, ils se parlaient». Paluku raconte la désobéissance: «Nous nous sommes regardés, Bahuma et moi, sans rien dire, et nous avons achevé le travail le 5 novembre 2013, téléphones éteints». Un mois plus tard, Kabila arrive au Nord-Kivu, furieux, et lance au colonel Mamadou devant lui: «Vous pensez que vous faites de la politique dans l’armée!» Paluku écrit: «Nous nous sommes de nouveau regardés avec le colonel Mamadou, les larmes aux yeux».
Archive 6: Le sort des vainqueurs. Le colonel Mamadou meurt en janvier 2014, le général Bahuma en août 2014. «Le seul rescapé, Julien Paluku, sera publiquement qualifié d’homme à jeter dans le lac par JKK à Rutshuru en 2015». Paluku ne s’arrête pas aux faits militaires. Il démonte deux arguments de Kabila. Sur l’armée laissée en héritage: « Laquelle? Celle qui exécutait systématiquement des ordres de repli? Celle des mixages et des brassages? Celle infiltrée par Kagame et James Kabarebe? Celle des lieutenants élevés au grade de général de brigade en six mois?»
Sur la corruption et les droits de l’homme: «Qui oubliera Panama Papers en 2016 ou Congo Hold-Up en 2021 ? Qui oubliera que la RDC avait été exclue de l’AGOA en 2010 pour violations massives des droits de l’homme, avant d’être réintégrée en 2020 sous Félix-Antoine Tshisekedi?»
Reste le message politique, daté du 11 octobre 2026. Pour Paluku, en 16 minutes de discours à Goma, Kabila n’a eu «aucun mot pour vos souffrances». Et de s’adresser à l’Est: «Opposez une résistance farouche à l’option que JKK prétend vouloir annoncer».
Il termine par une profession de foi: «Les postes passent, mais la patrie demeure. Quand un ancien chef d’État trahit la République, le peuple doit se lever». Ce n’est plus une tribune. C’est, aux yeux de Paluku, une pièce à conviction qu’il verse au dossier.
WIDAL





