
Le secrétaire général de l’UDPS qualifie la dernière sortie de l’ancien président de «non-événement» et personnalise l’attaque. Il fallait s’y attendre. À chaque prise de parole de Joseph Kabila, la réplique de l’UDPS ne se fait pas attendre. Samedi 10 octobre, devant ses militants à Kinshasa, Augustin Kabuya n’a pas dérogé à la règle, mais avec un ton qui franchit un cap supplémentaire. Qualifiant la récente intervention médiatique de l’ancien chef de l’État d’«infructueuse», le patron du parti présidentiel a d’abord tenté la carte du mépris. «Nous ne pouvons pas nous focaliser sur la sortie médiatique infructueuse de l’ancien président Joseph Kabila. Sinon, c’est un non-événement», a-t-il lancé. Avant, paradoxalement, d’y consacrer l’essentiel de son discours. C’est sur le terrain personnel que l’attaque a été la plus vive.
Dans une sortie qui a surpris même au sein de sa propre famille politique, Kabuya a directement interpellé l’ancienne Première dame. Il a appelé Olive Lembe Kabila à «prier pour son époux», évoquant un besoin «d’exorcisme et de délivrance». Une formule qui, au-delà de la polémique, installe le débat sur un registre mystico-politique rarement assumé à ce niveau de responsabilité. L’homme fort de l’UDPS est allé plus loin, remettant en cause «les capacités mentales» de Joseph Kabila et son droit à «donner des leçons». Il a même convoqué le souvenir de Jonas Savimbi, le chef rebelle angolais tué en 2002, dans une comparaison dont le sous-entendu belliqueux n’a échappé à personne à Kinshasa.
«Images IA» et autopsie
L’autre volet de son intervention concernait la mort d’un militant de l’ADD Congo, dossier ultra-sensible qui empoisonne le climat politique. Face aux accusations de l’opposition qui pointe la Force du progrès, la jeunesse de l’UDPS, Kabuya a contre-attaqué. Il accuse ses adversaires d’avoir recours à des «vidéos générées par intelligence artificielle» pour incriminer son parti. «Ils doivent accepter l’autopsie», a-t-il martelé, tout en contestant que le crime ait eu lieu à Limete, fief historique de l’UDPS. Un appel à la prudence qui tranche avec le reste de son discours: sur ce dossier, seules une enquête indépendante et des conclusions médico-légales pourront établir les faits.
Enfin, répondant aux critiques de Kabila sur la liberté de la presse sous Félix Tshisekedi, Kabuya a renvoyé l’ancien président à son propre bilan, citant l’assassinat du journaliste Franck Ngyke et de son épouse Hélène en 2005. Puis le meurtre de Bapuwa Mwamba, journaliste indépendant congolais, tué à son domicile de Kinshasa le 8 juillet 2006, à 3 heures du matin, par un groupe d’hommes en armes. Entre disqualification personnelle et bataille des bilans, l’UDPS assume une stratégie: ne rien laisser passer. Quitte à inviter une épouse à prier pour son mari.
Natine K.







