
Quitter le confort d’un emploi stable pour créer un média en ligne dans un paysage déjà dominé par des acteurs bien installés relevait d’un véritable saut dans l’inconnu. Neuf ans plus tard, Innocent Olenga revendique une aventure entrepreneuriale bâtie sur l’innovation éditoriale, la persévérance et l’exigence de crédibilité, qui a permis à Scoop RDC de s’imposer parmi les médias numériques les plus suivis en RD-Congo. À l’occasion du neuvième anniversaire de ce média, il revient, dans un entretien accordé à «AfricaNews», sur les défis, les sacrifices et les ambitions qui ont façonné cette réussite. Entretien.
AfricaNews: Neuf ans après la création de Scoop RDC, quel regard portez-vous sur le chemin parcouru?
Innocent Olenga: La création de Scoop RDC a été un grand risque. J’ai dû démissionner de «Radio Okapi», où j’occupais un emploi stable et sûr, pour me jeter dans le vide. Le vide, parce qu’à l’époque, il existait déjà des poids lourds comme «Africanewsrdc.net», «Actualité.cd», «7sur7.cd», «Zoom Eco», «Politico.cd» et bien d’autres qui dominaient le paysage médiatique. La question qui revenait sans cesse était: quelle différence faire pour être adopté par les lecteurs? L’inspiration m’est venue d’un parallèle biblique. Dans la Bible, Matthieu, Marc et Luc présentent des récits proches, tandis que Jean adopte une approche singulière. J’ai voulu que Scoop RDC soit le «Saint Jean» de l’information en RD-Congo. Nous avons donc beaucoup travaillé la titraille et le contenu, en allant au-delà du simple fait pour expliquer le pourquoi et le comment. Cette approche a porté ses fruits. Ensuite, nous avons innové en introduisant un style humoristique à travers les caricatures. Je porte aujourd’hui un regard très positif sur ce parcours, même s’il a été semé d’embûches. Il y a eu des nuits blanches, des sacrifices et une détermination permanente pour convaincre et gagner la confiance des lecteurs.
Quelles ont été les principales motivations à la création de cet organe de presse?
À l’IFASIC, aujourd’hui UNISIC, j’ai suivi la filière Presse écrite et Politique intérieure. Même si je réussissais bien à «Radio Okapi», je ne me sentais pas véritablement à ma place. Ma principale motivation a été mon fils aîné, Karel Duran Olenga. À 18 ans, il m’encourageait à quitter mon emploi. Selon lui, avec mon expérience, je devais devenir entrepreneur plutôt que rester salarié. Il y a également mon ami Jeanric Umande, patron d’«Ouragan.cd» et alors rédacteur en chef de RTGA FM. Il ne comprenait pas pourquoi je me contentais d’un salaire de 100 dollars par jour aux Nations unies. À ses yeux, je perdais mon temps. C’est ainsi que je me suis décidé à me jeter dans le vide. Heureusement, je ne m’y suis pas fracturé. Je n’ai jamais regretté cette décision.
Quels ont été les plus grands défis de ces neuf années et comment les avez-vous surmontés?
Le principal défi demeure l’absence d’annonceurs. Nous avons également fait face à des ennuis judiciaires que nous continuons à surmonter.
De quelles réalisations votre rédaction est-elle la plus fière?
D’avoir innové dans la titraille et dans la caricature. Nos lecteurs apprécient particulièrement cette identité éditoriale.
Comment votre média s’est-il adapté à l’évolution du numérique et aux nouvelles habitudes de consommation de l’information?
Avant de créer Scoop RDC, j’ai été, entre 2002 et 2005, éditeur du journal Sapeur-pompier. Je connais donc le journal papier et ses contraintes. Avec les évolutions technologiques, il fallait s’adapter. À l’heure où chacun s’informe instantanément sur son téléphone, nous avons fait le choix de privilégier la qualité à la précipitation. Nous préférons publier un seul article bien travaillé et largement lu plutôt que dix textes dont les lecteurs ne retiennent que les titres. C’est aussi pourquoi nous refusons de relayer les informations issues des réseaux sociaux. Nous préférons que ce soient les réseaux sociaux qui relaient Scoop RDC.
Dans un contexte marqué par la désinformation, comment garantissez-vous la fiabilité de vos informations?
Par la vérification et la contre-vérification. C’est un principe fondamental que j’ai instauré au sein de la rédaction. Nous ne publions jamais une information dont la fiabilité n’est pas établie. Scoop RDC n’a pas besoin de buzz. Nous tenons avant tout à notre crédibilité et au respect de nos lecteurs.
Quel impact estimez-vous que votre média a eu sur l’opinion publique et sur le paysage médiatique de la RD-Congo?
Nous ne pouvons pas nous autoévaluer, au risque d’être juge et partie. En revanche, les retours de nos lecteurs sont très encourageants. Ils estiment que nous accomplissons un travail de qualité.
Quelle place accordez-vous à la formation des journalistes et à l’innovation?
Nous privilégions avant tout la pratique. Plusieurs journalistes de notre rédaction me disent que je leur ai fait découvrir un style rédactionnel original et atypique. Scoop RDC est devenu une véritable école.
Quelles sont vos ambitions pour les prochaines années?
Faire de Scoop RDC une entreprise économiquement viable et pérenne, capable de poursuivre sa mission même après mon départ. C’est le combat que je mène malgré une conjoncture difficile.
Si vous deviez résumer ces neuf années en trois mots?
Persévérance. Sérieux. Qualité. Voilà notre boussole.
Quel est le souvenir le plus marquant de cette aventure?
D’avoir été classés trois fois consécutives par Médiamétrie Les Points comme le média en ligne le plus lu en RD-Congo. C’est une immense fierté pour toute notre équipe.
Quel message adressez-vous à vos lecteurs à l’occasion de ce neuvième anniversaire?
Je tiens d’abord à les remercier pour la confiance qu’ils nous témoignent depuis neuf ans. Je leur demande ensuite de continuer à nous accompagner et à croire en notre travail.
Propos recueillis par Deborah MATEYI

