
Un nouveau rapport de 257 pages du groupe d’experts des Nations-Unies sur la RD-Congo publié cette semaine vient accabler le Rwanda et l’Ouganda pour leur rôle trouble dans la déstabilisation de l’Est de la RD-Congo. Publié tout juste quelques jours après la signature, le 27 juin à Washington, d’un accord de paix entre Kinshasa et Kigali sous médiation américaine, ce rapport épingle le «rôle déterminant» de l’armée rwandaise dans les récentes conquêtes des rebelles qui occupent, depuis près de six mois, les villes de Goma et Bukavu.
«Une semaine avant l’attaque de Goma, des responsables rwandais ont confidentiellement informé le groupe d’experts des Nations unies sur la RD-Congo que le président [rwandais] Paul Kagame avait décidé de prendre immédiatement le contrôle de Goma et de Bukavu», rapportent les experts, décrivant des «incursions systématiques et massives» à la frontière entre les deux pays. En soutenant les rebelles, Kagame espère «construire un État parallèle dans l’Est de la RD-Congo» afin de permettre à Kigali «d’obtenir le contrôle total du commerce des matières premières dans cette zone».
«Des sources au sein de l’armée rwandaise et du gouvernement rwandais affirment que l’objectif ultime de Kigali est le contrôle du territoire et des ressources naturelles congolaises», rapporte le groupe d’experts dirigé par la Belge Mélanie De Groof.
Le rapport mentionne également un «positionnement en première ligne» des troupes rwandaises ainsi qu’un «engagement direct dans les combats», en plus d’un soutien en armes de haute technologie. Les experts de l’ONU ont aussi établi la présence des éléments du M23 dans des centres d’entraînement militaires rwandais, à Gabiro, Nasho et Gako. Sur les lignes de front, les éléments de l’armée rwandaise sont plus que jamais visibles. Selon le rapport, leur nombre serait passé de 4.000 à 6.000. Le soutien de Kigali ne s’arrête pas là. Les rebelles sont également équipés en armes, en violation de l’embargo des Nations-Unies.
Le double jeu de l’Ouganda
Jusque-là épargnée par la RD-Congo malgré les précédents rapports qui évoquaient déjà son rôle trouble, l’Ouganda a de nouveau été cité. Kampala aurait ainsi servi de cadre pour le lancement de deux mouvements politico-militaires, dirigés par d’anciens rebelles : Innocent Kaina, un colonel déserteur des FARDC, et Thomas Lubanga. Pire, le régime de Museveni est accusé, dans le rapport, d’appuyer ces deux mouvements.
Le rapport précise que les deux chefs rebelles résident à Kampala où leurs activités bénéficient de l’appui des autorités ougandaises. Pourtant, le chef de l’armée ougandaise, Muhoozi Kainerugaba, a séjourné en juin à Kinshasa où un tapis rouge lui a été étalé jusqu’à la présidence de la République. Les deux pays continuent d’entretenir une entente militaire, dans le cadre de l’opération Shujaa pour traquer les ADF. Mais pour les experts de l’ONU, Kampala joue clairement un double jeu dans la crise sécuritaire persistante dans l’Est de la RD-Congo.
Une complicité des députés
Fait nouveau, le rapport a établi une nouvelle dimension de complicité interne, avec l’implication présumée de plusieurs parlementaires, tant au niveau national que provincial, dans l’exploitation illégale des ressources naturelles, notamment l’or. Ces minerais seraient acheminés clandestinement vers Kampala. «L’or extrait illégalement d’Ituri continue d’être introduit en contrebande, principalement via Kampala», révèle le rapport.

