
En provenance de Kinshasa, où il a répondu à l’invitation du vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur, de la Sécurité et des Affaires coutumières, Jacquemain Shabani, le gouverneur de la province du Kongo Central, Grâce Bilolo, est rentré dernièrement à Matadi, chef-lieu de cette province, sous tension. Les informations en notre possession indiquent que le dernier déplacement de Grâce Bilolo dans la capitale est consécutif aux accusations de détournement des deniers publics qui pèsent sur lui, selon l’Inspection générale des Finances -IGF-, et lesquelles ont abondamment enflammé la toile.
Ce retour a lieu au terme d’une série de consultations à Kinshasa avec la haute hiérarchie, alors que l’étau se resserre autour de l’exécutif provincial sur un rapport de l’Inspection générale des Finances. Une source proche de ce dossier fait observer que le point de bascule de cette situation remonte au 28 janvier 2026, après que l’Assemblée provinciale a autorisé à l’unanimité le réquisitoire du Procureur général près la Cour de cassation. Voilà une décision qui ouvre la voie à une instruction judiciaire contre le gouverneur pour des faits présumés de détournement de deniers publics.
Par ailleurs, il ressort du camp du gouverneur que l’heure est à la contre-attaque juridique, dont on sait qu’elle pourra davantage soulever des vagues autour des tenants et aboutissants de ce dossier. À en croire les proches du gouverneur, ce dernier a, en bonne et due forme, accusé réception, le lundi 2 février, du «vrai» rapport de l’IGF, lequel ne mentionne «aucun détournement» et est présenté comme une pièce à décharge par rapport à ce dossier. Il appert à cet effet que la tempête juridique semble loin de s’apaiser, d’autant plus qu’un nouveau front vient de s’ouvrir.
En clair, un collectif de notables du Kongo Central a déposé une plainte au Parquet près la Cour de cassation pour charger à nouveau le gouverneur de province. Cette plainte porte sur des faits de détournement de deniers publics, faux en écriture, conflit d’intérêts et délit d’initié, relatifs à des griefs non visés par le réquisitoire initial du Procureur général. Alors qu’à Matadi comme sur l’ensemble de la province, voire à Kinshasa, les observateurs et les acteurs de la Société civile estiment que ce retour ne signifie pas un retour à la normale, mais plutôt le début d’un bras-de-fer judiciaire dont l’issue pourrait redéfinir l’équilibre politique de la province dans les jours à venir.
Dans le même ordre d’idées, une autre source précise qu’il faudra désormais attendre l’évolution de l’instruction. «L’innocence se trouve au bout de la procédure judiciaire. Il faudra d’abord s’y soumettre pour que le reste soit déterminé», conclut-elle. Sur ces entrefaites, il est permis d’affirmer sans ambages qu’il y a encore de quoi retenir son souffle en attendant le dénouement de cette affaire, qui n’a que trop soulevé des vagues.
