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Emmanuel Ilunga, un ministre indécis

La RD-Congo a une fois de plus fait preuve de ses faiblesses dans les rapports des forces entre les Etats. Son ministre délégué ayant en charge les RD-Congolais de l’étranger, Emmanuel Ilunga Ngoie Kasongo, a surpris ses compatriotes en signant deux correspondances en l’espace de 48 heures engageant l’Etat RD-congolais, mais dans lesquelles il se contredit. En réaction au fait que, depuis la fermeture de la maison Schengen à Kinshasa, les Ambassades de France et Belgique n’octroient que des visas humanitaires ou pour des soins médicaux aux ressortissants RD-congolais, le ministre Emmanuel Ilunga a, mardi 24 juillet via un message écrit, demandé à toutes les représentations diplomatiques de la RD-Congo de n’accorder à leur tour aux ressortissants français et belges que des visas humanitaires ou pour soins médicaux. Une décision prise en référence au principe de réciprocité. Mais aussi curieux que cela puisse paraître, 48 heures après soit jeudi 26 juillet, le ministre change le fusil d’épaule. Il annule les mesures prises précédemment, évoquant le «dialogue en cours notamment sur le traitement de dossiers de visas». Ça s’appelle indécision!  
 
Depuis la fermeture de la Maison Schengen à Kinshasa sur décision du gouvernement RD-congolais, les relations entre l’Union européenne et la RD-Congo restent tendues. Cette mesure jugée «suicidaire» par les pays de l’espace Schengen n’a pas plu aux partenaires traditionnels occidentaux de la RD-Congo qui ont choisi, eux aussi, de réagir. C’est le cas de la France et la Belgique qui, depuis lors, n’accordent plus que des visas humanitaires ou pour soins médicaux aux ressortissants RD-congolais. Refusant de courber l’échine, et conformément au principe de réciprocité, le pouvoir de Kinshasa a, le 24 juillet 2018, demandé à toutes ses représentations diplomatiques d’appliquer les mêmes dispositions aux ressortissants belges et français. Réponse du berger à la bergère! Cette correspondance portait la signature du ministre délégué des RD-Congolais de l’étranger, Emmanuel Ilunga. Son contenu bref et clair traduisait une mesure réfléchie et responsable. Trompe l’œil. La fermeté du ministre n’aura duré que l’espace de deux matins. Contre toute attente et pendant que les RD-Congolais se mettaient déjà à saluer une décision courageuse de leurs autorités, Emmanuel Ilunga a dû rétropédaler, en larguant une deuxième correspondance adressée aux mêmes destinataires, annonçant le retrait des mesures contenues dans la première note. «Tenant compte du dialogue en cours notamment sur le traitement de dossiers de visas, les instructions contenues dans le message n°130 CDE/205/2018 du 24 juillet 2018, relatives à l’application du principe de réciprocité sont retirées», s’est-il rétracté dans sa seconde note de jeudi 26 juillet.
Cependant, de passage en France il y a peu, Emmanuel Ilunga a accordé une interview à Jeune Afrique, au cours de laquelle il a réitéré la décision de son pays de ne plus autoriser l’ouverture de la maison Schengen à Kinshasa. Toujours à Jeune Afrique, le ministre venait de justifier la décision de la RD-Congo par «l’application stricte de la Convention de Vienne» qui régit les rapports entre les États. A travers lui, le gouvernement RD-congolais opte pour le retournement de sa veste.Pour ceux qui ne le savent pas, la maison Schengen de Kinshasa, gérée par Bruxelles pour le compte de 17 États membres de l’Union européenne plus la Norvège, a été fermée à la suite des tensions diplomatiques entre la RD-Congo et la Belgique, sur décision du gouvernement RD-congolais. Différente de l’ambassade de Belgique, la Maison Schengen à Kinshasa est un centre commun de réception des demandes de visas. Cette coopération entre plusieurs États de l’espace de libre-circulation Schengen a été créée comme initiative belgo-portugaise. Elle était dirigée par la Belgique et était devenue opérationnelle depuis le 5 avril 2010. Située en centre-ville à Kinshasa, la «Maison Schengen» gérait les demandes de visas court-séjour pour entre autres l’Allemagne, la France, l’Italie, la Suède, et la Belgique.
Dans une note à l’ambassade de Belgique en RD-Congo, Kinshasa avait également fait savoir au gouvernement belge que sa nouvelle agence de développement -ENABEL- n’avait plus sa raison d’être en RD-Congo.
Olitho KAHUNGU


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