
Dans une déclaration faite à l’occasion des trois années d’occupation de la ville de Bunagana, dans la province du Nord-Kivu, par les rebelles de l’AFC/M23 soutenus par l’armée rwandaise, le Prix Nobel de la paix RD-congolais, le Docteur Denis Mukwege, a appelé à des sanctions contre le Rwanda et a invité Kinshasa à retenir les leçons des erreurs du passé et à ne pas sacrifier la justice dans les négociations en cours.
«Cela fait trois ans que nous exhortons les États et les institutions tant internationales que régionales à ne plus tolérer les violations systémiques du droit international par le Rwanda et à utiliser tous les leviers à leur disposition pour isoler le régime criminel de Kigali, par l’adoption de sanctions politiques et économiques fortes, afin de contraindre ce pays, largement dépendant de l’aide étrangère et donc vulnérable aux pressions extérieures, au retrait immédiat de son armée du territoire de la RD-Congo, sans conditions préalables, ainsi que de son soutien au M23», a-t-il déclaré.
Violations des droits humains et du droit humanitaire international
L’ancien candidat à l’élection présidentielle de 2023 a dénoncé avec fermeté les violations flagrantes de la souveraineté nationale et de l’intégrité territoriale de la RD-Congo par Kigali. D’après lui, la population civile du Kivu subit les conséquences désastreuses de cette occupation illégale, confrontée à des déplacements massifs, à la peur et à de graves violations des droits humains.
«Cela fait trois ans, jour pour jour, que la cité commerciale stratégique de Bunagana, dans le territoire de Rutshuru, au Nord-Kivu, est contrôlée par les rebelles du M23 soutenus par le régime de Kigali, acculant la population RD-congolaise soit à se déplacer en masse, soit à survivre dans la peur sous le joug des forces d’agression et d’occupation. Cela fait trois ans que la souveraineté nationale et l’intégrité territoriale de la République démocratique du Congo sont violées par le Rwanda, qui méprise avec arrogance les principes de base de la Charte des Nations unies pour imposer ses ambitions expansionnistes et piller à grande échelle les minerais stratégiques RD-congolais, dans l’indifférence complice de la Communauté internationale», a-t-il dénoncé. Il a ensuite décrié l’installation d’administrations illégales et parallèles engendrées par la prise de Bunagana.
Échec des tentatives diplomatiques
À l’en croire, la population martyre du Kivu paie le lourd tribut d’une diplomatie régionale erratique et de la défaillance de la gouvernance sécuritaire du régime de Kinshasa, caractérisée par l’absence de planification, le défaut de vision stratégique et le recours à l’externalisation, par des partenariats militaires bilatéraux et régionaux fluctuants, ainsi qu’avec des groupes armés non étatiques mal formés et des sociétés privées de sécurité, contribuant à une militarisation dangereuse de la région et à un risque d’embrasement régional.
Dans sa déclaration, le Prix Nobel de la paix a rappelé que cela fait trois ans que les tentatives diplomatiques visant à la désescalade et à faire taire les armes ont toutes échoué à obtenir un cessez-le-feu et le retrait des forces illégales d’occupation, malgré l’adoption, tardive mais importante, le 21 février 2025, de la Résolution 2773 du Conseil de sécurité des Nations unies. Celle-ci, selon lui, doit servir de cadre aux efforts de sortie de crise et au retour de la paix.
L’absence de volonté politique
Le gynécologue-obstétricien RD-congolais a également fustigé la position des autorités de la RD-Congo qui, d’après lui, «n’ont jamais déployé la volonté politique nécessaire pour réformer le secteur de la sécurité, assainir la fonction publique et adopter une stratégie holistique de justice transitionnelle». «Cela fait trois ans que le Président de la RD-Congo et le gouvernement RD-congolais affirment prendre leurs responsabilités, alors que les autorités de la République n’ont jamais déployé la volonté politique nécessaire pour réformer le secteur de la sécurité, assainir la fonction publique et adopter une stratégie holistique de justice transitionnelle, et sont donc en grande partie responsables de la dégradation sécuritaire et de son impact désastreux tant sur la situation humanitaire que sur celle des droits humains», a-t-il déclaré.
Il a, en même temps, exprimé sa solidarité avec les citoyens RD-congolais vivant sous occupation, et a lancé un appel pressant au gouvernement RD-congolais ainsi qu’à tous les acteurs impliqués dans la recherche de la stabilité et de la paix dans l’Est du Congo-Kinshasa. «En cette journée, nous tenons à exprimer notre solidarité avec les citoyens RD-congolais qui vivent en zone occupée et invitons le gouvernement RD-congolais, ainsi que tous les acteurs impliqués dans la recherche de la stabilité et de la paix, après 30 ans de guerre, à retenir les leçons des erreurs du passé et à ne pas sacrifier la justice dans les négociations en cours», a-t-il conseillé.
Fidèle à sa thèse, Dr Denis Mukwege a déclaré que seule la justice et des négociations inclusives pourront briser le cycle de la violence et de l’impunité, et prévenir la répétition des conflits en RD-Congo et dans la Région des Grands lacs africains.
Hénoc AKANO

