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Donald Trump s’autoproclame faiseur de paix entre Kinshasa et Kigali

Depuis la Tribune de la 81ème Assemblée générale des Nations unies à New York, le Président américain, Donald Trump, a créé la surprise mardi dernier. Devant les dirigeants du monde, il a affirmé avoir mis fin au conflit qui oppose la RD-Congo au Rwanda. Une déclaration choc qui intervient alors que l’Est de la RD-Congo reste en proie aux violences, malgré les accords parrainés par Washington en juin et décembre 2025. Selon plusieurs sources diplomatiques et onusiennes présentes à New York, si le conflit entre Kinshasa et Kigali a connu une intense séquence diplomatique ces derniers mois sous l’impulsion américaine, sa résolution définitive reste loin d’être actée sur le terrain. Depuis 2025, les États-Unis ont, en effet, parrainé deux textes majeurs qui structurent aujourd’hui les efforts de paix.

D’abord, l’Accord de paix signé en juin 2025 entre la RD-Congo et le Rwanda, qui actait le principe d’une désescalade et d’un désengagement militaire progressif. Ensuite, les Accords de Washington conclus en décembre de la même année. Ces textes, plus détaillés, réaffirment les engagements de deux capitales en faveur d’une coopération sécuritaire renforcée, de la mise en place de mécanismes de vérification conjoints et d’un cadre devant consolider une paix durable. Deux Accords que la Maison Blanche présente comme sa signature diplomatique en Afrique centrale. C’est sur ce bilan que le Président américain a construit son discours. Devant l’Assemblée, il s’est posé en faiseur de paix, celui qui aurait réussi là où les médiations africaines et onusiennes avaient jusqu’ici piétiné.

Pourtant, le tableau que dressent les acteurs de terrain est nettement plus nuancé. En juin 2026 encore, la Mission de l’ONU pour la stabilisation du Congo -MONUSCO- soulignait, dans son dernier rapport, que les Accords de paix et les mécanismes de vérification n’avaient pas produit une cessation complète des hostilités dans l’Est de la RD-Congo. Des combats sporadiques, des mouvements de troupes et des violations du cessez-le-feu continuent d’être rapportés au Nord-Kivu et au Sud-Kivu. Du côté RD-congolais, la position reste constante.

Kinshasa appelle à la mise en œuvre intégrale et sans délai des engagements pris à Washington et à Doha. Dans la même logique, le gouvernement RD-congolais plaide surtout pour une pression accrue sur les parties qui ne respecteraient pas leurs obligations, une allusion à peine voilée à Kigali et à son soutien présumé aux groupes armés actifs dans l’Est. Une exigence que la RD-Congo porte à chaque rencontre bilatérale. Kigali, de son côté, tout en se disant attaché aux Accords signés, conditionne son désengagement total à la neutralisation des FDLR présentes sur le sol RD-congolais. En affirmant avoir mis fin au conflit, Donald Trump prend ainsi un risque diplomatique. Il place désormais la crédibilité de l’action américaine en Afrique au centre du jeu. Car, si les violences devaient reprendre avec intensité, c’est le parrainage même de Washington qui se trouverait fragilisé. Pour Kinshasa comme pour Kigali, l’enjeu reste celui de transformer des engagements couchés sur papier en résultats concrets et visibles pour les populations.

La cessation durable des hostilités, le désengagement effectif des forces, la protection des civils et le retour progressif de centaines de milliers de déplacés restent les seuls indicateurs qui compteront aux yeux des RD-Congolais de l’Est. Par ailleurs, l’histoire récente de la région de Grands Lacs a montré que les Accords de paix les plus ambitieux peuvent se briser sur la réalité d’un terrain incontrôlable. L’avenir proche dira si les Accords parrainés par Washington auront été le tournant tant attendu, ou une nouvelle parenthèse diplomatique dans une crise qui dure depuis trois décennies.

Deborah MATEYI

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