
Le district de Haidian, dans la ville de Pékin, abrite l’une des institutions les plus influentes de la Chine. Il s’agit de l’École du Parti du Comité central du Parti communiste chinois -PCC-, aussi appelée Académie nationale de gouvernance, qui est le principal vivier où se forment les dirigeants qui vont piloter la deuxième puissance économie mondiale. Créée en 1933, cette école dépend directement du Comité central du Parti Communiste Chinois et joue un rôle clé dans le fonctionnement de l’État chinois. Ministres, gouverneurs, maires de grandes villes, patrons d’entreprises publiques, responsables universitaires ou encore hauts gradés de l’armée y passent à un moment crucial de leur carrière.
Dans les cercles politiques chinois, avoir étudié à l’académie nationale de gouvernance est souvent vu comme un passage obligé pour accéder aux plus hauts postes. Jeudi 18 juin dernier, lors d’un échange avec des journalistes invités par le Centre international de presse et de communication de Chine -CIPCC- sur ce site académique, autour du thème «l’histoire du parti communiste chinois à l’ère nouvelle», le professeur Xie Chuntao, vice-président chargé du travail quotidien de l’Ecole et membre du Comité central du PCC, a expliqué la mission de cette institution vieille de plus de 90 ans. «Notre école a été fondée il y a plus de 90 ans. Sa mission fondamentale, c’est de former des talents et de conseiller le Parti», a-t-il raconté, rappelant que plusieurs grandes figures de l’histoire chinoise, comme Mao Zedong et Xi Jinping, ont dirigé cette prestigieuse école.
L’importance que les plus hautes autorités chinoises lui accordent montre bien son statut à part. Président de l’Ecole du parti entre 2007 et 2012 avant de devenir Chef de l’État, Xi Jinping continue de souligner le rôle de cette académie dans la formation des cadres qui doivent porter la vision politique de la Chine d’aujourd’hui. «La mission principale de l’École du Parti du Comité central du Parti Communiste Chinois, c’est d’assurer la formation politique et administrative des cadres du Parti et de l’État. Chaque année, des milliers de responsables y suivent des sessions de perfectionnement pour renforcer leurs compétences en gouvernance, administration publique et gestion stratégique», a-t-il renseigné.

Selon les chiffres donnés par Xie Chuntao, plus de 30.000 cadres et fonctionnaires ont été formés en présentiel les années dernières, sans compter les centaines de milliers d’autres qui ont suivi des programmes à distance. «La plupart de dirigeants chinois ont étudié ici», a assuré le vice-président de l’institution, affirmant que les participants aux formations sont généralement des cadres de niveau intermédiaire ou supérieur, qui occupent au minimum des postes équivalents à ceux de maire ou de préfet.
Un laboratoire d’idées au service du Parti
Au-delà de la formation, l’école fait aussi office de centre de recherche stratégique. Ses enseignants sont à la fois professeurs, chercheurs et conseillers. Ils participent à l’élaboration des réflexions théoriques qui nourrissent l’action politique du Parti Communiste Chinois. Selon le professeur Xie Chuntao, les recherches portent notamment sur l’adaptation du marxisme aux réalités chinoises, un chantier intellectuel qui reste au cœur de la doctrine officielle du Parti. «Aujourd’hui, une bonne partie des travaux est consacrée à l’étude et à la diffusion de la pensée de Xi Jinping sur le socialisme à la chinoise de la nouvelle ère. Cette dimension doctrinale est l’une des spécificités de l’établissement, dont le but est aussi de garantir l’unité idéologique des cadres qui vont exercer des responsabilités dans tout le pays», a-t-il indiqué.
Par ailleurs, l’École du Parti du Comité central du Parti communiste chinois n’est que le sommet d’un vaste système national. La Chine compte en effet des milliers d’écoles du Parti réparties dans les provinces, les municipalités et les districts. Ensemble, elles forment un réseau éducatif unique au monde, qui mobilise près de 100.000 enseignants et personnels administratifs. Ces écoles ont pour mission de former progressivement les quelque 100 millions de membres du Parti communiste chinois pour garantir une compréhension uniforme des orientations fixées par le Comité central.
Pour y arriver, selon le professeur Xie Chuntao, l’établissement mise de plus en plus sur les technologies numériques. «Les cours sont enregistrés et diffusés en ligne pour toucher les cadres qui travaillent dans les administrations locales, les entreprises publiques ou les organisations de base du Parti», a-t-il fait savoir. Même si sa mission première reste nationale, l’École du Parti du Comité central du Parti communiste chinois s’est aussi ouverte à l’international. Au fil des ans, elle a développé des partenariats avec plus de 300 institutions dans près d’une centaine de pays et entretient des relations avec plusieurs organisations internationales.
A en croire ce membre du Parti communiste chinois, près de 13.000 stagiaires étrangers venus de 164 pays et régions ont déjà participé à ses programmes d’échanges et de formation, ce qui fait de l’établissement un important vecteur de dialogue entre la Chine et le reste du monde. Pour ceux qui ne savent pas, l’histoire de l’École centrale du Parti épouse celle de la Chine moderne. Créée à Ruijin en 1933 sous le nom d’École du marxisme et du communisme, elle a accompagné les différentes étapes de la révolution chinoise, de la fondation de la République populaire à la réforme et l’ouverture économique lancées à la fin des années 1970.
Sous l’impulsion de dirigeants comme Mao Zedong, Liu Shaoqi, Hu Jintao ou encore Xi Jinping, elle s’est peu à peu imposée comme l’un des principaux centres de réflexion et de formation du pays. Aujourd’hui, alors que la Chine continue de monter en puissance sur la scène internationale, l’École du Parti du Comité central du Parti communiste chinois reste plus que jamais un maillon essentiel du système politique chinois. À travers ses salles de cours, ses centres de recherche et ses programmes de formation, elle continue de façonner ceux qui seront demain les décideurs de la Chine, confirmant son statut de véritable pépinière de l’élite politique du pays.
Olitho KAHUNGU, depuis Pékin


