
Après près de trois mois d’attente, le président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi, a finalement reçu les délégués de la Conférence épiscopale nationale du Congo -CENCO- et de l’Église du Christ au Congo -ECC-, à la Cité de l’Union africaine, dans la soirée du samedi 22 juin. Cette rencontre de près de deux heures s’inscrit dans le cadre de l’initiative de paix lancée par les deux confessions religieuses, baptisée Pacte social pour la paix et le bien-vivre ensemble en RDC et dans la région des Grands Lacs.
Une volonté affichée d’aller plus loin mais…
À l’issue de cet entretien, Mgr Donatien Nshole, secrétaire général et porte-parole de la CENCO, a fait savoir que le chef de l’État s’est dit favorable à un approfondissement de la mise en œuvre de cette initiative. Il a annoncé, dans ce cadre, la mise en place d’une équipe de suivi chargée de collaborer avec les deux Églises pour faire avancer les discussions.
Depuis février dernier, la CENCO et l’ECC multiplient les démarches de médiation, ayant mené trois mois de consultations à travers le pays et la région. Elles ont rencontré aussi bien des acteurs nationaux qu’internationaux, y compris les responsables de l’AFC/M23 et le président rwandais Paul Kagame. Leur ambition: organiser un forum national inclusif susceptible de jeter les bases d’une paix durable en RD-Congo.
Des hésitations et des tensions en coulisses
Malgré cette ouverture officielle, la démarche des deux confessions religieuses ne fait pas l’unanimité au sein de la majorité présidentielle. Des réserves au sommet de l’État pourraient expliquer le délai de trois mois avant que le président Tshisekedi ne reçoive officiellement la délégation. S’il a exprimé sa volonté d’aller de l’avant, des zones d’ombre subsistent autour de ce que le chef de l’État entend précisément par «approfondir la mise en œuvre de l’initiative».
Le président de la République a choisi de faire durer le suspense. En février, il avait déjà recommandé que la CENCO et l’ECC s’associent à d’autres confessions religieuses pour garantir un processus plus représentatif. Va-t-il réitérer cette demande ou en élargir les contours?
Exclusions et controverses: les dessous de la rencontre
Selon certaines sources proches de la présidence, Félix Tshisekedi aurait exprimé des réserves claires quant à la participation de figures politiques telles que Joseph Kabila, Moïse Katumbi et Corneille Nangaa au futur dialogue. À la place, il plaiderait pour une approche plus inclusive en y associant notamment les Églises de réveil, regroupées autour du pasteur Dodo Kamba. Dans cette perspective, le conseiller spécial du chef de l’État en matière de sécurité devrait travailler en étroite coordination avec la CENCO et l’ECC afin de parvenir à une harmonisation des approches. Mais cette collaboration pourrait se heurter à d’autres crispations: selon les mêmes sources, certaines figures ecclésiastiques comme Mgr Nshole, le cardinal Fridolin Ambongo et Mgr Fulgence Muteba ne seraient pas les bienvenues aux yeux du président. Enfin, le climat pourrait encore se tendre avec la mention, par le chef de l’État lui-même, d’un rapport de l’Inspection générale des finances -IGF- relatif à la gestion des fonds dans le cadre du Programme de Développement Local des 145 Territoires -PDL 145T-, dans lequel les Églises auraient été impliquées. Davantage de suspense.
Vers un dialogue encore incertain
Si la rencontre du 22 juin marque un pas en avant, de nombreuses incertitudes demeurent sur la forme finale que prendra ce dialogue national. L’implication des confessions religieuses, bien que saluée pour sa neutralité, semble désormais soumise à de forts enjeux politiques. Le président Tshisekedi marche sur une ligne de crête: promouvoir une paix durable sans ouvrir la voie à ses opposants les plus redoutés. Reste à voir si le processus porté par la CENCO et l’ECC résistera aux pressions internes et arbitrages politiques qui s’annoncent.
YA KAKESA