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Dialogue: CENCO et ECC proposaient une médiation neutre avant l’annonce de Tshisekedi

La CENCO et l’ECC n’ont jamais été contre le Dialogue. Elles l’ont anticipé, corrigé et encadré bien avant son annonce par Félix Tshisekedi le 27 août 2026. Dans un document confidentiel de 7 pages relayé mardi par les médias, les deux Églises livrent leur lecture technique du projet présidentiel et proposent surtout une autre architecture pour le rendre viable.

Convergence sur la finalité, divergence sur l’architecture

D’emblée, le ton est posé. Pour la CENCO et l’ECC, il serait intellectuellement et politiquement incorrect de présenter le projet présidentiel et le Pacte Social pour la Paix et le Bien-Vivre Ensemble comme antagonistes. Les deux poursuivent en effet la même ambition, restaurer une paix durable, consolider l’unité nationale et l’intégrité territoriale, renforcer la cohésion nationale et refonder l’État. Là où la divergence s’installe, c’est sur la méthode.

D’un côté, le projet présidentiel s’articule autour d’une logique verticale où le Chef de l’État convoque, organise, conduit le dialogue et en met en œuvre les résolutions. De l’autre, le Pacte Social privilégie une logique de médiation progressive, qui commence par un groupe présidentiel de contact, passe par une médiation nationale, un pré-dialogue, avant d’ouvrir un dialogue inclusif assorti de mécanismes consensuels de mise en œuvre et d’un accompagnement international. En d’autres termes, là où le premier modèle concentre, le second cherche à distribuer et à sécuriser.

Les risques d’une architecture trop verticale

C’est précisément sur ce point que les Églises alertent. Selon elles, l’appellation même de Comité de Pilotage pose problème dans un pays profondément polarisé. Car si sa composition est perçue comme proche de l’environnement du Chef de l’État, il sera inévitablement vu comme l’organe politique directeur du dialogue, même si telle n’est pas l’intention de ses membres. Et sur ce terrain, rappellent-elles, la neutralité ne se mesure pas seulement aux intentions, elle se mesure à la perception que les parties ont de l’indépendance du facilitateur.

Au-delà, se profile le risque de préconfiguration. En effet, celui qui prépare le dialogue définit de fait qui participe, quel est l’agenda, quelles sont les séquences, les critères d’inclusion et les modalités de représentation. Les Églises parlent alors de capture procédurale, car celui qui fixe les règles d’entrée influence nécessairement les conditions dans lesquelles le dialogue produira ses résultats.

Par ailleurs, une composition majoritairement associée à l’ancien régime PPRD-FCC pourrait alimenter une perception d’entre-soi politique, susciter la méfiance de l’opposition et nourrir chez la population l’idée d’un partage de pouvoir entre élites. Enfin, dernier écueil relevé, la confusion des rôles. Si les Églises siègent dans une même commission préparatoire aux côtés des parties prenantes au dialogue, elles perdent leur position de tiers. Or on ne peut être à la fois médiateur et partie.

Une architecture de compromis en six piliers

Loin de vouloir remplacer le projet présidentiel, la CENCO et l’ECC proposent plutôt de l’intégrer dans une architecture plus large, plus équilibrée et plus sécurisée.

Dans ce schéma, le Président de la République demeure l’autorité constitutionnelle qui convoque et garantit. À ses côtés, un Groupe Présidentiel de Contact assure la liaison politique sans pour autant piloter le processus. La médiation elle-même est confiée à la CENCO, à l’ECC et à la plateforme des confessions religieuses, pensée comme une instance indépendante de facilitation et de rapprochement.

Un Comité international d’accompagnement vient apporter une garantie externe de crédibilité, tandis qu’un Secrétariat Technique National joue le rôle de bras opérationnel et logistique. Quant aux parties prenantes, elles restent au cœur de la négociation, mais ne peuvent en être les arbitres. Ainsi, le Président convoque, les parties négocient, les Églises médiatisent, la communauté internationale accompagne, le secrétariat organise et la Nation délibère à travers ses représentants.

De la confiance au consensus, puis aux résultats

Cette architecture s’inscrit dans une séquence en trois temps. Tout commence par le pré-dialogue, dont l’objectif est de restaurer la confiance. À cette étape, la médiation écoute les protagonistes, identifie leurs griefs, leurs lignes rouges et leurs convergences, et dresse un registre partagé de ce qui rassemble et de ce qui divise.

Vient ensuite le dialogue national à proprement parler, conçu comme un espace patriotique de délibération. Il ne s’agit pas d’une cérémonie politique circonstancielle, mais d’un lieu où se construit un compromis national sur les questions structurantes, la paix, la sécurité, la cohésion, la gouvernance, les institutions, la justice, l’économie, le processus électoral et les relations régionales. Enfin, le post-dialogue doit permettre de transformer les engagements en résultats. Pour cela, les Églises insistent sur la nécessité de définir avant même la clôture les mécanismes de mise en œuvre, avec des objectifs et des indicateurs clairs, un calendrier, des responsabilités établies, des mécanismes de suivi, d’alerte et de règlement des différends, ainsi qu’une exigence de redevabilité.

Sécuriser la réussite plutôt que s’approprier l’initiative

Sur le fond, la position de la CENCO et de l’ECC est sans ambiguïté. Elles ne rejettent pas le nouveau projet présidentiel, qu’elles considèrent comme une base institutionnelle pertinente pour convoquer le dialogue.

Toutefois, elles estiment que son efficacité et son acceptabilité gagneraient à être renforcées par davantage de confiance, de médiation, d’inclusivité, de séparation fonctionnelle des responsabilités et de garanties pour la mise en œuvre. Autrement dit, le Pacte Social ne cherche pas à concurrencer l’initiative présidentielle, il cherche à en sécuriser la réussite. Il ne veut pas s’approprier le dialogue, il veut en garantir les conditions.

Une clarification exigée avant de poursuivre

C’est là que le document prend une tournure plus politique. Car la poursuite de l’implication des deux Églises, soulignent-elles, doit être confortée par une clarification consensuelle de leur rôle, de leur mandat et de leurs responsabilités en tant que médiation nationale.

À défaut d’une telle clarification, préviennent-elles, il pourrait devenir difficile de poursuivre leur mission. Elles pourraient alors, en toute responsabilité, s’interroger sur les conditions de leur engagement. Et lorsque les nouvelles orientations s’éloignent de l’esprit du Pacte Social, il relève même de leur devoir institutionnel de consulter leurs bases ecclésiales pour s’assurer que toute évolution procède d’une adhésion large et éclairée.

En conclusion, les Églises rappellent que le véritable enjeu n’est pas seulement de réunir les Congolais autour d’une même table, mais de faire en sorte que ceux qui se sont affrontés croient que cette table appartient à la Nation tout entière. Pour elles, ce n’est qu’à cette condition que le dialogue cessera d’être un évènement politique supplémentaire pour devenir un processus historique de paix, de cohésion nationale et de refondation de l’État.

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