
Le 13 juin 2024, Félix Tshisekedi soufflait ses 61 bougies. Ce jour-là, le président signait un acte qui allait redessiner les équilibres de son premier cercle. Il confiait les clés de son Cabinet à Anthony Nkinzo Kamole. Deux ans plus tard, le pari semble tenu. Loin des caméras, l’homme s’est imposé comme le rouage central d’une machine présidentielle en quête d’efficacité.
Le choix de la méthode
Quand il succède à Guylain Nyembo, parti au Plan dans le gouvernement Suminwa 2, Kamole hérite d’un navire complexe. Sa mission tient en trois verbes : coordonner, suivre, consolider. Traduction en coulisses : faire en sorte que la parole du président devienne action, et que l’action ne se perde pas dans les méandres de l’administration.
Dès les premières semaines, le ton est donné. Discrétion, discipline, intégrité. Trois mots qui reviennent dans la bouche de ses collaborateurs. Sous son impulsion, la confidentialité des dossiers sensibles est renforcée. Les fuites, cauchemar de toute présidence, se tarissent. Les circuits de validation se raccourcissent. Les réunions interminables laissent place à des points de décision resserrés.
Le décor change aussi. Les murs du Palais reprennent des couleurs. Les bureaux sont réhabilités, étage par étage. Les agents voient leurs conditions de travail s’améliorer, avec une revalorisation graduelle des rémunérations. Plus qu’un lifting, c’est une nouvelle culture qui s’installe. Celle du résultat, du compte rendu, de la redevabilité. «On ne pilote plus à vue», glisse un conseiller sous couvert d’anonymat. «Chaque instruction du président a désormais un tableau de suivi.»
L’homme des dossiers brûlants
Si le chef de l’État imprime la vision, Kamole veille à l’exécution. Son bureau est devenu la tour de contrôle des dossiers qui comptent. Le partenariat stratégique avec Washington? Il en assure la coordination quotidienne, entre les diplomates, les sécuritaires et les économistes. Les pourparlers de Doha sur la guerre dans l’Est? Il en suit chaque virgule, avec la prudence d’un horloger.
Ceux qui l’ont vu à l’œuvre parlent d’un style sans éclat mais redoutablement efficace. Pas de grandes déclarations. Des notes précises. Pas de coups de menton. Des arbitrages tranchés. Dans un écosystème politique congolais souvent bruyant, Kamole cultive l’art du murmure qui porte.
La confiance comme capital
Deux ans, c’est court en politique. Suffisant pourtant pour jauger un homme. À la présidence, on estime que le directeur de Cabinet a «conforté la pertinence du choix» de Tshisekedi. Loyal sans être courtisan, rigoureux sans être rigide, il a su trouver sa place. Celle d’un fusible et d’un accélérateur à la fois.
Le contexte ne lui fait pas de cadeau. Insécurité dans l’Est, tensions diplomatiques, pression économique, chantier social immense. Le président a besoin d’un premier cercle solide, capable d’encaisser les chocs et de garder le cap. Dans cette équation, Kamole pèse lourd. Il est de ces collaborateurs qui ne cherchent pas la lumière mais dont l’absence se remarquerait vite.
Le pouvoir discret
Anthony Nkinzo Kamole n’a pas le profil du tribun. Costume sombre, pas de phrase choc, téléphone toujours en silencieux. Pourtant, son influence irrigue l’ensemble de l’appareil présidentiel. Il est ce «serviteur de l’État» dont l’action silencieuse garantit la cohérence de l’édifice.
À 49 ans, après deux ans au cœur du réacteur, il incarne une certaine idée du pouvoir. Moins spectaculaire, plus structurelle. Moins dans l’annonce, plus dans le suivi. Dans un pays où les défis s’empilent, la République a besoin de ces profils. Ceux qui, dans l’ombre, font tourner la machine.
Natine K.

