
Coup de sifflet du pouvoir. En difficulté financière depuis des saisons, le Daring Club Motema Pembe va enfin respirer. Le Gouvernement de la République Démocratique du Congo a décidé d’intervenir pour éponger les créances du club kinois. Une bouffée d’oxygène saluée, mais encadrée.Dans une note de plaidoyer, Congo Football Association -COFOOT-ASBL- salue «la reconnaissance de l’importance historique» du DCMP dans le patrimoine sportif national. Pour Cédric Mwamba Tshikuma, son coordonnateur, l’État montre sa «volonté de préserver les institutions qui font rayonner la RD-Congo». Par ailleurs, l’organisation estime que cette intervention offre «une occasion unique de renforcer les mécanismes de gestion et de contrôle des ressources publiques destinées au sport».
Un contrat d’objectifs, et pas un cadeau
Toutefois, pour COFOOT, le soutien accordé au DCMP ne saurait se limiter à un simple appui financier. Il doit au contraire constituer le point de départ d’une réforme en profondeur de la gouvernance du club.
À cet effet, l’ASBL propose la mise en place d’un contrat d’objectifs. Concrètement, il s’agirait d’abord de lancer un programme de redressement administratif, financier et sportif. Ensuite, il conviendrait de fixer des obligations claires en matière de transparence et de définir des indicateurs de performance. Enfin, les futurs appuis publics devraient être conditionnés au respect des engagements pris.
Une telle démarche, selon COFOOT, permettrait de garantir la protection des intérêts de l’État, des joueurs, des entraîneurs, des partenaires, des créanciers et des supporters, tout en renforçant la crédibilité des mécanismes publics d’accompagnement du sport.
Dans le même temps, l’organisation tient à préciser que cette approche ne remettrait nullement en cause l’autonomie du DCMP ni celle de la FECOFA. Elle viserait uniquement à appliquer les dispositions prévues par la législation RD-congolaise.
112 et 113: les articles qui fâchent
Au-delà du cas DCMP, COFOOT dresse un constat plus large. En effet, les difficultés auxquelles plusieurs clubs RD-congolais ont été confrontés ces dernières années mettent en lumière l’urgence d’adopter une approche préventive. L’enjeu est d’éviter les crises financières susceptibles de compromettre le bon déroulement des compétitions nationales. C’est dans ce cadre que l’ASBL interpelle directement le ministre des Sports.
Elle l’invite à appliquer pleinement les articles 112 et 113 de la loi de 2011 en encadrant ce financement exceptionnel par un contrat d’objectifs. De même, COFOOT recommande la révision de l’arrêté ministériel de 2012 afin d’adapter le modèle de contrat aux clubs bénéficiant d’un soutien public exceptionnel. Pour finir, elle plaide pour la mise en place d’un mécanisme permanent de suivi et d’évaluation.
Vers un «fair-play financier» à la congolaise
Dans la foulée, COFOOT appelle la FECOFA à prendre le relais, en collaboration avec le ministère des Sports, la Linafoot, les ligues et les clubs. L’idée: organiser un atelier national consacré au renforcement de la gouvernance financière.Parmi les pistes évoquées, l’ASBL suggère notamment d’obliger les clubs à présenter un budget prévisionnel équilibré avant chaque saison. Elle préconise également la production régulière d’états financiers ainsi que le contrôle strict des engagements envers les joueurs et les créanciers. En outre, elle propose la désignation d’un responsable de la conformité administrative et financière au sein de chaque club. Pour clore, elle insiste sur la nécessité de mettre en place un système d’alerte précoce destiné à prévenir les difficultés économiques.
S’agissant de la FECOFA, COFOOT l’encourage par ailleurs à s’inspirer des meilleures pratiques de la FIFA et de la CAF pour réformer ses mécanismes de contrôle financier, tout en tenant compte des réalités du football RD-congolais. Dans le même élan, l’Association exhorte les clubs à renforcer leurs dispositifs internes de gouvernance et de gestion des risques afin de garantir leur stabilité financière. Le message est passé. Le DCMP aura son aide. Mais avec COFOOT aux vestiaires, l’ère du tout-gratuit semble bel et bien terminée.


