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Ces sanctionnés et bannis d’hier, aujourd’hui appelés par Washington et fréquentables

D’abord, il y a la sanction. Nom sur la liste noire de l’OFAC, comptes gelés, visa révoqué. Ensuite, il y a l’isolement. Parfois la chute. Mais parfois, revirement. Le banni d’hier devient le partenaire de demain. Voici ceux que Washington a punis avant de leur serrer la main.

Antal Rogán, l’intouchable hongrois devenu fréquentable

En janvier 2025, l’administration Biden sanctionne Antal Rogán, chef de cabinet de Viktor Orbán. Motif: implication dans le système de corruption hongrois. Trois mois plus tard, en avril 2025, l’administration Trump lève la sanction. Le Département d’État justifie: la mesure était «incompatible avec les intérêts de politique étrangère des États-Unis». Depuis, Rogán est de retour. Orbán, allié affiché de Trump, parle de victoire. En somme, la loyauté politique a pesé plus lourd que l’accusation de corruption.

Le revirement bosnien: Milorad Dodik, de paria à interlocuteur

Milorad Dodik, leader des Serbes de Bosnie, est sanctionné par les USA en juillet 2017 sous Trump, puis à nouveau en 2022 et début 2025 sous Biden. Accusation: obstruction des accords de Dayton. Pourtant, fin 2025, l’OFAC lève les sanctions contre lui, alors que Trump est, entretemps, revenu aux affaires. Sa famille et des dizaines d’alliés sont aussi affranchis des sanctions américaines en même temps. Pourquoi? Le Département d’État évoque des «actions constructives» de la Republika Srpska pour «améliorer la stabilité». Entre-temps, Dodik a multiplié les courbettes envers Trump. Résultat: l’homme que Washington accusait de menacer la paix est redevenu un partenaire régional. 

La réconciliation syrienne: Ahmed al-Sharaa, de sanctionné à «partenaire»

Pendant des années, la Syrie d’Assad vivait sous les sanctions Caesar Act. Or, en 2025, changement de décor. Après la chute d’Assad, le nouveau président Ahmed al-Sharaa rencontre les chefs de la Commission des affaires étrangères du Sénat US. Verdict des sénateurs Risch et Shaheen en novembre 2025: «Sous la direction du président Al-Sharaa, le gouvernement syrien devient un partenaire des États-Unis». L’administration Trump suspend l’application des sanctions Caesar pour 180 jours. Ainsi, le successeur d’un régime honni devient l’interlocuteur à soutenir. 

En parallèle, des délistings discrets mais révélateurs

En octobre 2021, les USA retirent Victoria Nuland de leur liste de sanctions pour permettre sa visite à Moscou. La Russie avait fait de même pour un citoyen russe. Autrement dit, les sanctions deviennent monnaie d’échange diplomatique. De même, Horacio Cartes, ex-président du Paraguay sanctionné pour corruption, voit ses sanctions levées en octobre 2025.  Pourquoi ce grand pardon? Trois logiques émergent.

D’une part, la realpolitik. La Hongrie d’Orbán est membre de l’OTAN. La Syrie d’Al-Sharaa peut contrer l’Iran. La Bosnie de Dodik évite un éclatement des Balkans. Dès lors, Washington préfère un allié imparfait à un vide chaotique.

D’autre part, l’alternance politique. Rogán est sanctionné sous Biden, délisté sous Trump. Les sanctions deviennent un outil partisan: punir les critiques, récompenser les amis. Enfin, le donnant-donnant. Pour faire venir Nuland à Moscou, il faut retirer un Russe de la liste. Pour stabiliser la Bosnie, on lève Dodik.  En conclusion, la liste de l’OFAC n’est pas une condamnation à perpétuité. C’est un levier. Un jour, elle isole. Le lendemain, elle négocie. Après-demain, elle absout.

De Rogán à Al-Sharaa, de Dodik à Cartes, Washington montre qu’un sanctionné peut redevenir fréquentable -à condition d’aligner ses intérêts sur ceux de la Maison-Blanche. La carte du monde est mobile. Les sanctions aussi.

Natine K.

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