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Bipemba: le cri d’alarme Ngokas!

Les habitants de Mbuji-Mayi sont aux abois. Le chef-lieu de la province enclavée du Kasaï Oriental est coupé du reste de la République depuis le dimanche 23 septembre 2018 à la suite d’importants dégâts causés au décollage par la poussée des réacteurs du Boeing 737-300 de Gomair. La puissance dégagée par les moteurs de ce moyen courrier a été telle que la couche d’asphalte qui présentait déjà des fissures au point de constituer un danger réel pour les aéronefs, a été enlevée sur une bonne distance. Conséquence immédiate, l’aéroport a été fermé au trafic aérien jusqu’à l’exécution urgente d’importants travaux de réfection.
L’aéroport de Bipemba revêt une grande importance dans l’exploitation des vols en RD-Congo. D’une longueur de 2.200 mètres, il est appelé à recevoir jusqu’aux aéronefs de la catégorie des DC-8. Mais au regard de l’amortissement de la résistance de la piste, les autorités aéroportuaires ainsi que les exploitants aériens ont convenu de limiter le tonnage.
Bipemba, l’un des aéroports les plus fréquentés de la RD-Congo
C’est l’un des aéroports les plus fréquentés du pays. Cela s’explique par le fait que les approvisionnements de l’ex-capitale diamantifère de la RD-Congo ainsi que les mouvements des personnes et des biens s’opèrent par la voie aérienne. De plus, Mbuji-Mayi constitue l’aéroport de diversion des vols tant diurnes que nocturnes des vols civils programmés sur l’axe Kinshasa-Lubumbashi. D’où l’extrême urgence de son opérationnalité 24 heures sur 24 dans le strict respect des normes édictées par l’OACI.
L’opinion se souviendra qu’il y a trois ans, un Boeing 737-300 de Korongo Airlines a connu un grave accident sur cette piste de Bipemba. Les plaques d’asphalte de cette piste en lambeaux ont été arrachées du sol par le souffle des moteurs pour finir par percuter l’empennage horizontal. A l’époque, des flèches empoisonnées ont été maladroitement décochées à l’endroit de cet opérateur aérien comme si la faute lui incombait. Or, en pareil cas, toutes les enquêtes ont démontré que la totale responsabilité incombait sur le gestionnaire attitré des infrastructures aéroportuaires sur toute l’étendue du pays, à savoir la Régie des voies aériennes, RVA.
Le 25 décembre 2015, un Airbus A310 de Serve Air a effectué une sortie de piste par un temps pluvieux. L’avion a glissé sur une piste humide avec plus de 5 cm d’eau pour terminer sa course au-delà des limites. Cet aéronef techniquement et économiquement irrécupérable a été déclassé et est visible à l’aéroport de Bipemba.
Des rapports alarmants versés dans la chemise des oubliettes
Plusieurs enquêtes ont été menées sur l’état de la piste de l’aéroport de Mbuji-Mayi. Des rapports abondants des plaintes alarmantes émanant des pilotes, directeurs des opérations, chefs de base des compagnies utilisatrices de cet aéroport sont restés lettres mortes à ce jour. Et voilà que le week-end dernier, l’asphalte a encore volé en éclats au décollage du B.737-300. Fort heureusement, l’avion de Gomair a effectué normalement son vol avant de se poser sans anicroche à l’aéroport international de Ndjili. Cette fois-ci encore, l’opérateur aérien n’a rien à se reprocher, la maintenance et le maintien aux normes de la piste de Mbuji-Mayi incombant à la RVA.
La grande question qui reste suspendue sur toutes les lèvres est celle de savoir pourquoi ce laxisme des responsables de la Régie des voies aériennes, et par ricochet du gouvernement central en charge du secteur des transports. Ceci n’est un secret pour personne, la RVA perçoit des recettes plantureuses sur les taxes d’embarquement que chaque passager des vols tant domestiques qu’internationaux paie. En principe, ce fonds devrait être affecté aux travaux de modernisation des aéroports du pays selon l’exposé des motifs justifiant l’arrêté l’instituant.
De plus, il n’est pas normal que Mbuji-Mayi par sa renommée internationale ainsi que sa position stratégique sur le plan de l’exploitation aérienne, puisse se contenter de la portion congrue d’une piste largement vétuste et obsolète. Aujourd’hui, cet aéroport est fréquenté, entre autres, par le transporteur aérien africain Ethiopian Airlines qui le dessert en B.737-700. Pour permettre à Mbuji-Mayi d’être compétitif avec un service de qualité, les professionnels du domaine ont toujours proposé soit la réfection totale de la piste, soit la construction d’une nouvelle piste répondant aux normes pointues en aviation civile, c’est-à-dire l’extension de la piste à une longueur de 3.000 m sur 45, l’agrandissement du tarmac, l’équipement en VOR/ILS et la clôture de l’aéroport.
Reprise du trafic aérien sur Mbuji-Mayi au plus tard jeudi 27 septembre 2018
Pendant de longues années, les autorités du pays ayant ce dossier dans leurs attributions ont fait la sourde oreille. Pour preuve, le chantier ouvert pour l’extension de cette piste est resté en l’état voilà déjà une dizaine d’années. Or, sans l’aviation, la plupart des provinces du pays dont le Kasaï Oriental restent totalement enclavées et ne doivent leur survie qu’à une exploitation aérienne normalisée avec des infrastructures aéroportuaires modernes et bien équipées.
Le boucan enregistré sur les réseaux sociaux ainsi que les cris de détresse des exploitants aériens ont fini par faire bouger les lignes. Des travaux de réparation de la partie de la piste de l’aéroport de Bipemba endommagée dimanche 23 septembre, ont été engagés. La RVA et l’Office des Routes qui viennent d’exécuter conjointement la pose urgente d’enrobé de bitume sur les 15 mètres endommagés, projettent la reprise du trafic suspendu pour ce mercredi 26 septembre 2018S.
Pour le gouverneur du Kasaï Oriental, Alphonse Ngoyi Kasanji, cette intervention n’est qu’intermédiaire. Joignant sa voix à celle des experts de la profession, il en appelle à l’intervention urgente du gouvernement central pour la réfection totale de cette piste de l’aéroport de Bipemba dont la vétusté et la défectuosité constituent un danger permanent.
Ngokas en appelle à la volonté politique des autorités du pays
«J’interpelle les autorités de la RVA, S.E. le vice-premier ministre et ministre des Transports, S.E. le ministre des Finances pour nous trouver une solution ne serait-ce qu’intermédiaire sur les 15 mètres endommagés pour permettre l’atterrissage de gros avions. C’est extrêmement urgent! Est-ce que ça dépasse les moyens de la République? Je dis non! Est-ce que ça dépasse les moyens de la RVA? Je dis non! C’est une question de volonté. J’en appelle à cette volonté-là de toutes les autorités qui me suivent en ce moment pour intervenir en urgence, en attendant le financement de la Banque Africaine de Développement et d’autres gros financements», tel est le cri de détresse du gouverneur du Kasaï oriental.
L’ancien président des diamantaires du Kasaï fait remarquer que l’aéroport de Bipemba constitue l’unique porte d’entrée et de sortie pour sa province. «Nous sommes enclavés et n’avons pas de route nationale praticable. La voie ferrée pose aussi problème étant donné que la SNCC connaît de sérieuses difficultés», déclare Ngokas visiblement secoué par cette rupture de trafic aérien aux conséquences fâcheuses.
De l’avis des observateurs avisés, longue seulement de 2.000 mètres, la réfection de cette piste de l’aéroport n’est nullement de la mer à boire pour le gouvernement de la République. Le devis présenté par l’Office de Routes est de moins d’un million cinq cent mille dollars américains. La province dont les recettes mensuelles oscillent autour de 300 mille dollars, ne peut y faire face seule. Mais avec une volonté politique clairement affirmée, le gouvernement de la République peut facilement disponibiliser 3 millions de dollars pour la modernisation de cet aéroport, en ce compris la piste et sa partie allongée de 400 mètres dont les travaux ont été abandonnés il y a plus de 10 ans, l’agrandissement du tarmac, la mise en place des équipements de pointe VOR/ILS et la clôture de l’aéroport de Bipemba.
C’est ici que les Est-Kasaïens interpellent les dirigeants de la RVA, l’entreprise publique chargée de la conception, la construction et la gestion des aéroports dans toute la RD-Congo en vue d’apporter leur contribution significative dans la matérialisation de ce projet de haute portée politique et socioéconomique. Les regards de tous sont braqués vers les recettes générées par la perception des taxes d’embarquement «go pass» dont la principale affectation devrait être la modernisation des aéroports du pays.
Tino MABADA

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