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Bemba refuse d’appeler JKK par son nom officiel, il le traite d’«imposteur» et d’«émissaire de Kigali»

C’est l’attaque personnelle la plus virulente de la série. Dans un long message publié le 10 octobre sur X, le vice-Premier ministre Jean-Pierre Bemba a réglé ses comptes avec Joseph Kabila, au lendemain de sa nouvelle prise de parole depuis son exil. Et il a commencé par le débaptiser. «Hippolyte Kanambe Kazemberembe, alias Joseph Kabila, votre allocution ne trompe personne», écrit-il dès la première ligne. En refusant d’utiliser son nom officiel, le leader du MLC reprend à son compte la rumeur complotiste, jamais prouvée, sur les origines rwandaises de l’ancien président. Une ligne rouge rhétorique est franchie. Les deux hommes n’ont pourtant jamais été dans le même camp. C’est tout le paradoxe que l’on oublie trop souvent. Ils ont toujours été adversaires. Bemba, chef de guerre du Mouvement de libération du Congo soutenu par l’Ouganda, qui contrôlait le nord du pays. Kabila, arrivé au pouvoir à Kinshasa en 2001 après l’assassinat de son père, soutenu par l’Angola et le Zimbabwe. Leur cohabitation a été imposée de l’extérieur.

L’Accord global et inclusif de Sun City, signé en Afrique du Sud en décembre 2002, a créé la formule 1+4: un président, Joseph Kabila, et quatre vice-présidents dont deux issus des ex-belligérants. Bemba est chargé de l’économie et des finances de 2003 à 2006. Une alliance ponctuelle, contre nature, pour gérer une transition chaotique. Elle a explosé à la présidentielle de 2006, la première vraiment démocratique depuis 1960. Battu au second tour avec 42% des voix contre 58% pour Kabila, Bemba conteste la régularité du scrutin.

Le 20 août 2006, Kinshasa bascule. Alors que les résultats provisoires sont proclamés, des combats à l’arme lourde éclatent autour de la résidence de Bemba à Gombe et du siège de sa chaîne de télévision. Sa garde rapprochée affronte la Garde républicaine de Kabila. Pendant trois jours, la capitale résonne au bruit des mortiers. Bilan: une vingtaine de morts. Les hélicoptères de la MONUC doivent s’interposer. Le divorce définitif intervient en mars 2007. Sommé d’intégrer sa milice dans l’armée régulière, Bemba refuse. Du 22 au 24 mars, le centre-ville se transforme en champ de bataille. Plus de 300 morts selon Human Rights Watch. Défait, Bemba trouve refuge à l’ambassade d’Afrique du Sud avant de s’exiler au Portugal. Il sera arrêté un an plus tard à Bruxelles par la CPI.

Vingt ans après, la rancœur est intacte. «Vous avez triché en 2006, vous n’avez pas été élu en 2011. Vous êtes et demeurez un imposteur et un usurpateur», assène Bemba. Il résume les dix-huit ans de Kabila à «la terreur, les massacres, le pillage» et l’accuse d’avoir «sciemment instillé le venin du tribalisme». Le cœur de sa charge reste géopolitique: Kabila serait un «émissaire de Kigali», une «marionnette aux ordres d’intérêts étrangers» qui aurait «laissé des agents rwandais dans les plus hautes sphères de l’État» et «soutenu et financé le M23». En face, Bemba dresse le bilan de Félix Tshisekedi: gratuité de l’enseignement et de la maternité, budget multiplié par cinq, routes et aéroports relancés. Difficile pour deux hommes qui se sont affrontés à l’arme lourde au cœur de Kinshasa de prétendre parler au nom du même peuple. 

YA KAKESA

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